2020, année du chaos. Alors que nous traversons une crise sans précédent (sanitaire, sociale, économique, morale, existentielle, cinéphilique…), le Chaos a eu envie, humblement, de proposer un classement absolument pas humble: celui de ses 100 films préférés au monde.

Afin de consoler les esprits chagrins face à une cinéphilie en berne (sachant trouver néanmoins de revigorantes alternatives – cf. le cinéma La Clef ou la plateforme Henri de la Cinémathèque), la rédaction avait tout simplement envie de vous donner envie de (re)voir ces films que nous avons tant adoré par le passé et que nous adorons toujours au présent. Ou de les faire découvrir pour que vous les chérissiez autant que nous demain.

Vous avez bien lu, il est hors de question de célébrer officiellement les 100 meilleurs films de l’histoire du cinématographe – autrement, comment expliquer l’absence de ce cher Orson Welles au palmarès? Mais simplement de faire une liste (subjective, évidemment) des 100 films qui font battre notre coeur, parfois de façon irrationnelle. Qui nous réunissent. Et qui expliquent pourquoi, au final, nous sommes tous là, vous comme nous, tous réunis sur ce site avec l’envie de discuter de cinéma comme si nous étions entre amis au comptoir d’un vidéoclub. C’est la raison d’être du Chaos.

Bien sûr, il y aura des heureux qui trouveront des points communs, des affinités et des sensibilités communes; il y aura des mécontents qui jugeront nos choix de fort mauvais goût (“mais pourquoi ces tocards ont mis ce navet suintant de l’autre con de bidule avant ce chef-d’oeuvre impérissable du génial machin, cité en plus par une seule personne?”) et c’est ça qui est bien. On n’attend plus que vous dans la discussion. Vous connaissez l’adresse: redaction@chaosreign.fr 

 

TOP15 DU TOP100


1. Mulholland Drive (David Lynch, 2000) 396 points
Dans une histoire qui emprunte à Boulevard du crépuscule/Sunset Boulevard (Billy Wilder, 1950) la vision d’une industrie hollywoodienne détruisant les stars aussi vite qu’elle les fabrique, et à Persona (Ingmar Bergman, 1966) la relation ambiguë de deux femmes qui se confondent, David Lynch a une façon unique d’assurer les correspondances entre l’illusion, la folie et la réalité, tout en associant l’éblouissante texture du rêve aux ténèbres de la tragédie.


2. Twin Peaks: Fire Walk With Me (David Lynch, 1991) 391 points
Deuxième Lynch directement en deuxième position de notre top 100. Un de ses films les moins aimés et pourtant… C’est le début d’un mythe! La mort mystérieuse de Teresa Banks dans la tranquille petite ville de Twin Peaks va donner bien du fil a retordre aux agents Dale Cooper et Chester Desmond qui vont mener une enquête en forme de charade et découvrir que bien des citoyens de la ville sont impliqués dans cette affaire. Un an plus tard, ce sont les sept derniers jours de Laura Palmer, qui se termineront par la mort brutale de cette dernière annonçant ainsi le début de Twin Peaks, ze série. Ce film est beau, affreux, fascinant jusqu’à l’hypnose. À chaque visionnage, les images recouvrent de nouvelles significations, de nouvelles profondeurs, intensifiant des émotions toujours plus intimes et vraies. La scène finale est capable de fendre une âme en deux.


3. Taxi Driver (Martin Scorsese, 1976) 366 points
Espérer draguer Cybill Shepherd en l’emmenant voir un porno n’est pas forcément la trouvaille du siècle de Travis Bickle, personnage ambigu s’il en est, immédiatement entré dans la légende après cette Palme d’or obtenue en 1976. Un classique instantané qui doit énormément à la personnalité (pour le moins perturbée) de Paul Schrader et au score maladif de Bernard Herrmann, décédé quelques heures après avoir rendu sa copie. Tout film de serial killer ou d’antihéros solitaire a aujourd’hui les yeux rivés sur ce titre phare du Nouvel Hollywood, et ce n’est pas les duplicatas arty-glauques de Lynne Ramsay ou de Todd Phillips qui nous feront oublier l’original…


4. Phantom of the Paradise (Brian De Palma, 1975) 350 points
Un jeune compositeur génial est dépossédé de sa musique par un producteur diabolique. Défiguré, laissé pour mort, il se transforme en fantôme masqué et hante le théâtre de son ennemi. Brian De Palma connaissait alors son premier gros succès au box-office avec ce film dément se déroulant dans le monde glam de la pop-business, inspiré des mythes de Faust, du fantôme de l’opéra et de Dorian Gray et ayant inspiré des générations entières d’artistes jusqu’à nos Daft Punk. Mention spéciale pour la merveilleuse Jessica Harper.


