Quand le frère de l’inĂ©narrable Lyold (le fondateur du studio Troma) fait dans le pastiche irrĂ©vĂ©rencieux, ça donne un bon moment de chaos qui tâche. Pas manchot le Charles.

PAR JEREMIE MARCHETTI

Avant l’arrivĂ©e de son justicier nuclĂ©aire en tutu, l’indispensable Toxic, Troma Ă©tait dĂ©jĂ  Troma… sans ĂŞtre tout Ă  fait Troma. De comĂ©dies culcul en comĂ©dies cucul, il a fallu attendre ce personnage emblĂ©matique pour voir la firme revendiquer son identitĂ© trashouille qui lui valut justement sa renommĂ©e. Mais si un film antĂ©rieur annonçait bien les dĂ©boires Ă  venir pour les frères Kaufman et Michael Herz, c’est bien Ă©videmment Mother’s Day, qui tentait de raccrocher les wagons avec la vague de survival et de bande crapoteuses Ă  bases de familles dĂ©gĂ©nĂ©rĂ©es, rejetons direct de DĂ©livrance et de Massacre Ă  la Tronçonneuse.

DĂ©but 80, la mode est au slasher (genre curieusement assez peu approchĂ© par Troma), mais le frère du terrible Lloyd Kaufman, Charles, se met tout de mĂŞme au boulot, sans doute conscient qu’un sillage du film d’horreur forestier se mettait en place grâce (ou Ă  cause?) de Vendredi 13: Carnage, Don’t go in the woods, Prophecy, The Forest, Rituals, The Final Terror, Survivance… le film d’horreur amĂ©ricain avait dressĂ© sa tente quechua et ça n’a pas Ă©tĂ© facile de l’en dĂ©loger. Sortons donc les gourdes et les sacs de couchages, et suivons Abbey, Jackie et Trina, trois citadines qui lâchent tout pour se retrouver une fois par an, comme le veut leur pacte inĂ©branlable. Alors qu’un petit budget carnassier ne s’embarrasse gĂ©nĂ©ralement pas de dĂ©tails psychologiques en tout genre, Mother’s Day fait en sorte de rendre le trio aussi attachant et vivant que possible, les suivant de leurs quatre cent coups Ă  la fac jusqu’à leur vie d’adulte. La caractĂ©risation de chacune, elle aussi, rĂ©serve quelques belle surprises paradoxales: la bourgeoise de service se rĂ©vèle la plus dĂ©brouillarde et les antĂ©cĂ©dents des deux autres (une mortifiĂ©e par une mère malade et une autre malchanceuse en amour) vont donner du corps Ă  un survival plus mĂ©chant que bĂŞte. Comme si les DrĂ´les de dames Ă©taient tombĂ©es dans le chaudron de Tobe Hooper, les demoiselles devront Ă©chapper aux griffes d’une famille de rednecks bien allumĂ©s, soit deux crĂ©tins grimaçants maternĂ©s d’une main ferme par une dame tricot qui n’a de la bienveillance que dans son physique inoffensif. Fort attendrie du fond de son transat, la matriarche (incroyable Beatrice Pons) dirige les opĂ©rations, gâtant ses garçons de cĂ©rĂ©ales et de tĂ©lĂ©vision, tout en instaurant des règles strictes pour ne pas user les victimes trop vite.

Éclaboussé d’un humour noir acide généralement absent des productions concurrentes, Mother’s Day réussit à amuser autant qu’il fait sauter du siège, croyant un minimum en ce qu’il montre sans jamais tomber dans la parodie cartoonesque. Les éclats gore, parfois particulièrement douloureux et inattendus (bijoux de famille réduits en bouilli ou main déchirée par une corde, entre autres) ne font pas dans la dentelle, annonçant quelques débordements tromesques à venir. Un mélange de terreur grasse et de jubilation féministe qui finira là où on l’attend pas: dans un éclair d’effroi soudain, nous renvoyant à ce que le cinéma d’exploitation pouvait faire de meilleur.

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