La rubrique PHOTOMATON met en lumière celles et ceux qui font le cinéma. Notre invitée: NÉHÉMIE LEMAL, réalisatrice & cheffe opératrice.

INTERVIEW: GUILLAUME CAMMARATA / PHOTO: NÉHÉMIE LEMAL

Quelle est votre profession?
Je suis réalisatrice de documentaires et cheffe opératrice. Plus tard, j’espère faire de la fiction et continuer mon travail de cheffe opératrice en parallèle.

Quel est votre parcours?
J’ai commencé par faire des films dans une forêt aux alentours de 15 ans. Par la suite, je me suis mise à rater les cours afin d’observer comment les tournages se passent en m’incrustant. Plus tard, je suis entrée à la Cinéfabrique dans le parcours image durant lequel j’ai réalisé un documentaire qui a fait l’objet d’une importante série de projections en France, Belgique et Suisse grâce aux mouvements étudiants. Ce même documentaire vit encore grâce à divers festivals dont le festival Belge “Elles tournent”. J’accompagne en tant que cheffe opératrice des réalisateurs/trices de clips, documentaires et fictions. J’essaie de sélectionner des personnes qui n’ont pas forcément les moyens, des personnes différentes qui ont la “rage de dire“. Aujourd’hui, à 23 ans, je fais partie du collectif Femme à la caméra. Je me retrouve à participer à un débat au Dortmund/Cologne women’s film festival en partenariat avec la Berlinale aux côtés de grandes cheffes opératrices venant des quatre coins du monde.

Sur quoi travaillez-vous actuellement?
Je travaille sur mon second documentaire d’une cinquantaine de minutes qui parle de l’ouverture du dialogue au sein d’une famille au bord de la destruction suite à une série de deuils et un passé de fugitif. Des traumas, restés dans le silence plusieurs années durant, ont figés des émotions, des non-dits. Filmé pendant l’été 2020, j’y interroge mes amis d’enfance et laisse petit à petit la caméra pour donner place à ces mêmes personnes.

Quel est le film et/ou le cinéaste qui vous a donné envie de faire ce métier?
C’est d’abord les films de Tim Burton qui m’ont donnée envie de faire du cinéma en raison de la mise-en-scène affirmée, du thème de l’isolement dans son court-métrage Vincent puis en assistant à une master class de Gaspar Noé et Park Chan-Wook, j’ai compris que le cinéma était réellement ce que je voulais faire, que tout était possible et que je ne lâcherais pas l’affaire. Les deux metteurs en scènes ont deux manières diamétralement opposées de faire du cinéma, d’aborder cet outil mais ils suscitent tous les deux de la passion. Aujourd’hui, les réalisatrices qui m’aident à me projeter dans le cinéma français, me donner encore plus envie en tant que femme noire, sont Amandine Gay et Mati Diop.

Quel est votre meilleur souvenir professionnel?
C’est le tournage de mon deuxième documentaire. Pendant ce tournage, j’ai découvert que j’adorais faire de la recherche, partir de rien, trouver des “solutions” aux rapports humains et utiliser le cinéma comme un outil pour régler les conflits, les traumas enfouis. La recherche qu’on fait pour créer un moment vrai et touchant devant une caméra est passionnant. C’était très satisfaisant bien que ce soit lors de ce tournage que je me suis dit qu’il fallait que je tourne la page du documentaire pour passer à la fiction. J’ai vite compris qu’il fallait travailler avec des gens préparés mentalement à la charge de travail et qui connaissent le milieu. C’est un projet très important pour moi car j’ai obtenu le CNC et une bourse par mes propres moyens. En effet, personne n’y croyait à part ma monteuse qui m’a suivi dans l’aventure avant même que le scénario ne soit écrit. Ce projet a mis à l’épreuve ma passion et ma persévérance. Ce projet, ainsi que les tribulations qui l’accompagnent, reste mon meilleur souvenir.
De tous les efforts investis pour obtenir le CNC et la bourse, toutes les personnes rencontrées qui ont suivis le projet, l’ont abandonné en chemin… J’ai tellement appris! Vivement le cut final!

Citez-moi quelqu’un de bien/pro/formidable dans ce métier si cruel?
J’ai eu l’occasion de rencontrer Jean-Bernard Marlin lors de l’été 2020 et cette rencontre a été très inspirante pour moi. Déjà, j’avais adoré le film Shéhérazade et sa vision de Marseille. Ce n’est pas une vision qu’on voit souvent! Mais la personne qui se cache derrière est encore plus passionnante. Il donne beaucoup de conseil et est très à l’écoute de la jeune génération. Ensuite, il y a Valérie Osouf et Tracy Gotoas, des collègues de travail devenues de véritables amis.

Ce que vous avez fait de plus chaos depuis que vous faites ce métier?
Filmer en étant ivre? Échapper à la mort lors d’un tournage de documentaire au Burkina Faso?

A quel film ressemble le monde d’aujourd’hui?
Je trouve que le monde d’aujourd’hui ressemble beaucoup à Brazil de Terry Gilliam. On vit dans un système oppressant essayant de nous formater à tout prix. Il est compliqué de rêver, il est compliqué d’enfreindre les règles et la police est partout.

A quel film ressemblera le monde de demain?
Assassination Nation de Sam Levinson.

LAISSER UN COMMENTAIRE

S'il vous plaît entrez votre commentaire!
S'il vous plaît entrez votre nom ici