[PASSION] Brian de Palma, 2012

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De Pulsions à Obsession, de Body Double à Snake Eyes, Brian de Palma n’a jamais pu s’empêcher de donner à (presque) toutes ses histoires la forme de mises en scène. Il poursuit sans en avoir l’air dans Passion, intense plaisir coupable.


PAR PAIMON FOX

Deux femmes se livrent à un jeu de manipulation pervers au sein d’une multinationale. Isabelle (Noomi Rapace) est fascinée par sa supérieure Christine (Rachel McAdams). Cette dernière profite de son ascendant hiérarchique sur Isabelle pour l’entraîner dans un jeu de séduction et de manipulation, de domination et de servitude. Présenté comme un remake de Crime d’amour, d’Alain Corneau, Passion a des allures de film-terminal. Cet écheveau manipulateur, nourri d’auto-citations (beaucoup de Sœurs de sang, un peu d’Esprit de Caïn), de thématiques (voyeurisme, fétichisme, manipulation, schizophrénie, aliénation), de symboles Bibliques et de figures stylistiques permet à l’auteur de régler des comptes. Avec lui-même. Avec son appétence pour la perversité. Avec son surmoi Hitchcock.
En quête de beauté dans la vulgarité – la vulgarité de l’époque exacerbée par l’émergence de nouveaux moyens de communication et de nouveaux modes d’espionnage (sex-tape, YouTube) comme autant de réseaux sociaux -, De Palma n’a jamais oublié que pendant son adolescence, sa maîtrise de l’électronique et son ingéniosité lui ont servi à espionner, les filles sous la douche comme son père pour prouver que ce dernier entretenait une liaison extra-conjugale. Dans Passion, il traite ouvertement de cette perversité, d’humiliation et de chantage par les images. Il s’en sert aussi pour montrer ce qui se cache dans les songes crades des filles innocentes ou encore sonder l’impossibilité du désir dans un univers métallique. Le plaisir – sans doute coupable – que l’on éprouve devant Passion réside aussi dans la jubilation communicative avec laquelle Brian de Palma filme et retrouve finalement goût au cinéma. Par la grâce de ses compétences techniciennes, ce film provoque en particulier dans sa dernière demi-heure opératique une puissance d’envoûtement sidérale. Cela vient évidemment de la musique de Pino Donaggio, de l’utilisation virtuose du split-screen mais aussi parce qu’à ce moment-là, De Palma renoue avec les plus belles suspensions d’incrédulité de son cinéma passé comme, au hasard, le suspense de la séquence du bal dans Carrie avec cette capacité peu commune à donner l’illusion qu’une invraisemblable vérité va prendre de court, qu’un secret terrible va ressurgir du passé ou qu’une beauté vierge va se métamorphoser soudain en monstre répugnant. Avant ce plan final, comme extirpé du sommeil, beau comme un orgasme, à la fois climax et clin d’œil aux aficionados DePalmesques.
De Palma a dirigé ses deux actrices (Noomi Rapace et Rachel McAdams, impeccables) comme des lionnes. La lente dévoration de ces mantes religieuses tient autant du festin barbare que du fantasme évanescent. Pendant longtemps, on ne sait pas qui, de la brune ou de la blonde, de l’héroïne Hitchcockienne ou de la garce DePalmesque, se révèle la plus toxique. Mais une chose est sure : personne n’aura été innocent.

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