Chaque semaine, retrouvez notre rubrique On ne peut plus rien dire 🦊. On espère que vous prendrez autant de plaisir à la lire que nous avons à la faire.

GUERRE DES ÉTOILES
☆ Pas chaos ★ Pas très chaos ★★ Un peu chaos ★★★ Assez chaos ★★★★ Très chaos Palme
👉 Tableau à télécharger

Valérie Romain Le Vern Jérémie Marchetti Théo Michel Alexis Roux Gautier Roos
La polémique Roman Polanski ★★★★ ★★★★ ★★★★
Léa Seydoux chez Bruno Dumont ★★★ ★★★ ★★★   ★★ ★★★★
La filmo de Jessica Hausner ★★★ ★★★ ★★★ ★★★★
“Benalla casse-toi de mon bar” ★★
Koko-Di Koko-Da ★★★★ ★★★★ ★★ ★★★★
Cyril Hanouna fâché avec Kev Adams ★★★ ★★★★
Les YouTubeurs au cinéma ★★★ ★★
Rachida Dati drague la mairie de Paris ★★★ ★★★★
Bernard Minet ressort ses tubes en heavy metal ★★★★ ★★★
Le débat Finkielkrault-De Haas ★★★★ ☆  ☆  ★★★★
Le retour du réal des Bêtes du sud sauvage ★★ ★★ ★★★★ ★★ ★★★★

 

ON NE PEUT PLUS RIEN DIRE 🦊
Ah? Ah bon? Vous arrivez encore à fréquenter les réseaux sociaux? Vraiment? Pas trop pollué, ça va? Mais comment vous faites? Face à tous ces juges brandissant des opinions comme des armes, vous n’avez pas eu envie de vous réfugier dans la vraie vie avec de vrais gens qui-ne-jugent-pas, qui ne-veulent-plus-penser? Pas eu envie d’écouter un bon vieux best of Demis Roussos des dimanches après-midi pleins d’ennui, histoire d’écrire sur les murs à l’encre de vos veines et de dessiner tout ce que vous voudriez dire? Non? Vraiment pas? Parce que cette semaine, la coupe était quand même bien pleine niveau idiocratie en 140 signes, de quoi ressortir le Lexo. Commençons tout d’abord par l’affaire Roman Polanski, cinéaste rompu à l’exercice du scandale, mauvaise conscience collective, survivant de tant d’épreuves que l’attaquer sur un pan de sa vie revient à attaquer sa vie (et donc tout ce qu’il a traversé) et qui, broutille dans son parcours, a vu l’avant-première de J’accuse, bloquée par des militantes féministes. A l’origine de ce branle-bas-de-combat no more cinéma, le témoignage de la photographe Valentine Monnier qui dit avoir été “rouée de coups” et violée par le réalisateur en 1975 à l’âge de 18 ans. Manque de bol, il tombe bien pile après Adèle Haenel et pile avant la sortie de J’accuse. Du coup, la France a peur. La promotion du long métrage onéreux s’en trouve ébranlée, Jean Dujardin et Emmanuelle Seigner ayant annulé des interviews télévisées tandis que des émissions enregistrées avec Louis Garrel n’ont pas été diffusées. Mince alors! Rideau, tout le monde se barricade et ferme bien sa gueule! Même mutisme dans la grande famille du cinéma français qui flippe de donner le moindre avis, le moindre début d’opinion, le moindre positionnement rangeant illico dans une catégorie, sur un cas aussi complexe dans une époque ne tolérant que le clash, le raccourci, l’indignation, le manichéisme. Signe réel que tout fout le camp: quand vous voyez que les chaines d’info demandent à Michael Youn de donner son avis sur l’affaire Polanski, vous comprenez qu’il y a un vrai malaise. Youn qui passait par là et qui a donc été l’un des rares courageux à répondre au micro tendu par BFM machin, se disant tout chose tout confus d’être à cette avant-première et sortant une blague dont lui seul a le secret: «A choisir, Polanski fait quand même des meilleurs films que Guy Georges». Sans surprise, cette phrase a été isolée, diffusée, amplifiée, critiquée par 67 associations sur les réseaux sociaux. Ouin ouin, trop pas, la liberté d’expression! D’ailleurs, en prolongement de l’affaire Polanski, que penser de cette émission orchestrée de main de maître par la chaine d’info LCI ayant pour thème «Toutes les opinions sont-elles bonnes à dire?» et qui ressemblait à une longue parodie de la parodie de débat à la fin de Papy fait de la résistance? On rigole, on rigole… mais Jean-Marie Poiré est bien un visionnaire: avec le frère qui ne veut plus entendre parler de Super-Résistant et la soeur Bourdelle qui réclame les clés de l’Audi, le nazi repenti, le descendant du collabo Adolfo Ramirez, il anticipait un plateau propice au chaos cathodique. Ce soir-là, on avait donc *musique de Champs-Elysées* les avocats Georges Kiejman et Emmanuel Pierrat, la militante féministe Caroline de Haas, le dessinateur Philippe Geluck, le journaliste Frédéric Taddeï et le philosophe Alain Finkielkraut. Entre autres joyeusetés. Sous vos applaudissements. Du débat de haute volée sur des sujets vachement concernants comme, euh, le voile, dans une ambiance très ouin ouin on ne peut plus rien dire et pendant lequel, shocking, David Pujadas a demandé s’il était encore possible de dire enculé à la télévision française en 2019? David avait juste oublié que tout le monde s’en carre de la télé sauf les vieux qui lui demandent des autographes dans la rue. Et que son Ouin ouin on pourrait plus faire La cage aux folles était quand même bien désuet. Mais David était totalement dépassé, entre les skeuds, les invectives, les prends ça dans ta gueule, les je te coupe la parole parce que c’est chiant, les je lâche pas le micro parce que j’ai pas parlé depuis deux heures… A peine remis de son flinguage de Pierre Arditi sur ses propos sur la Corrida (que tout le monde a oublié depuis), Twitter n’a retenu de ces trois-quatre heures de joutes sur la liberté-d’expression-qu’elle-est-plus-là, ce qu’il voulait, à savoir une séquence sortie de son contexte où Finkielkraut, très en mode jette-toi-dans-le-canal, appelle ironiquement au viol pour provoquer la toute-colère Caro de Haas. Du coup, le philosophe se retrouve au centre d’une polémique débile qui devrait nous durer cinq bons jours entre les pros, les anti, les anti-pro, les pro-anti, les vendeurs de melons etc. Comme si l’horreur de ce monde ne nous suffisait pas, cette bonne tête de vainqueur de Alexandre Benalla continue de jouer au gros troll tout sourire, considérant sans doute que la vie, bah, c’est comme un épisode de South Park: «Casse-toi de mon bar, casse-toi de ma ville, Benalla!» qu’on lui jette à la gueule dans une vidéo amateur pas piquée des hanetons, mais l’ancien collaborateur d’Emmanuel Macron qui est, rappelons-le quand même, mis en examen, se moque bien de ces quolibets. Il s’est même fendu d’un message sur les résosossio pour remercier de ce chaleureux accueil: «Ce soir à Saint-Denis, dans un bar du centre-ville pendant que j’échangeais avec des habitants, 3 gauchos (tendance punk à chien qui pue la pisse), ont réussi à foutre un bordel incroyable… cette ville a vraiment besoin d’ordre, et on va en mettre.» Nous voilà rassurés, ma benne.

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