[OLIVIER, OLIVIER] Agnieszka Holland, 1992

Un jour, un enfant disparaĂźt. S’agit-il d’une fugue? A-t-il Ă©tĂ© enlevĂ©, voire mĂȘme assassinĂ©? Quand, des annĂ©es aprĂšs, un adulte paumĂ© dit ĂȘtre l’enfant disparu, le doute persiste. On pense voir une belle histoire de retrouvailles façon tĂ©lĂ©film F2 ; on sort de ce film dĂ©vastĂ©, sonnĂ©. Encore un oubli trĂšs trĂšs curieux du cinĂ©ma français.

PAR JEREMIE MARCHETTI

De son statut de rĂ©alisatrice polonaise engagĂ©e, Agnieszka Holland a Ă©tĂ© gĂątĂ©e pour ses premiĂšres co-productions, enchaĂźnant Le complot avec Totoche Lambert et l’épineux Europa Europa, qui plongeait un jeune juif dans l’enfer des jeunesses hitlĂ©riennes, avec une Julie Delpy ado rĂȘvant de casser de l’étoile jaune en vilaine Gretchen. Une chose est certaine: on n’aurait pas vu chose pareille Ă  Hollywood, tant Holland n’hĂ©site pas Ă  appuyer lĂ  oĂč ça fait mal, quitte Ă  montrer son pauvre hĂ©ros tenter de s’arracher la peau du gland en espĂ©rant se fabriquer un prĂ©puce pour ne pas se faire dĂ©couvrir par ses camarades nazis! AprĂšs toutes ses turpides politiques, on la retrouve aux commandes d’Olivier Olivier, un drame, bien français quant Ă  lui, qu’elle Ă©crivit en s’inspirant d’un fait divers des annĂ©es 80.

Sous un beau soleil de pub RicorĂ©, la famille Duval est une famille parmi tant d’autres, mĂȘme si en profondeur des choses grincent: le pĂšre vĂ©tĂ©rinaire (un François Cluzet dĂ©jĂ  dĂ©testable) semble rongĂ© par l’ennui et la mĂšre (sidĂ©rante Brigitte RoĂŒan) couve maladivement son petit, l’adorable et docile Olivier. Dans l’ombre, la grande sƓur Nadine semble un peu oubliĂ©e, dominant son petit frĂšre comme pour se venger Ă  sa maniĂšre, mais ne peut s’empĂȘcher de l’aimer quand mĂȘme fort. Un jour, Olivier est envoyĂ© pour apporter des provisions Ă  sa grand-mĂšre: vĂ©lo, casquette rouge, panier bien rempli. Et Olivier ne reviendra pas, il ne reviendra plus jamais. Pas de corps, pas de traces, pas d’indices: Olivier a tout simplement disparu sans explication. Trop jeune pour fuguer, seule la thĂšse de l’enlĂšvement est retenue.

L’inspecteur du coin, dont c’est la premiĂšre affaire, promet Ă©videmment de le retrouver. La famille ne tient plus debout, tout le monde craque, le pĂšre s’en va. Six ans plus tard Ă  Paris, le mĂȘme inspecteur tombe sur un jeune prostituĂ© ramenĂ© au poste, affirmant ĂȘtre le petit Olivier, incarnĂ© par un GrĂ©goire Colin alors tout jeune, extraordinaire en revenant facĂ©tieux, tour Ă  tour vĂ©nĂ©neux et rassurant. Le gosse miraculĂ© repart alors dans la maison familiale: alors que la mĂšre sort de son marasme et que le pĂšre tente de se rabibocher avec tout le monde, seule Nadine semble bien circonspecte par ce retour en fanfare.

Bref, vous l’aurez compris, Olivier Olivier a sur le papier tout d’un beau tĂ©lĂ©film France 2 mĂȘlant trĂšs adroitement effet dramatique Ă  retardement, inspection par la lorgnette d’une famille explosĂ©e puis rafistolĂ©e Ă  la glu et mini-suspens chelou. Or, Agnieszka Holland n’était pas voisine de Krzysztof Kieƛlowski pour rien: on y retrouve exactement le mĂȘme fracas perturbant entre dĂ©licatesse et brutalitĂ©, cette persistance pour la mĂ©lancolie soulignĂ©e par une b.o de Preisner caressant les oreilles comme une entitĂ© terrible, ces images dorĂ©es et verdĂątres comme un rĂȘve tangible (on sent que Bernard Zitzermann a pris des leçons chez Slawomir Idziak). Sauf que Holland mĂ©nage nettement moins ses personnages: sa vision du deuil et de la souffrance dĂ©borde de violence, Ă  la frontiĂšre d’un cauchemar familial Ă  la Pialat. Sans prĂ©venir, on voit la rĂ©alisatrice entamer des chemins escarpĂ©s, hallucinĂ©s (la sƓur d’Olivier a tellement cumulĂ© de colĂšre qu’elle dĂ©veloppe des pouvoirs tĂ©lĂ©kinĂ©siques!) volontiers scabreux (dont un coup de thĂ©Ăątre qui en Ă©tranglera plus d’un). Et elle nous laisse abattu, lessivĂ©, jusqu’à l’obsĂ©dante derniĂšre image. Tout cela sans jamais oublier l’espoir dans le dĂ©sespoir. Comme chez un certain Krzysztof


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