[PAUL THOMAS ANDERSON] Son génie en 5 films

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Les plans les plus marquants dans la carrière de Paul Thomas Anderson ne sont pas ceux auxquels on pense.

PAR GAUTIER ROOS

Gros malin ou vraie gĂ©nie? Fumiste ou virtuose? Plagiaire effrontĂ© ou maniĂ©riste pure souche? A chaque sortie d’un film de PTA, la presse se sent obligĂ©e de poser la question, flattant ainsi les dernières mauvaises langues rĂ©sistantes au petit roi d’Hollywood. Question qu’elle Ă©vite pourtant soigneusement de soumettre Ă  chaque nouveau Soderbergh, David O. Russell, ou autre fincherade mal embouchĂ©e… Et si en fait, Paul Thomas Anderson Ă©tait le plus grand de sa gĂ©nĂ©ration? Voici quelques plans marquants dans la carrière du bonhomme, auxquels on ne pense pas forcĂ©ment.

Le tout dernier plan (pathétique) de There Will Be Blood
Le dos tournĂ© face au spectateur, fondement courbĂ© sur le parquet d’un bowling d’intĂ©rieur, Daniel Day-Lewis n’est plus qu’une vulgaire petite chose dans le plan, après avoir passĂ© 2h38 Ă  occuper l’espace: le final de There Will Be Blood ponctue une dernière sĂ©quence aussi terrible que grand-guignolesque, scène de meurtre gĂ©niale qui arrive Ă  aligner l’effroi sur l’extase mystique. Un couloir brun et Ă©triquĂ© qui rappelle Ă©videmment celui de Shining, PTA enfilant les rĂ©fĂ©rences Ă  Kubrick comme des perles tout au long du film: on aurait pu citer cette main barbouillĂ©e de pĂ©trole et tendue vers le ciel en gros plan (2001, l’OdyssĂ©e de l’espace), ou cette façon conquĂ©rante de piocher contre la paroi de la mine, qui rappelle aux bons souvenirs de la hache de Jack Torrance.

La rencontre avec el maestro (The Master)
Certes, le style de PTA est parsemĂ© de plans-sĂ©quences d’une prĂ©cision chirurgicale: remember les pĂ©nĂ©trations visuelles très scorsesiennes de Hard Eight et Boogie Nights, ou les dĂ©ambulations dans les couloirs d’un studio TV dans Magnolia (ce qu’Iñárritu nous resservira dans Birdman). Ses dĂ©tracteurs ne se privent d’ailleurs jamais de le rappeler. Mais l’homme est aussi capable de briller avec des affĂ©teries moins prononcĂ©es: vous souvenez-vous d’un champ-contrechamp plus souverain que ce premier interrogatoire entre Freddie Quell (Joaquin Phoenix) et Lancaster Dodd (Philip Seymour Hoffman)?

Les sautes d’humeur d’Adam Sandler dans Punch-Drunk Love
Puisqu’il est question de plan-sĂ©quence, on pourrait aussi citer ces petits pas de danse face camĂ©ra assenĂ©s par Adam Sandler en plein Carrefour Market (une joie impossible Ă  contenir), ou celui, vraiment pas tape Ă  l’œil pour le coup, de son arrivĂ©e au dĂ®ner co-hostĂ© par ses 7 sĹ“urs: des frangines tellement envahissantes qu’elles lui refusent le centre du cadre, colonisant l’espace entre deux gratins d’endive. Oui, ça ressemble pas mal Ă  un coin de cuisine bavard filmĂ© par Woody Allen.

Quand on découvre la bête dans Boogie Nights
“I’m looking forward to seeing you in action, Jack says you have a great big cock (…) May I see it ? Well, thank you Eddie”: attention PORN-ALERT. Après cette mise en bouche du Colonel, c’est toute l’Ă©quipe du film qui s’apprĂŞte Ă  dĂ©couvrir la bĂŞte, lors du shooting de la première scène. Quatre travellings avant successifs assez lents nous montrent une audience aussi silencieuse que stupĂ©faite, magnĂ©tisĂ©e par cette giant cock constatĂ©e Ă  haute voix par la comparse de jeu Julianne Moore. Dans les mains d’un autre cinĂ©aste, ça pourrait paraitre parfaitement ridicule, mais PTA rĂ©ussit Ă  nous enivrer pour cet imposant objet qu’on ne voit pas.

“I am a big bright shining star”: le film se clĂ´t sur une dernière scène au miroir, invitant le public Ă  dĂ©couvrir pour la seule et unique fois l’animal. Le seul, peut-ĂŞtre, Ă  mĂŞme de rivaliser avec l’appareil d’Eric Cantona dans Les rencontres d’après-minuit (pour trouver la version non censurĂ©e, fuyez Youtube).

Le baiser volé dans Phantom Thread
A la volĂ©e, lors d’une dĂ©ambulation nocturne le long d’une brasserie Ă©cossaise: dans les mains d’un tailleur de la trempe de PTA, un travelling latĂ©ral banal se transforme en morceau de passion discrète, comme si notre petit surdouĂ© s’Ă©tait dit qu’il allait raconter une romance Ă©talĂ©e sur 2 heures 15 en Ă©vitant les Ă©treintes pompières et les scènes de sexe. Fini le temps des roller-girls dĂ©vĂŞtues (Boogie Nights) et des dames de la haute tout aussi dĂ©vĂŞtues (The Master): Paul Thomas Anderson rĂ©invente son propre code Hays, et renoue avec la sensualitĂ© de nos contraints pionniers. Du travail d’orfèvre, Mr Woodcock.

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