Palmarès Etrange Festival 2021: “The Innocents” grand prix, “Mad God” prix du public

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Deux excellents longs métrages figurent au palmarès de la 27e édition de L’Etrange Festival: The Innocents de Eskil Vogt remporte le Grand Prix Nouveau Genre Canal+ et Mad god de Phil Tippett, le prix du public.

Une flamboyante 27e édition de L’étrange Festival vient de s’achever ce dimanche 19 septembre avec le désormais traditionnel palmarès. Après Buried en 2010, Bullhead en 2011, Headhunters en 2012, The Major en 2013, The Voices en 2014, La Peau de Bax en 2015, Headshot et Jeeg Robot en 2016, La Lune de Jupiter en 2017, The Spy gone North en 2018, Vivarium en 2019 et Tomiris en 2020, The innocents de Eskil Vogt a remporté le Grand Prix Nouveau Genre; il sera donc acheté par Canal+ pour une future diffusion à l’antenne.

Le titre fait référence aux personnages du film, qui sont des enfants. Le point de vue principal est celui d’une fille de 8 ans, et à cet âge, comme nous le rappellent L’esprit de la ruche ou L’enfant miroir, les enfants ressentent les choses autrement que sous un prisme rationnel, et il leur arrive, lorsqu’il sont confrontés à des évènements qu’ils ne savent pas expliquer, de réagir en faisant plus de mal que de bien. Le film débute avec l’arrivée d’une famille dans leur nouvel appartement situé dans un grand ensemble au bord d’une forêt. La fille aînée est autiste, et sa sœur cadette commence à explorer le coin. Elle fait connaissance avec un gamin qui a le pouvoir de faire bouger les objets. Une autre petite fille a le  don de télépathie et lorsqu’elle le manifeste, le groupe se rend compte que leurs pouvoirs s’additionnent. En se relayant, les filles arrivent à faire sortir de sa bulle la fille autiste qui se met  à communiquer, au grand soulagement de ses parents. Les choses se compliquent lorsque le gamin, sentant ses pouvoirs augmenter au contact des autres enfants, s’en sert à des fins maléfiques.

Eskil Vogt a été longtemps le scénariste de Joachim Trier, et avec The Innocents, il réalise son deuxième long-métrage après Blind qui adoptait le point de vue d’une aveugle, un défi cinématographique osé, s’il en est. Ici, il recycle quelques-uns de ses thèmes comme le handicap ou les rapports sociaux, à travers une fiction claire et lisible qui cherche à exprimer la sensibilité des enfants. Il a réussi son coup en s’appuyant sur des interprètes qui traduisent bien l’ironie contenue dans le titre. Est-ce parce qu’on n’a pas la même notion que les adultes du bien et du mal qu’on est inoffensif pour autant ? Demandez au chat (il y a une scène avec un chat qui menace de faire claquer les fauteuils). Le film montre que tout est lié, candeur et maléfice, et cette cohabitation se manifeste autant dans les thèmes que dans les motifs visuels, et c’est particulièrement sensible dans l’habitat qui mélange de façon quasi harmonieuse l’artificiel et le naturel, le béton et l’organique. Il y a indéniablement dans The Innocents une touche de classe qui a fait dégainer à quelqu’un le qualificatif d’«elevated genre» (comme si le genre devait se cantonner au sous-sol). Dans le dossier de presse, l’auteur a tenu à faire une mise au point en expliquant qu’il ne prétend absolument pas «élever» quoique ce soit, et assume fièrement avoir fait un film d’horreur. C’est tout à son honneur. 

Le prix du public revient, lui, à Mad God de Phil Tippett. Depuis des décennies, le concepteur des effets visuels de Robocop et Starship troopers, travaillait pendant ses heures libres à Mad God, un film très personnel réalisé en animation. Pour des raisons variées, le projet a été abandonné à de multiples reprises, à tel point que ceux qui en connaissaient l’existence avaient fini par douter qu’il serait jamais terminé. Finalement le voilà, et le résultat méritait largement le temps que son auteur y a consacré. C’est un film inclassable, d’une liberté totale, dont la conception relève de l’équivalent visuel de l’écriture automatique. Nourri par une imagination sans limites, chaque plan débouche sur un décor, une atmosphère et des créatures nouvelles. Le voyage commence à la suite d’un scaphandrier chargé de descendre aux tréfonds d’un univers vertigineux peuplé de créatures dominées ou dominantes, plus ou moins monstrueuses. Le but est d’aller déposer une bombe dans un endroit précisément décrit sur une carte, tandis qu’alentour, des créatures sont élevées pour produire des fluides corporels qui sont recueillis, transformés et utilisés pour générer de nouvelles créatures. L’un après l’autre, les scaphandriers échouent, tandis que leur commanditaire, le dernier homme sur terre (incarné par Alex Cox) continue à préparer leurs itinéraires avec un soin maniaque. Une multitude de références viennent à l’esprit: Le bunker de la dernière rafale de Marc Caro et Jean-Pierre Jeunet, les films surréalistes de Jan Svankmajer pour l’animation image par image, les clips expérimentaux de Chris Cunningham pour l’horreur organique, le Peter Jackson des Feebles pour l’humour scato, 2001: l’odyssée de l’espace pour les séquences psychédéliques. C’est l’hallucination de l’année. G.D.

Figurent également au palmarès dans la catégorie courts mais bons: Sexy Furby de Nicole Daddona & Adam Wilder qui remporte le Grand Prix et Frandise de Rémy Barbe, le prix du public. Ajoutons que L’Étrange Festival a accueilli 22 000 spectateurs. 

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