[PAFNUCIO SANTO] Rafael Corkidi, 1977

Allez à l’école Jodorowsky, et vous deviendrez tous fous! L’école en question, c’était celle du mouvement Panique, crée au début des années 60 avec un Fernando Arrabal dont le surréalisme cradingue gardait davantage les pieds sur terre que celui de Jodo, grand voyageur de l’imaginaire devant l’éternel. On parle peu des disciples que le temps a finalement effacé sur le grand tableau noir du chaos. Juan Lopez Monctezuma, producteur de Fando y Lis et de El Topo, s’était courageusement lancé lui aussi dans le délire bigger than life avec Mansion of Madness (1973) qui pouvait se voir comme le versant gothique du cinéma de Jodo. Mais Monctezuma trouvera davantage sa voie avec Alucarda, la hija de las tinieblas (1977), hallucination totale et grand-guignolesque où notre ami pourra enfin couper le cordon ombilical avec son modèle. Et là, tapi dans un coin poussiéreux, on trouve encore Rafael Corkidi, chef-opérateur de Jodorowsky sur ses trois premiers films.

On se doute bien que l’homme, après avoir aspiré les vapeurs cosmiques des faits d’armes du réalisateur de La montagne sacrée, avait besoin à son tour d’exprimer son besoin de cadavre exquis filmique. Entre Auandar Anapu et Deseos, deux autres films surréalistes (eux aussi) rarissimes, il signe Pafnucio Santo en 1977, œuvre dans la droite lignée du maître qui ne trouvera aucune grâce en dehors de son pays d’origine. N’évoquons pas l’excuse souvent répandue de la censure, tant le film de ce talentueux bonhomme abonné aux documentaires, n’ose guère s’aventurer sur le terrain de la provocation. Car si on devait commencer le jeu des 7 erreurs avec Jodorowsky, on pourrait déjà désigner Corkidi comme une sorte d’alter-ego filmique apaisé, qui aurait troqué la démesure gargantuesque de son confrère pour aller vers une forme de dépouillement. Ce qui n’en fait pas non plus un film atrocement commun, entendons-nous.

Son générique de début, scandant le titre du film plus d’une dizaine de fois, donne le ton: sur une plaine venteuse, un messager au visage enflammé croise sur son vélo Adam & Eve, un Jesus Christ mal en point, des juifs en route vers Auschwitz et le KKK, avant de terminer sa course dans des ruines assaillies par une troupe de footballeurs américains! Le petit Pafnucio Santo, sorte de messie d’un nouveau genre, enfile un tee-shirt Disney et un casque pour venir chercher celle qui sera la nouvelle sainte-mère. Le temps et l’espace importent peu dans cette bien curieuse quête, où l’on croise Frida Kalho dans sa chambre, Zapata (alors interprété par une femme) en train de prendre les armes, Hernan Kortes, Roméo & Juliette ou Patricia Hearst mitrailleuse en main…Au mysticisme gore de Jodo, Corkidi fait de son récit un opéra musical somptueux, où les langues (italien, espagnol, allemand, français…) se parlent et se confondent dans un lyrisme qui caresse tous les sens. Et les très nombreux travellings n’ont pas oublié de sublimer le tout, évitant de faire sombrer le spectacle dans une suite de tableaux tristement statiques. La fable de Corkidi ressemble à ce qu’un enfant s’imaginerait en feuilletant un livre d’histoire: un mélange de naïveté et d’impertinence à la beauté obsédante qu’on aimerait aujourd’hui voir ressurgir de la terre.

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