A-t-on le droit de s’exciter pour la sortie prochaine – aux Etats-Unis au moins, en salles et sur HBO Max – d’une nouvelle adaptation de Mortal Kombat chapeautée par Warner Bros et James Wan? Il faut dire que le contexte actuel, et le sevrage en blockbusters, en films d’action, ou même en films tout court, nous incitent (presque) à nous enflammer pour un rien. A la vue du premier trailer du film sorti la semaine en dernière, force est de reconnaître que ce nouveau Mortal Kombat a quelques arguments à proposer.

Dès les premières secondes du trailer, nous sommes en territoire connu, on aperçoit les pouvoirs de glace du tueur Sub-Zero, antagoniste culte de la série de jeu vidéo Mortal Kombat depuis le premier épisode en 1992. Par la suite, on reconnaîtra dans les images qui suivent d’autres figures familières comme le spectre vengeur Scorpion, Raiden le dieu du tonnerre, Jax, Sonya Blade, Kano et même Goro, monstre mi-humain mi-dragon. Les producteurs, James Wan et Simon McQuoid, le nobody, ex-publicitaire, qui signe la réalisation du film, ont visiblement à cœur de proposer une adaptation fidèle du jeu vidéo, qui s’annonce comme une suite sans grande logique de baston que l’on espère biens chorégraphiés et biens mis en scène.

Si Mortal Kombat remplit un tel contrat, on sera en mesure d’apprécier un film pour lequel il ne faudra de toute façon pas s’attendre à une réussite en matière d’écriture. Ou du moins, ce sera l’occasion de se faire une idée partielle des talents de Greg Russo, scénariste des prochaines adaptations de Resident Evil et Bioshock. Toutefois, il est bon de rappeler que la série Mortal Kombat n’a jamais brillé pour son histoire ou ses cut-scenes, la plupart du temps ridicules, et on imagine mal Greg Russo réussir à rendre intéressant un tel matériel.

L’envers des «fatalities»
Voir réapparaître une adaptation de la série de jeu de combat la plus populaire de tous les temps (avec Street Fighter) est également un indicateur d’un changement de paradigme croissant au sein des studios hollywoodiens, afin de contrer l’hégémonie de Disney. Face aux mastodontes du MCU et de Star Wars, il semble qu’une alternative se dessine pour les autres Majors: les adaptations de jeu vidéo. Un choix risqué et étonnant quand on s’intéresse à l’historique du genre, dont le ringard Mortal Kombat de 1995 réalisé par Paul W.S. Anderson, grand fossoyeur du jeu vidéo (remember la saga Resident Evil) fut l’un des pionniers, et surtout la première production à connaître une suite, l’ignoble Mortal Kombat: Destruction Finale en 1997.

Vous vous souvenez de Need For Speed avec Aaron Paul? Du film Assassin’s Creed réalisé par Justin Kurzel? Ou encore du Tomb Raider emmené par Alicia Vikander? Non, et c’est normal tant ces productions dépassaient rarement le stade de l’anecdotique. Pourtant, les adaptations vidéoludiques ont ceci d’intéressant qu’elles apportent avec elles une fan-base conséquente, ainsi qu’un univers et une imagerie prémâchés. Une aubaine pour les studios Hollywoodiens pour lutter contre la mainmise du cinéma mondial par Disney. Et les succès récents des films semi-animés Detective Pikachu et Sonic the Hedgehog ont de quoi conforter les Majors dans leur choix.

Préparez-vous à voir débouler dans les prochains mois les films Resident Evil et Uncharted développés par Sony, une adaptation animée de Mario développée par Illumination Entertainment (Les Minions), ou encore des séries The Last of Us (HBO) et… Resident Evil (Netflix), encore! La réception publique et critique du Mortal Kombat de Simon McQuoid, bien que non décisive pour les productions susmentionnées, sera forcément scrutée par les différents acteurs du cinéma, mais également du jeu vidéo. Ces derniers étant encore frileux à l’idée de livrer leurs bébés à la meute de producteurs qui leurs font des appels de phare de plus en plus insistants.

Il est finalement logique qu’un tel rôle soit dévoué à l’adaptation d’un jeu vidéo qui à l’époque présentait des graphismes numérisés extraits de séquences d’acteurs filmés pour offrir davantage de réalisme et de violence, notamment lors des mises à mort déjà hautement cinématographiques appelées «Fatality». Un choix qui fit scandale et provoqua l’ire des associations des parents de joueurs. Ce fut également le point de départ de la relation tumultueuse entre jeu vidéo et opinion public, dont la dernière déplorable itération fut l’intervention dans les médias de notre chère Brigitte Macron à propos de la nocivité de Fortnite chez les jeunes… M.B.

LAISSER UN COMMENTAIRE

S'il vous plaît entrez votre commentaire!
S'il vous plaît entrez votre nom ici