La rubrique PHOTOMATON met en lumière celles et ceux qui font le cinéma. Notre invité: LUC LAGIER, créateur du webmagazine cinéma d’Arte, Blow Up.

INTERVIEW: SINA REGNAULT / PHOTOS EXTRAITES DU BLOW UP, “RETOURNER AU CINEMA”: 

Quelle est votre profession?
Un peu critique, un peu historien, un peu écrivain, un peu réalisateur, un peu monteur…

Quel est votre parcours?
Au milieu des années 80, la découverte de la revue Starfix, fac de cinéma début 90 et de nouvelles révélations avec les cours de Jean-Louis Leutrat ou Michel Chion, premières publications dans L’Ecran fantastique au milieu des années 90 et rencontre avec Jean-Baptiste Thoret et écriture à quatre mains de notre livre sur John Carpenter, entrée à ARTE comme rédacteur en chef de Court-circuit début 2000 et découverte de l’écriture audiovisuelle aux côtés de Philippe Truffault… Le début de l’aventure!

Sur quoi travaillez-vous actuellement?
Les montages de Blow up m’occupent à 100 % (et même un peu plus). Je caresse toujours l’idée de réécrire un jour un livre sur le cinéma (pourquoi pas Milos Forman?) ou de réaliser un nouveau documentaire pour ARTE (pourquoi pas Sylvester Stallone?) sans trouver le temps d’écrire ne serait-ce qu’un début de projet. Donc Blow up: je rêve en ce moment à un voyage dans l’espace avec Brad Pitt, Ryan Gosling, Sigourney Weaver, Juliette Binoche et beaucoup d’autres, je rêve aussi à une traversée cinématographique d’un fleuve avec les images de James Gray, les mots de Joseph Conrad et la musique de Popol Vuh, sans oublier des retours sur la filmographie de Christopher Lee, d’Annie Girardot ou de Montgomery Clift et puis les jeux de cartes, les fauves ou le théâtre au cinéma, et puis, et puis, et puis…

Quel est le film/cinéaste qui vous a donné envie de faire ce métier?
La révélation, c’est Vertigo découvert au cinéma Le Trianon à Sceaux en 1984 à l’âge de 12 ans. Souvenir inoubliable de l’apparition de Madeleine/Kim Novak au restaurant Ernie’s de San Francisco: profil droit, tête haute, chignon impeccable, fond rouge, musique de Bernard Herrmann… L’idée d’un envoûtement, un ensorcellement et le mystère d’une image à prolonger, à questionner, à creuser, le travail ne faisait que commencer…

Quel est votre meilleur souvenir professionnel?
De belles rencontres avec des cinéastes sans doute, par exemple William Friedkin rencontré à Los Angeles pour évoquer l’héritage de la Nouvelle Vague ou Milos Forman, reclus dans son antre du Connecticut pour un documentaire quasi improvisé, mais l’honnêteté m’oblige à dire que mes plus grandes satisfactions sont plus intimes et moins chics: le bonheur plus simple (enfin, façon de parler…) d’imaginer un montage sur une thématique, de le construire comme un puzzle et de constater en salle de montage qu’il fonctionne comme espéré et parfois même au-delà… Ah si, quand même un souvenir plus chic: avoir réalisé un montage hommage sur John Carpenter montré dans la grande salle de la Quinzaine des réalisateurs à Cannes, en sa présence: l’idée de boucler la boucle par rapport à mes débuts et de remercier publiquement un cinéaste qui a tant compté pour moi.

Quelqu’un de pro/bien/formidable dans ce métier?
Tout le monde est formidable dans ce métier, non? Bon, je fréquente très peu le milieu de la critique cinéma, je ne vais pas aux projections presse, je me rends peu en festival. Mais parmi ceux que je fréquente parfois, ma préférence ira toujours à ceux qui ne se prennent pas trop au sérieux et pratique l’autodérision. Ils se reconnaîtront…

Ce que vous avez fait de plus chaos?
Mes rapports avec Brian De Palma ont toujours été un peu chaos, car le chaos n’est jamais bien loin quand on approche le cinéaste de Phantom of the Paradise. Aucune de mes rencontres avec lui ne s’est passée dans la sérénité. Il y a eu un aller-retour express Paris/New York pour un entretien sur deux jours qui s’est transformé en une rencontre froide comme la glace d’une heure et quart seulement, il y a eu un café parisien où le cinéaste descendait en flammes le Irréversible de Gaspar Noé que je peinais à défendre avec mon anglais hésitant, il y a eu des débats en public à Beaubourg que j’animais où De Palma envoyait valser chaque question du public…

A quel film ressemble le monde d’aujourd’hui?
On pense beaucoup à Bill Murray dans Un jour sans fin en ce moment, non?

Et le monde de demain?
Le monde de demain quoiqu’il advienne nous appartient. Alors pour moi, il aura les couleurs des films de Wes Anderson (mais sans la symétrie), on s’y enivrera comme dans les films de Cassavetes (mais sans les coups), on se regardera comme dans les films de Wong Kar-Wai (mais sans les flous), on s’y caressera comme dans les films de Godard (et plus si affinités), tout ça au rythme du Good Vibrations de Brian Wilson et ses copains. Oui, il sera beau le monde de demain.

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