5. 2001, l’odyssée de l’espace (Stanley Kubrick, 1968) 345 points
«Si vous comprenez notre film, c’est que nous avons échoué. Notre but étant de soulever d’avantage de questions que d’y répondre» C’est ce que confessait l’écrivain Arthur C. Clarke au sujet du 2001, co-scénarisé avec ce cher Stanley. Il importe de ne pas considérer 2001 comme un monument intouchable dont on ressort forcément le crâne cerné d’une couronne de points d’interrogations – Tarkovski avait bien raison de proposer sa réponse quatre ans plus tard avec Solaris. C’est au spectateur de s’approprier cette odyssée immense qui rend tout humble, tout petit, face aux mystères de la vie.


6. Massacre à la tronçonneuse (Tobe Hooper, 1974) 344 points
Les années passent, les films aussi. Et on n’oublie rien de cet immense film d’horreur tourné pour 140.000 dollars, avec des moyens dérisoires proches du génie, sorte de one-shot indépassable pour ses successeurs. Tout marque, jusque’à ce somptueux final crépusculaire convoquant soulagement et mélancolie où la splendide scream girl Marilyn Burns hurle jusqu’au rire dément, survivante ensanglantée, et où Leatherface, seul sur la route, tournoie avec sa tronçonneuse, pirouette en état de grâce, comme consumé par les derniers rayons du soleil. La fin d’un cauchemar diurne ayant fait passer tant de nuits blanches.


7. Suspiria (Dario Argento, 1977) 297 points
Plongez Jessica Harper sortie de Phantom of the Paradise de Brian De Palma dans un univers expressionniste en couleurs, mixez Blanche-Neige et les sept nains avec le gore et vous obtenez ce monument baroque d’une splendeur inégalée du maître du giallo (même si le remake a des fans dans la rédaction) qui donne toujours autant la sensation d’avoir mangé un champignon hallucinogène. On y suit la trajectoire d’une jeune ballerine américaine arrivant dans une école de danse de Fribourg et découvrant que la terrifiante demeure abrite un repaire de sorcières. Soit le premier volet expérimental de la trilogie les Trois Mères (avant Inferno et Terza Madre), nu de psychologie, aux allures de conte cauchemardesque obsédant à mort.


8. The Thing (John Carpenter, 1982) 276 points
Un des plus grands films de SF-horror jamais réalisé, à mettre au panthéon avec Alien, pour la création d’un des monstres extra-terrestres les plus perturbants et cauchemardesques jamais crées. Plus qu’un remake de La Chose d’un autre monde de Howard Hawks réalisé en 1951, The Thing est surtout une adaptation non officielle (dans l’esprit sinon dans la lettre) du terrifiant roman de Lovecraft, In the mountains of madness. Avec, cerise sur le chef-d’oeuvre, la fabuleuse BO de Ennio Morricone.


9. Apocalypse Now (Francis Ford Coppola, 1979) 269 points
Un film s’inscrit-il dans la légende du cinéma à partir du moment où la réalité dépasse la fiction? Avec Apocalypse Now, neuvième film d’un Francis Ford Coppola déjà auréolé de multiples oscars et d’une Palme d’or, la question se pose. Entre son tournage chaotique (un souvenir bien aidé par l’existence du documentaire/making of inouï Heart of Darkness : A Filmmaker’s Apocalypse, tiré en partie des mémoires de Eleanor Coppola), sa présentation tumultueuse à Cannes et sa palme d’or controversée. On oublierait presque la monstrueuse beauté de ce film de guerre où cette dernière est étrangement hors champ, pour se concentrer uniquement sur sa substantifique moelle: l’Horreur. Apocalypse Now, c’est aussi un spectacle son et lumière délirant, une sorte de blockbuster opératique où Coppola cristallise avec sa mise en scène la transformation grandissante des conflits en spectacles médiatiques – évolution apparue justement avec la Guerre du Vietnam, première guerre entièrement télévisée de l’histoire et réalise le rêve fou de Welles de retranscrire à l’image le chef d’œuvre de Joseph Conrad, Au cœur des ténèbres.


