[Nobuhiko Ōbayashi] Hommage Chaos, Hommage Hausu!

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Nobuhiko Ôbayashi est décédé il y a trois jours. Trois jours que les cinéphiles les plus aventureux n’ont qu’un mot à la bouche: Hausu (dites AOOOSSSU).

Film pourtant toujours inédit chez nous (WARUM? crie t-on à l’assistance), preuve aussi, s’il en est, qu’un film tombé dans les oubliettes peut acquérir à nouveau le statut culte perdu pendant de si nombreuses années. Il y a encore 15 ans, le long-métrage n’était d’ailleurs plus rien. Hausu? Connaît pas. Or, il fut pourtant projeté au Festival du film fantastique de Paris en 1978, lorsque Alain Schlockoff passait au peigne fin le cinéma fantastique et d’horreur de l’époque. Qui sont les gens qui l’ont vu alors? Que se sont-ils dit à la vue de la chose? Trop chaos? Trop exubérant? Trop en avance? La carrière du film, en tout cas, s’arrêta là. À la fin des années 2000, le film refait surface en dvd au Japon, circule également en dvd pirate: on nous aurait donc menti, et des films comme ceux là seraient capables de rester bloqués dans les égouts de la cinéphilie? Skandal!

Depuis, le film a rejoint les rangs de la prestigieuse collection de Criterion (qui édita également Émotion, trip fantastique façon Nouvelle-Vague que Obayashi signa à la fin des années 60), sorte de sanctification absolue au pays de l’oncle Sam. En Europe, seul l’éditeur Eureka: Masters of Cinema s’y intéresse. Chez nous, malgré un passage dans un cycle à la Maison de la culture du Japon consacré aux fantômes japonais, plus rien. Mais le film a fait son chemin, gagné des fans, et même la gueule béante du bakkaneko sur l’affiche du film est devenu une icône du genre. Le destin de Hausu prouve, au fond, que rien n’est perdu.

Autant inspiré par des concepts lancés en l’air par sa petite fille que le succès des Dents de la mer, Obayashi, très tourné vers la publicité dans les 70’s, se lance dans ce blockbuster dément qu’il agrémente d’un merchandising très novateur en son temps.

Hausu, c’est un shojo manga qui tourne mal: quel film peut se targuer d’être à la fois drôle et effrayant dans ses absurdités, étonnement sensible dans ses sous-entendus, d’une candeur enfantine et d’une cruauté somme toute adulte, mais aussi puissamment mélancolique? Oui, il faut le voir pour le croire comme dirait l’autre. Son usage des maquettes, du collage, des surimpressions… Hausu nous fait croire à la magie du cinéma et à sa folie. C’est un cauchemar d’enfant sur grand écran, avec ce que cela inclut de ramifications psycho, d’humour nonsensique, de nostalgie douce-amère et de chemins de traverse tordus.

Si Hausu n’a jamais passé nos frontières, le reste de la filmographie d’Obayashi non plus: un cinéma populaire et dense, très ancré dans la teen-romance. On l’a vu par exemple adapter le Black Jack de Tezuka, avec The Visitor in the Eye (1977), L’école emportée de Kazuo Umezu avec The Drifting School (1987) ou encore La traversée du temps de Yasutaka Tsutsui dans The Little girl who conquered time (1983). Toujours du fantastique finalement, ce qu’il confirmera avec The aimed school (1981), I are you, You am me (1982) ou The discarnates (1988). Obayashi joue la carte de la fantaisie, charme parfois par sa légèreté pop… mais rien qui n’égale en puissance et en énergie son coup de grâce de Hausu.

Toujours très actif, le bonhomme continuait à tourner: son Hanagatami (2017), film fleuve sur le destin d’un groupe d’adolescents durant la seconde guerre, est bouillonnant, agité, adoptant une approche visuelle radicale évoquant un certain Twixt de Francis Ford Coppola. On aime ou on déteste, mais impossible d’y voir l’œuvre d’un vieux croulant. Cette année, il nous réservait Labyrinth of Cinema, autre trip agité qui, on l’espère, sera visible d’une manière ou d’une autre…

1 COMMENTAIRE

  1. Découvert Hausu grâce à Animal Collective. Dans les années 2009-2010, Geologist venait souvent en concert avec un t-shirt du film. A partir de là, je crois vraiment que le petit nom que s’est fait Nobuhiko Obayashi s’est fait en occident, c’est principalement grâce à des passionnés geek qui passent trop de temps sur Internet. Merci en tout cas au Chaos qui est toujours ultra-attentif. On attend avec impatience vos avis sur le reste de sa filmo.

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