[PHILIPPE CLAIR] AUTHENTIQUE MAIS VRAI

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Le 28 novembre 2020 disparaissait Philippe Clair, ultime représentant d’une certaine Comédie à la française. Il fut l’auteur, l’interprète, et le réalisateur de seize longs-métrages, parmi lesquels La Grande java, Le Führer en folie, Rodriguez au pays des merguez, Tais-toi quand tu parles, Plus beau que moi tu meurs… Une œuvre où se mélangent les noms d’Annie Girardot, Les Charlots, Henri Tisot, Alice Sapritch, Sim, Jacques Dufilho, Aldo Maccione, Michel Galabru… sans oublier Jerry Lewis, et même Alan Silvestri! Bref, du chaos à l’état brut. Les éditions Christian Navarro publient à titre posthume le dernier livre écrit par cet artiste hors du commun, Authentique mais vrai! où il se dévoile pour la première fois sans ambages, évoquant ses plus belles rencontres (mais également les pires), ses succès, ses échecs, ses colères… et parfois, ses regrets. Pour vous, nous avons sélectionné quelques histoires issues de cet ouvrage, cinq anecdotes certes incroyables, néanmoins authentiques… et vraies!

1. La Grande java… un scénario «de» Michel Audiard!
Le premier film de Philippe Clair, Déclic et des claques, sorti en 1965, n’attire guère les foules. Et ce n’est que cinq ans plus tard, grâce à un mensonge, que l’auteur réalisateur parvient enfin à monter un nouveau projet, La Grande Java. Il fait croire au producteur Michel Ardan que son scénario est – en réalité – d’Audiard, et que ce dernier lui a cédé pour rembourser une dette, mais à la condition évidente que cet arrangement demeure secret. Ardan saute sur cette occasion en or et achète – au prix d’une bouchée de pain – le script! Pour lui, le nom d’Audiard, même caché, est synonyme de qualité, voire de succès. La supercherie ne dure cependant qu’un temps. Philippe Clair lui avoue tout en plein tournage, afin de se délester. Ardan est fou de rage… et seules les millions d’entrées engendrées in fine par ce long-métrage réussiront à le calmer.

2. Louis de Funès, le Führer en folie rêvé
A l’orée des années 1970, et suite au triomphe remporté par La Grande java, Philippe Clair décroche un rendez-vous avec Louis de Funès, LA star du moment. Il aimerait le voir jouer le rôle-titre de sa prochaine comédie, Le Führer en folie. L’idée est audacieuse. De Funès vient tout juste d’achever les prises de vue des Aventures de Rabbi Jacob sous la direction de Gérard Oury… et voilà qu’on lui propose d’incarner Adolf Hitler! Mais de là à accepter… De toute façon, Le Führer en folie est chapeauté par la Warner, et celle-ci rechigne à embaucher une telle vedette, laquelle risque de vampiriser le projet. Car ce qui intéresse la firme avant tout, c’est la marque «Philippe Clair». Dès lors, le cinéaste n’a pas d’autre choix que d’adoucir ses ambitions. Il se rabat donc sur Henri Tisot, plus docile… et nettement moins coûteux! A l’arrivée, Le Führer en folie sera une semi-déception, attirant 459.944 spectateurs dans les salles.

3. Jerry Lewis dit oui… et Michel Leeb dit non!
Le tournage de Par où t’es rentré… On t’a pas vu sortir à peine achevé, Philippe Clair doit trouver la personne susceptible d’assurer le doublage français de Jerry Lewis. D’emblée, il pense à Michel Leeb: «Je savais qu’il était fou de Jerry Lewis, précise Clair, et je me suis dit que cela lui ferait plaisir. Au lieu de ça, il m’a envoyé chier comme jamais: «Sachez, Monsieur, qu’aujourd’hui ce serait plutôt à Jerry Lewis de doubler Michel Leeb, et non l’inverse!»» Philippe Clair n’insiste pas et recrute, dans un tout autre genre, Dominique Paturel. Notez qu’on n’y a pas perdu au change…

4. Un projet avorté avec… Sergio Leone!
Philippe Clair a toujours eu une imagination débordante, et d’une extraordinaire réactivité. Un jour, son producteur, Tarak Ben Ammar, lui présente Sergio Leone (photo ci-dessous), en vue d’une possible collaboration. Il n’en faut pas plus à Clair. Il se met aussitôt au travail et écrit Pour une poignée de pois chiches (ou Il était une fois dans l’Oued), le premier «western couscous»! Hervé Morvan, célèbre illustrateur, est engagé pour concevoir une pré-affiche. Mais une violente brouille éclate brusquement entre Ben Ammar et Clair. Une sombre histoire d’argent… En conséquence de quoi, le projet n’aboutira pas. Dommage.

5. Philippe Clair, artiste encensé
Contrairement aux idées reçues, le cinéma Philippe Clair n’a pas que des détracteurs. Nombreux, et pas des moindres, sont ceux à avoir pris sa défense. Parmi eux, des critiques réputés, à l’instar de Remo Forlani, ou encore Louis Skorecki. Ce dernier affirme par exemple, dans le journal Libération, au sujet de Déclic et des claques, que Philippe Clair dynamite «à la fois les règles du vieux cinéma français et celles, plus récentes mais aussi contraignantes, d’une nouvelle vague en train de s’institutionnaliser à toute allure. Bien avant Lelouch ou Zemmouri, Déclic et des claques installe un climat joyeusement bâtard et métèque, qui contraste singulièrement avec l’angélisme hollywoodien de l’époque (…) Partant d’un scénario blagueur et léger, le film ose l’absurde, la postsynchronisation intensive, la vitesse ahurie.» En janvier 1983, Skorecki, toujours, donne son avis sur le film Plus beau que moi tu meurs, au sein des Cahiers du cinéma (!) et il reconnaît: «On rit beaucoup (…) Les gags portent, et s’ils portent, c’est qu’ils sont chargés de sens.» Qui dit mieux?

Pour en savoir plus : http://christian-navarro.com/
Authentique mais vrai! entretien avec Gilles Botineau (Christian Navarro éditions), disponible le 31 mars 2021

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