10. La Nuit du chasseur (Charles Laughton, 1955) 266 points
Un prêcheur inquiétant poursuit dans l’Amérique rurale deux enfants dont le père vient d’être condamné pour vol et meurtre. Avant son incarcération, le père leur avait confié dix mille dollars, dont ils ne doivent révéler l’existence à personne. Pourchassés sans pitié par ce pasteur psychopathe et abandonnés à eux-mêmes, les enfants se lancent sur les routes. Unique film du comédien Charles Laughton, merveilleux et effrayant conte sur l’enfance et la perte de l’innocence ayant essuyé une grande incompréhension de la part du public et de la critique, pour devenir au fil des années le film culte que l’on sait et que l’on adore tous. Quant à la sempiternelle question cinéphile: mais pourquoi Charles Laughton n’a-t-il pas réalisé un second film? La réponse est simplement venue un jour d’un Robert Mitchum blagueur: “Parce qu’il est mort“.


11. Les Diaboliques (Henri-Georges Clouzot, 1955) 255 points
Avons-nous déjà vu une comédie grand public (car oui, c’en est une) avec des personnages aussi sombres? Non content d’avoir pavé le terrain à Hitchcock et à l’âge d’or de la Hammer, le père Clouzot a aussi, on l’oublie souvent, greffé au cinéma horrifique cet humour très français qui n’enlève rien à l’effroi. Dernier apport, et pas des moindres: ce final tout en bruits de serrure et en main gantée qui pose les bases du giallo. L’une des meilleures apparitions de Johnny au cinéma, n’en déplaise à Guillaume Canet.


12. Deep End (Jerzy Skolimowski, 1970) 254 points
Une éducation sentimentale qui culmine en eau de boudin: y’a pas 36 films qui restituent ça aussi bien (citons Le Lauréat, Daisy Miller, ou l’héritier Wes Anderson, qui doit beaucoup à ce splendide triumvirat). Mais Deep End respire quelque chose de sordide, quelque part entre le vert agressif et moisi des locaux, ces cadrages glauques et ces gardiennes de piscine en claquettes-chaussettes. Malgré tout ça chaque plan est une toile de maitre, on n’a pas encore élucidé tous les contours de ce film miraculeux.


13. Voyage au bout de l’enfer (Michael Cimino, 1978) 254 points
Faut-il vraiment préciser pourquoi c’est le plus beau film au monde? Impossible de voir une scène de mariage, de billard, de guerre ou de tripot sans avoir Cimino quelque part dans un coin de la tête. C’est surtout ce qu’on a vu de plus élégant sur la vie (et la mort) d’une petite communauté confrontée à la tragédie.


14. Les yeux sans visage (George Franju, 1960) 250 points
Edith Scob (ou plutôt Reine Edith I du royaume Chaos) a tourné dans ce petit film de 1960 en noir et blanc où l’on voit une opération de chirurgie esthétique. Vous savez, l’ablation du visage la plus célèbre de tous les temps. Ceux qui ont peur des chiens, s’abstenir.


15. Ne vous retournez pas (Nicolas Roeg, 1974) 245 points
Cette adaptation d’une nouvelle de Daphné du Maurier nous prévient par son titre: il contient des images insoutenables dont une introduction à fendre le cœur (une petite fille se noie dans l’étang d’un jardin anglais, soulevée par son père hurlant de douleur, vivant et pourtant mort avec elle, ce jour-là) et cache une révélation monstrueuse. Mais attention à celui qui les regarde. Attention à celui qui s’approche trop près. On a beau l’avoir vu de nombreuses fois, on tremble encore devant ce sublime thriller psychologique aux frontières du fantastique et de l’occulte.

Le top 100 de la rédaction dans sa totalité (la suite du classement, quoi)
Le top 100 de Geoffroy Christ Saint-Denis
Le top 100 de Morgan Bizet
Le top 100 de Guillaume Cammarata
Le top 100 de Gérard Delorme
Le top 100 de Romain Le Vern 
Le top 100 de Jérémie Marchetti
Le top 100 de Sina Regnault
Le top 100 de Gautier Roos

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