Quand le rĂ©alisateur espagnol sulfureux de Cannibal Man adapte Le tour d’Ă©crou de Henry James, forcĂ©ment, nous sommes au premier rang.

PAR JEREMIE MARCHETTI

Dans le cinĂ©ma chaos ibĂ©rique, il y a deux Iglesia : Alex, toujours vivant et trĂšs actif (tellement que ses films ne sortent plus en France), et Eloy, petit agitateur des 70’s qui nous a quittĂ© dans les annĂ©es 2000. Zoophilie, cannibalisme, trafic en tout genre, politique : l’homme n’a jamais eu son pareil pour gratter lĂ  ça oĂč ça faisait mal, mĂȘme en pleine Espagne franquiste. Dans les annĂ©es 80, son adaptation du Tour d’écrou ressemblait autant Ă  une respiration (il sortait d’une sĂ©rie de films qui louchaient vers une actualitĂ© brĂ»lante) qu’à un piĂšge. Le fantastique n’est qu’un leurre pour approcher une fois de plus de thĂšmes sulfureux : et quoi de mieux que le grand classique d’Henry James, bal de nĂ©vroses et de fantĂŽmes indĂ©modable, pour s’y vautrer allĂ©grement ?

Plus que le roman d’origine, c’est surtout le mastodonte de Jack Clayton, Les innocents, qui sert de modĂšle Ă  Eloy de la Iglesia. Doit-on lui en vouloir ? Oui et non. Oui, parce qu’on reconnaĂźt Ă©videmment les scĂšnes, reprises quasiment une par une (ou presque). Non, parce que l’atmosphĂšre et les intentions prennent un autre versant. Une seule idĂ©e, une seule, suffit Ă  offrir un nouvel Ă©clairage troublant Ă  ce rĂ©cit : en place d’une institutrice fragile, Iglesia envoie dans les pattes de deux garnements suspects un prĂȘtre en plein doute. Un choix idĂ©al qui amplifie l’atmosphĂšre de culpabilitĂ©, tant religieuse que sexuelle : le dos zĂ©brĂ© de cicatrices, le pauvre hĂšre est le candidat parfait pour ce baby-sitting en milieu hantĂ©… ou pas. L’ambiguĂŻtĂ© est la mĂȘme que chez Clayton, le ton tout aussi mortifĂšre : Ă  ce titre, la fameuse scĂšne de l’apparition au bord de l’eau (ici une mer dĂ©chaĂźnĂ©e) vaut bien celle de son prĂ©dĂ©cesseur.

DĂ©jĂ  subversif dans sa maniĂšre de se heurter Ă  des thĂ©matiques sensibles (la frustration sexuelle et la tentation pĂ©dophile), le film de Clayton appartenait Ă  une Ă©poque de sous-entendus. Mais qu’en est-il en 1985 ? Eloy de la Iglesia prĂ©pare le terrain de Villaronga et de son Tras el Cristal, avec des enfants un peu plus ĂągĂ©s, et plus enclins aux troubles charnels. Un baiser sur la main, des rapprochements encore plus prononcĂ©s Ă  la frontiĂšre de l’inceste et surtout un Michael cette fois sexuĂ©, offrant Ă  Iglesia la possibilitĂ© de jouer avec un champ lexical pĂ©dĂ©rastique. Mais si Villaronga nous vient Ă  l’esprit, Iglesia n’ira pas aussi loin que son Ă©lĂšve. Il en reste Ă  un pur exercice de remake homo, Ă©trange et gonflĂ©, bizarre et troublant. C’est dĂ©jĂ  pas si mal.

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