Sorti en France il y a plus de vingt ans, ce conte toxique et envoûtant sur le pouvoir potentiellement destructeur de l’image qui établit des correspondances entre réalité et illusion continue de nous inviter à des visionnages répétés.

Mima souhaite mettre un terme à sa carrière d’idole de J-pop, afin de devenir actrice. Engagée pour tenir un petit rôle dans un feuilleton policier à la qualité somme toute relative, elle déçoit l’un de ses fans les plus forcenés, surnommé «Mimaniac», qui dévoile son quotidien sur son blog dans les moindres détails, avant de se faire littéralement passer pour elle. Petit à petit, la jeune artiste va voir sa perception de la réalité s’altérer, ne faisant plus la différence entre la fiction et la réalité, entre le cauchemar et l’éveil, entre l’incarnation physique et la projection fantasmée. Alors que plusieurs de ses collaborateurs sont sauvagement assassinés les uns après les autres, le «fantôme» d’une autre Mima, vêtu de ses anciens habits d’idoles, vient la hanter.

Durant l’année 1999, les sorties françaises très décalées mais bien enchaînées de Jin-Roh, Perfect Blue, Mon Voisin Totoro (coucou le retard de dix ans) ou bien de Princesse Mononoke (débarquant quant à lui au début des années 2000) invitent à repenser le regard sur l’anime, autant du côté du grand public que de la critique. Mais ce que l’on oublie souvent de dire aussi, c’est que l’année de sa sortie (soit un an avant le bug de l’an 2000), Perfect Blue revêt une dimension particulière, au moment où des films questionnent les liens entre réel et virtuel (eXistenZ de David Cronenberg et Matrix des Wachowski) et d’un monde envisagé comme un faux-semblant (Fight Club de David Fincher, Eyes Wide Shut de Stanley Kubrick). A l’époque, fallait oser donner à choisir entre la pilule bleue et la pilule rouge de différents univers.

On rappelle la genèse de ce bleu parfait dans lequel une star, harcelée par des fans intrusifs, persécutée par un double accusateur et dévorée par l’industrie, bascule dans la folie: Katsuhiro Otomo, créateur d’Akira, et réalisateur de son adaptation animée, propose à Satoshi Kon, alors diplômé en design visuel et auteur de mangas, de passer à la réalisation en 1997 en lui confiant un projet destiné au marché de la vidéo, comme une façon d’échapper à la censure de la télévision japonaise: Perfect Blue, l’adaptation d’un roman Perfect Blue: Métamorphose d’une idole, écrit par Yoshikazu Takeuchi et publié en 1991. Excité par le défi, le mangaka et animateur japonais a les coudées franches d’autant que le studio Madhouse, qui lui donne comme cahier des charges le simple respect de trois thèmes («idole», «horreur» et «stalker»), lui flanque le scénariste Sadayuki Murai pour l’aider à mettre en images ses visions.

C’est cette liberté totale qui lui permet d’imposer un style (complexité de l’intrigue, doubles personnalités et autres superpositions de rêves contaminés) et de transposer le thriller voyeuriste dans le cadre d’un film d’animation, comme un mélange animé de Lynch, K. Dick, De Palma et de giallo, et d’expérimenter dans un entrelacs de flash-back et de flash-forward (la mise en abyme n’est pas dans le roman de base). La précision des visions donne l’impression que cette histoire aurait pu être tournée en prises de vues réelles. De jeunes cinéastes d’alors réalisent l’expression d’une telle créativité, notamment ceux qui travaillent le subjectivité au cinéma. Parmi eux, Darren Aronofsky qui ira jusqu’à reprendre des plans entiers dans Requiem For A Dream (2000). Perfect Blue frappe fort et comme pour calmer le jeu d’un film à un autre, Satoshi Kon passera du thriller ultra-pervers au mélo supra-ultime, en ne lâchant bien entendu pas d’une semelle ses obsessions méta et vertigineuses, avec Millennium Actress, réalisé quatre ans après. Dans la même veine, le cinéaste a réalisé le fascinant Paprika, fin d’une boucle avant d’être emporté par un cancer à l’âge de quarante-six ans. A l’heure des deep fakes et des images trompeuses, on n’imagine pas le cauchemar flamboyant qu’il aurait pu mettre en images. A moins que nous soyons tous déjà tombés dans l’un de ses cauchemars.

Cette édition limitée en boîtier métal SteelBook contient: le Blu-ray du film, le DVD du film, un Flyer verso avec retour C1, un Flyer Crunchyroll. En bonus, l’enregistrement du titre «Angel of the Heart» (4’20”), un entretien avec l’actrice Junko Iwao, la voix originale de Mima (5’40”), un entretien avec le réalisateur Satoshi Kon (11’), la bande-annonce japonaise (1’55”)

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