La rubrique PHOTOMATON met en lumière celles et ceux qui font le cinéma. Notre invité: Jérôme d’Estais.

Quelle est votre profession?
J’écris des romans, des essais sur le cinéma. Et des scénarios.

Quel est votre parcours?
Je suis parti à Berlin très jeune et j’en ai beaucoup profité… Je continue d’ailleurs à en profiter. Enfin, en ce moment, c’est autre chose… Ce que je veux dire par-là, c’est que j’ai commencé à écrire assez jeune mais que le premier roman a mis plus de dix années à arriver à terme. Alors, après j’ai mis les bouchées doubles.

Sur quoi travaillez-vous actuellement?
J’ai deux essais sur le cinéma qui paraissent en juin, l’un sur Carax, chez Marest; l’autre sur Ira Sachs chez Aedon, la maison d’édition de La Septième Obsession, la revue dans laquelle j’écris aussi. C’est un hasard du calendrier. Le Carax, il s’est écrit pendant le confinement. Le livre sur et avec Sachs, puisqu’il s’est investi dans le projet, à travers de longs entretiens et des documents de travail, s’est terminé juste avant qu’on se retrouve bloqués, quand Ira et moi, nous nous sommes retrouvés à Paris. En ce moment, je travaille sur quelque chose autour de la politique des acteurs. Sinon, j’ai terminé un scénario pour Bruce LaBruce. On croise les doigts. On attend Cannes aussi. Et avec mon pote Scribe, qui a écrit The Smell of us de Larry Clark, on prépare quelque chose d’excitant, de très marrant. En tout cas, nous, on se marre.

Un film ou un cinéaste qui vous a donné envie de faire ce métier?
Un film, évidemment, c’est Possession de Andrzej Zulawski, puisque j’ai écrit deux bouquins dessus, enfin un sur Zulawski et un sur le film. Et surtout, parce que je suis parti vivre à deux pas de l’appartement du monstre, à Kreuzberg… Sinon, La Maman et la putain que j’ai dû voir cinquante fois et dans tous les états; ce qui est toujours moins que Possession mais c’est quand même plus long… Et Pialat. Tous les films de Pialat mais l’homme aussi, ses entretiens, j’adore sa voix, ses vacheries d’écorché, je pourrais l’écouter des heures… Ah, il y a Fassbinder aussi…

Votre meilleur souvenir pro?
Le jour où on avait fait une projection de Possession justement, à Berlin, dans un petit endroit underground et où on a pensé qu’on allait être une vingtaine. Et que plus de deux cents personnes, surtout des jeunes, de toutes les nationalités, se sont pointées. C’était Babel. On avait une solution de rechange, heureusement. Et on a fait la fête jusqu’au matin. Sinon, mon travail avec Nina Hoss, pour l’aider à préparer un rôle en français. Tous les jours, pendant des mois, elle arrivait avec ses anciens cahiers d’école et j’ai vu comment bosser une actrice super pro. C’était hallucinant.

Quelqu’un de formidable dans ce métier?
Béatrice Dalle. Parce que c’est la plus pure, la plus belle, la plus gentille. Et la plus marrante aussi. Mais comme on ne s’est pas rencontrés par «le métier» et qu’on parle de tout sauf de ça… Alors, je dirais Jean Charles Tacchella, le réalisateur de Cousin, cousine et du très beau et hélas introuvable Voyage en Grande Tartarie, qui nous reçoit chaque fois, Thomas Révay (un autre copain formidable, qui a créé la revue Ciné-Bazar qui est publieé par Guy Astic, encore un type formidable: décidément… ) et moi, comme des princes. On discute des heures de ciné et on se siffle deux trois bouteilles de Ruinart. Jean Charles a 95 ans et il a connu tout le monde, il lit tout, les nouveaux magazines, tous les livres, il s’intéresse à tout, à tous. Il a toujours un mot sympa, «formidable, ton bouquin sur Jeff Nichols! Depuis, je regarde tous ses films», toujours un encouragement. Il peut parler des heures de ciné, sans jamais être barbant ni pédant. Et je ne l’ai jamais entendu dire du mal de qui que ce soit. Ah, si, d’une actrice. Mais je ne dirais pas qui c’est…

Ce que vous avez fait de plus chaos?
Le chaos, c’est pour le privé. Je suis sérieux dans le travail, je vous assure! Peut-être ces voix qu’on nous avait demandé de faire, aux gamins de ma résidence, avec Ludivine Sagnier dans le lot, pour le Pirates de Polanski. Sinon, une rencontre alcoolisée avec Udo Kier et toutes celles fortuites avec Ingrid Caven. Une fois, elle était venue me voir dans une fête et m’avait demandé: «Are you the famous american director?». J’avais répondu «Yes» et on avait continué, chacun, à vaquer à nos occupations. Depuis, chaque fois qu’on se croise, je me présente, à elle: «You remember me ? The American Director». Elle dit: «Yes», et hop, à l’année prochaine! Mais une fois j’ai voulu faire mon malin en l’appelant Hanna Schygulla. Depuis, je ne suis plus que «The Bloody Frenchman»…

A quel film ressemble le monde d’aujourd’hui?
Un jour sans fin mais en plus chiant

De demain?
Erotissimo ou Sputnik? J’espère le premier.

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