De Pulsions Ă  Obsession, de Body Double Ă  Snake Eyes, Brian de Palma n’a jamais pu s’empĂȘcher de donner Ă  (presque) toutes ses histoires la forme de mises en scĂšne. Il poursuit sans en avoir l’air dans Passion, intense plaisir coupable.


PAR PAIMON FOX

Deux femmes se livrent Ă  un jeu de manipulation pervers au sein d’une multinationale. Isabelle (Noomi Rapace) est fascinĂ©e par sa supĂ©rieure Christine (Rachel McAdams). Cette derniĂšre profite de son ascendant hiĂ©rarchique sur Isabelle pour l’entraĂźner dans un jeu de sĂ©duction et de manipulation, de domination et de servitude. PrĂ©sentĂ© comme un remake de Crime d’amour, d’Alain Corneau, Passion a des allures de film-terminal. Cet Ă©cheveau manipulateur, nourri d’auto-citations (beaucoup de SƓurs de sang, un peu d’Esprit de CaĂŻn), de thĂ©matiques (voyeurisme, fĂ©tichisme, manipulation, schizophrĂ©nie, aliĂ©nation), de symboles Bibliques et de figures stylistiques permet Ă  l’auteur de rĂ©gler des comptes. Avec lui-mĂȘme. Avec son appĂ©tence pour la perversitĂ©. Avec son surmoi Hitchcock.
En quĂȘte de beautĂ© dans la vulgaritĂ© – la vulgaritĂ© de l’époque exacerbĂ©e par l’émergence de nouveaux moyens de communication et de nouveaux modes d’espionnage (sex-tape, YouTube) comme autant de rĂ©seaux sociaux -, De Palma n’a jamais oubliĂ© que pendant son adolescence, sa maĂźtrise de l’électronique et son ingĂ©niositĂ© lui ont servi Ă  espionner, les filles sous la douche comme son pĂšre pour prouver que ce dernier entretenait une liaison extra-conjugale. Dans Passion, il traite ouvertement de cette perversitĂ©, d’humiliation et de chantage par les images. Il s’en sert aussi pour montrer ce qui se cache dans les songes crades des filles innocentes ou encore sonder l’impossibilitĂ© du dĂ©sir dans un univers mĂ©tallique. Le plaisir – sans doute coupable – que l’on Ă©prouve devant Passion rĂ©side aussi dans la jubilation communicative avec laquelle Brian de Palma filme et retrouve finalement goĂ»t au cinĂ©ma. Par la grĂące de ses compĂ©tences techniciennes, ce film provoque en particulier dans sa derniĂšre demi-heure opĂ©ratique une puissance d’envoĂ»tement sidĂ©rale. Cela vient Ă©videmment de la musique de Pino Donaggio, de l’utilisation virtuose du split-screen mais aussi parce qu’à ce moment-lĂ , De Palma renoue avec les plus belles suspensions d’incrĂ©dulitĂ© de son cinĂ©ma passĂ© comme, au hasard, le suspense de la sĂ©quence du bal dans Carrie avec cette capacitĂ© peu commune Ă  donner l’illusion qu’une invraisemblable vĂ©ritĂ© va prendre de court, qu’un secret terrible va ressurgir du passĂ© ou qu’une beautĂ© vierge va se mĂ©tamorphoser soudain en monstre rĂ©pugnant. Avant ce plan final, comme extirpĂ© du sommeil, beau comme un orgasme, Ă  la fois climax et clin d’Ɠil aux aficionados DePalmesques.
De Palma a dirigĂ© ses deux actrices (Noomi Rapace et Rachel McAdams, impeccables) comme des lionnes. La lente dĂ©voration de ces mantes religieuses tient autant du festin barbare que du fantasme Ă©vanescent. Pendant longtemps, on ne sait pas qui, de la brune ou de la blonde, de l’hĂ©roĂŻne Hitchcockienne ou de la garce DePalmesque, se rĂ©vĂšle la plus toxique. Mais une chose est sure : personne n’aura Ă©tĂ© innocent.

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