Dash Shaw, réalisateur de “Cryptozoo”: “Mon film, c’est du Jurassic Park distordu”

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La rubrique PHOTOMATON met en lumière celles et ceux qui font le cinéma. Notre invité: Dash Shaw, réalisateur de l’excellent Cryptozoo, présenté au Champs-Élysées Film Festival (du 14 au 21 septembre 2021).

INTERVIEW & PHOTO: SINA REGNAULT

Quelle est votre profession?
Je suis illustrateur, auteur de bandes dessinées et, quand je peux, je fais des films d’animation. Ce qui me prend, en général, des années.

Quel est votre parcours ?
J’ai réalisé mon premier film: My Entire High School Sinking Into the Sea, sorti en 2016, puis j’ai commencé l’écriture du second, Cryptozoo. Les premiers dessins ont commencé presque immédiatement après. L’enregistrement des voix également.

Peut-on voir Cryptozoo comme une sorte de blockbuster?
Je fais des romans graphiques, qui procurent des impressions internes, c’est-à-dire qu’ils jouent avec l’imagination d’un lecteur. Pour Cryptozoo, au contraire, je voulais faire quelque chose d’explicite, une sorte de spectacle accessible, où le visuel se comprend de façon univoque. Un spectacle fait de lumières et de sons, idéal pour une sortie du vendredi soir, entre amis. Donc oui, on peut voir Cryptozoo comme un blockbuster. À la différence que celui-ci est légèrement altéré. En gros, j’ai pris quelque chose de familier, issu de la culture populaire: le blockbuster, et je l’ai altéré, comme le faisaient les artistes du pop art (Roy Lichtenstein et ses acolytes). Ils prenaient des images connues et y ajoutaient un filtre. Les gens qui regarderont Cryptozoo pourront se dire: “Ok, c’est du Jurassic Park mais distordu!” filtré par l’art.

Vous avez utilisé de l’aquarelle?
Principalement de la gouache, un peu d’acrylique, des brosses. Si je devais choisir qu’un seul type de peinture, je choisirais la gouache.

Sur quoi travaillez-vous actuellement?
La sortie de Cryptozoo et sa promotion. Malheureusement, nous n’avons pas de distributeur en France. J’espère que cela va changer. Croisons les doigts.

Quel est le film et/ou le cinéaste qui vous a donné envie de faire ce métier?
Je suis assez fan des bandes-dessinées alternatives des années 90. Vous savez, à cette époque, il y avait tellement de dessins-animés japonais à la télévision. Ce qui me marquait à chaque fois, c’est que l’animation était très limitée, visuellement parlant. Autrement dit: cela voulait dire qu’ils utilisaient assez peu de dessins. Cela m’a donné l’idée de me lancer puisque la charge de travail ne me paraissait pas insurmontable. À la même époque, je découvrais aussi les films de Jim Jarmusch, Guy Maddin, et Hal Hartley. Des films réalisés avec des moyens limités. C’était inspirant. J’ai aimé Speed Racer aussi, et Poison de Todd Haynes. La mentalité entourant ces films était celle du DIY, fais-le toi-même. Quand j’ai découvert les film de Hal Hartley, je ne savais pas qui était Jean-Luc Godard. Hartley m’a fait découvrir le cinéma indépendant.

Quel est votre meilleur souvenir professionnel?
Avoir eu une réponse positive de la part d’un label pour composer la musique de mon film. Ça m’a sauvé! Je travaillais déjà depuis pas mal de temps sur Cryptozoo, et au bout d’un moment, j’ai compris que la musique allait être un point important pour la réussite du projet. Le problème, c’est que je ne suis pas mélomane. J’ai donc contacté le label américain Jagjaguwar et je leur ai parlé de Cryptozoo au téléphone. Ils m’ont recommandé John Carroll Kirby et ce dernier a accepté de faire le score du film. C’était un immense soulagement! Son travail, il le décrit comme du «Exotica de troisième génération.» Moi, j’y connais rien, mais j’adore le concept.

Citez-moi quelqu’un de bien /pro/formidable dans ce métier si cruel?
Puis-je répondre Jane? Ma femme. Cryptozoo est un «film by» Jane Samborski et moi. Même si j’ai fait le story-board du film, que j’ai écrit et réalisé, elle a articulé le tout, dessiné et dirigé la création. Aux États-Unis, le terme «a Film by» est plus fort que «réalisé par».

Ce que vous avez fait/vécu de plus chaos depuis que vous faites ce métier?
Envoyer par la poste des micros et des cassettes pour que les acteurs puissent s’enregistrer. Il restait une grande partie du film à faire pendant le confinement. Lake Bell, l’actrice principale du film, a été obligée de s’enfermer dans son placard pour enregistrer sa voix. C’était chaotique. Je stressais à chaque échange de courrier. Ça m’a aussi poussé à mieux écrire, car les instructions de direction devaient être les plus détaillées possible. (NDLR. au casting, sont également présents : Grace Zabriskie, actrice dans la série Twin Peaks, Michael Cera, Peter Stormare et la très chaos Aggeliki Papoulia, vue dans Canine, Alps et The Lobster).

À quel film ressemble le monde d’aujourd’hui?
News from Home de Chantal Akerman. Un film de 1977. Pour une raison évidente, liée à la crise du coronavirus, le monde d’aujourd’hui me fait penser à ce film-là ou aux Rendez-vous d’Anna. Il y a ce schème du confinement et de l’éloignement des êtres dans l’espace (2 mètres minimum), qui s’aligne avec cette terrifiante réalité.

À quel film ressemblera le monde de demain?
J’ai envie d’être optimiste, alors je vais répondre Star Trek, la première saison.

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