Quand le frère de l’inénarrable Lyold (le fondateur du studio Troma) fait dans le pastiche irrévérencieux, ça donne un bon moment de chaos qui tâche. Pas manchot le Charles.

Avant l’arrivée de son justicier nucléaire en tutu, l’indispensable Toxic, Troma était déjà Troma… sans être tout à fait Troma. De comédies culcul en comédies cucul, il a fallu attendre ce personnage emblématique pour voir la firme revendiquer son identité trashouille qui lui valut justement sa renommée. Mais si un film antérieur annonçait bien les déboires à venir pour les frères Kaufman et Michael Herz, c’est bien évidemment Mother’s Day, qui tentait de raccrocher les wagons avec la vague de survival et de bande crapoteuses à bases de familles dégénérées, rejetons direct de Délivrance et de Massacre à la Tronçonneuse.

Début 80, la mode est au slasher (genre curieusement assez peu approché par Troma), mais le frère du terrible Lloyd Kaufman, Charles, se met tout de même au boulot, sans doute conscient qu’un sillage du film d’horreur forestier se mettait en place grâce (ou à cause?) de Vendredi 13: Carnage, Don’t go in the woods, Prophecy, The Forest, Rituals, The Final Terror, Survivance… le film d’horreur américain avait dressé sa tente quechua et ça n’a pas été facile de l’en déloger. Sortons donc les gourdes et les sacs de couchages, et suivons Abbey, Jackie et Trina, trois citadines qui lâchent tout pour se retrouver une fois par an, comme le veut leur pacte inébranlable. Alors qu’un petit budget carnassier ne s’embarrasse généralement pas de détails psychologiques en tout genre, Mother’s Day fait en sorte de rendre le trio aussi attachant et vivant que possible, les suivant de leurs quatre cent coups à la fac jusqu’à leur vie d’adulte. La caractérisation de chacune, elle aussi, réserve quelques belle surprises paradoxales: la bourgeoise de service se révèle la plus débrouillarde et les antécédents des deux autres (une mortifiée par une mère malade et une autre malchanceuse en amour) vont donner du corps à un survival plus méchant que bête. Comme si les Drôles de dames étaient tombées dans le chaudron de Tobe Hooper, les demoiselles devront échapper aux griffes d’une famille de rednecks bien allumés, soit deux crétins grimaçants maternés d’une main ferme par une dame tricot qui n’a de la bienveillance que dans son physique inoffensif. Fort attendrie du fond de son transat, la matriarche (incroyable Beatrice Pons) dirige les opérations, gâtant ses garçons de céréales et de télévision, tout en instaurant des règles strictes pour ne pas user les victimes trop vite.

Éclaboussé d’un humour noir acide généralement absent des productions concurrentes, Mother’s Day réussit à amuser autant qu’il fait sauter du siège, croyant un minimum en ce qu’il montre sans jamais tomber dans la parodie cartoonesque. Les éclats gore, parfois particulièrement douloureux et inattendus (bijoux de famille réduits en bouilli ou main déchirée par une corde, entre autres) ne font pas dans la dentelle, annonçant quelques débordements tromesques à venir. Un mélange de terreur grasse et de jubilation féministe qui finira là où on l’attend pas: dans un éclair d’effroi soudain, nous renvoyant à ce que le cinéma d’exploitation pouvait faire de meilleur.

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