Autant briser la glace tout de suite, Odyssey The ultimate trip porte bien mal son nom, puisque que contrairement Ă  ce que sous-entend l’affiche ou les premières images du film, il ne s’agira absolument pas d’un 2001 du cul. Rien d’ultime et encore moins de trip, mĂŞme si le rĂŞve fera partie du voyage. PassĂ© cette petite entourloupe, hydratez vous bien et installez vous sur le fauteuil en skaĂŻ, car ça va s’aimer.

PAR JEREMIE MARCHETTI

Sans se fortifier autour d’un quelconque fil rouge, Odyssey: The Ultimate Trip est un film dĂ©coupĂ© en segments (the beginning, the middle, the end, comme la vie, oui mon bon monsieur) sans liens apparents. Damiano y parle de dĂ©sir et de couples Ă  travers trois histoires très diffĂ©rentes, mais captivantes comme un rien grâce Ă  son acuitĂ© Ă  explorer un certain Ă©tat des lieux.

1977, la rĂ©volution sexuelle est alors bien entamĂ©e, l’acte charnel est plus que jamais au cĹ“ur de la sociĂ©tĂ© (et ce n’est pas le cinĂ©ma porno qui dirait le contraire) mais les retombĂ©es sont inĂ©vitables. Souvent dĂ©signĂ© comme le monsieur intello du porno, Gerard Damiano donne Ă  la fois ce qu’attendent les cinĂ©philes, rarement lĂ  par hasard, et le pornophile pas franchement venu pour se creuser les mĂ©ninges. Mais il cueille allĂ©grement les deux parties qui, il faut l’avouer, n’en forment souvent qu’une. Il faut attendre vingt bonnes minutes avant de voir surgir le premier coĂŻt, et quel coĂŻt d’ailleurs, puisqu’une femme grimĂ©e en homme part se jeter dans les bras d’un homme travesti en femme. Les genres explosent comme la braguette, ce qui dĂ©routera sans doute le spectateur lambda…et c’est tant mieux.

Avant cela, Damiano ausculte la ronde de deux couples se rendant dans une boĂ®te, l’un heureux, l’autre pas. L’intro est amer, violente mĂŞme, avec une capacitĂ© Ă  crĂ©er du trouble sans faire baisser les slips comme cette longue scène oĂą l’Ă©pouse frustrĂ©e crie son envie bouchĂ©e dans l’objectif d’une camĂ©ra, renvoyant le visage blanchâtre et suppliant sur une tĂ©lĂ©vision posĂ©e plus loin (un petit cĂ´tĂ© Videodrome avant l’heure). PoussĂ© par leurs amis, le couple part se perdre dans les masques et les silhouettes d’un bordel fantasmagorique, oĂą mari et femme pourront retrouver la motricitĂ© de leur dĂ©sir. Ou comment passĂ© d’un Mike Nichols Ă  un fantastique doux, sensuel et grotesque.

Plus terre Ă  terre, la suite est une enfilade de sĂ©ances entre une poignĂ©e de jeunes femmes et leur psy. La sortie du mariage, la masturbation, rĂ©apprendre la sĂ©duction: guidĂ© par des actrices parfaites, dont l’allure et la voix participent beaucoup au plaisir ambiant, on explore l’american way on life repartir Ă  zĂ©ro, mue par de nouvelles transformations, de nouvelles attirances. L’orgasme fĂ©minin n’est plus un mystère, dĂ©terrĂ© sous une pile de mythes et de flemme masculine, et le rapport au dĂ©sir change la donne. Les scènes de sexe, plus basiques nĂ©anmoins, rythment toujours les rĂ©cits. La dernière partie enfin, la plus sombre et la plus inattendue, nous parle que cette quĂŞte de plaisir qui a, paradoxalement, rĂ©veillĂ© les dĂ©mons de la solitude. Une modèle sexy compte les jours entre ses shootings coquins, ne trouvant refuge que dans des rĂŞves orgiaques, oĂą les chairs se sanglent de cuir, oĂą l’amant rĂŞvĂ© vous baise sur une pile de coussins argentĂ©s.

La conclusion terrible, qui nous rappelle que Damiano se sert toujours de la mort comme une Ă©pĂ©e de Damoclès, offre une Ă©tonnante boucle avec l’introduction de Devil in Miss Jones, oĂą l’hĂ©roĂŻne se laissait mourir dans sa baignoire. Mais entre lâcher l’affaire et vivre sa vie, Damiano n’offre pas la rĂ©ponse, nous laissant dans un trouble presque sarcastique.

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