On a vu “The Irishman” de Martin Scorsese

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Ça balance à Paris! Martin Scorsese était présent dans la capitale en cette fin de semaine pour présenter The Irishman au cinéma, d’abord à la Cinémathèque Française le jeudi puis au Christine Cinéma Club le lendemain. Un événement d’une telle envergure dans un modeste cinéma de quartier du 6ème arrondissement, il faut le voir pour le croire. Et le Chaos l’a vu.

TEXTE: ALEXIS ROUX / PHOTO: PAULINA GAUTIER-MONS (VIA GAUTIER ROOS)

Deux heures de file d’attente le jour de la vente des billets, une effervescence palpable le soir de la séance, la venue de Scorsese a ravivé la flamme passionnée de nombreux spectateurs, certains venant de très loin pour y assister et rencontre le Maître. Visiblement fatigué par la soirée de la veille, Scorsese n’a au final passé qu’une poignée de minutes dans la salle du Christine, le temps pour lui d’évoquer la longue gestation de ce projet (annoncé pour la première fois en 2008) et surtout de rappeler l’importance de l’expérience collective du cinéma et de son indéboulonnable salle obscure. On pouvait sans peine ressentir chez lui la nostalgie de l’époque où ses films de gangsters grimpaient en haut du box-office – et sortaient au cinéma. Quoi qu’il en soit, cette ultime séance de dernière minute aura sauvé quelques frustrés de la Cinémathèque, dont l’organisation laisse une fois de plus perplexe.

Exclusivement réservée aux abonnés du lieu, départagés par tirage au sort (et aux influenceurs et invités VIP de tous poils, ce que la Cinémathèque s’est bien gardée de communiquer), la séance spéciale semblait au final tenir plus de l’événement mondain que d’une véritable communion cinéphile. Si le tirage au sort pose en lui-même question, il aurait été plus acceptable si la séance avait été ouverte à tous. La Cinémathèque semble n’avoir cure de son statut de musée national et voir une projection aussi importante limitée de facto au public francilien laisse un arrière-goût amer. Si la salle de cinéma est en danger d’extinction, l’élitisme du milieu semble encore avoir de beaux jours devant lui.
Deux salles, deux ambiances, donc, mais au-delà de cette guerre de chapelles, seul compte le film, qui fera date dans la carrière de son auteur. Tragique, crépusculaire, lancinant, marqué par la désillusion et la peur de la mort, The Irishman est sans conteste son œuvre la plus mélancolique. Le cinéma clinquant et rock de l’époque de Casino a cédé sa place à l’épure naturaliste, ponctuée d’accès de violence délestés de toute imagerie baroque. On ressort de la salle lessivé, abasourdi, bouleversé par la maîtrise sans faille du film et sa magistrale conclusion. Un immanquable.

1 COMMENTAIRE

  1. J’ai beaucoup apprĂ©ciĂ© la lecture de cet article.
    Que ce soit sur le fond ou sur la forme.
    Un portrait critique de l’Ă©litisme du milieu, c’est si rare et si juste.
    Merci pour ce regard sans concession et sans fausse hypocrisie.
    Cordialement.

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