Le 18 mars 2021, Zack Snyder’s Justice League est sorti sur les plateformes de SVOD (iTunes, Canal VOD, Amazon…). Chef-d’œuvre ou nanar? Morgan, qui s’est dévoué au nom du Chaos, a tranché.

Enfin, elle est arrivée l’arlésienne geek! Après des années de campagne virale sur les réseaux sociaux, le «Snyder Cut» de l’infâme Justice League, sorti en 2017 dans une version tronquée et remodelée par Joss Whedon, a été lâché sur HBO MAX aux Etats-Unis, et sur les différentes plateformes VOD disponibles en France – et en avril sur OCS. Tout ce petit monde va enfin pouvoir reprendre une vie normale et attendre sagement les prochaines sorties du jus (sont déjà annoncés The Flash, The Suicide Squad ou encore Aquaman 2). Mais est-ce que ça valait le coup qu’on nous brise si fort les tympans?

Une petite piqure de rappel s’impose – ne partez pas, il n’est nullement question d’AstraZeneca ici. Après Batman v Superman, Zack Snyder embarque pour ce qui serait son dernier film pour le compte de l’univers étendu DC (le DCEU), lancé quelques années plutôt avec Man Of Steel, l’apothéose Justice League. Malheureusement, alors qu’il avait tourné une bonne partie du film, le cinéaste est frappé par le deuil après le suicide de sa fille Autumn. Il quitte soudainement le navire, et Warner appelle Joss Whedon en renfort, tout juste débarqué de la concurrence (Marvel). Problème, la vision du film de super-héros de Whedon (amusante et colorée) est à l’opposé du style pompier, symbolique et ultra sérieux de Snyder. Après des reshoots et de nombreuses coupes, Justice League sort finalement dans une version de 2h: un désastre industriel. Le film ne ressemble à rien, autant visuellement qu’au niveau du scénario, et se plante au box-office, en terminant sa carrière très loin des objectifs du studio.

Le désir de prolonger l’univers partagé DC va très vite être remis en cause par la Warner qui misera plutôt sur des stand alone, dont les immenses succès publics (Aquaman) ou d’estime (Joker) valideront ce changement de politique artistique. Toutefois, avec le soutien de millions de fans acharnés, Zack Snyder obtient le droit de remonter Justice League comme il le souhaitait, le film passant d’ailleurs par une phase de reshooting et une longue période de post-production. Le Zack Snyder’s Justice League dure donc 4h, et est bien le film de super-héros snyderien ultime, aussi bien dans ses (nombreux) défauts que dans ses (quelques) qualités. Pour répondre à la question posée en préambule de ce texte: oui, ça valait bien le coup qu’on nous brise si fort les tympans. Force est de constater que cette version du Justice League est nettement supérieure à celle de Whedon. De plus, si ce nouveau montage redore le blason du film, il permet également de nuancer les insultes à l’encontre des talents de cinéaste de Joss Whedon. En effet, il faut l’admettre, ce «Snyder Cut» n’aurait jamais pu sortir au cinéma. Beaucoup trop long, rempli de séquences anti-spectaculaires, le film n’a pas la tête d’un blockbuster estival à 300 millions de dollars. En dehors des problèmes de ton, c’est la mission impossible demandée à Joss Whedon, raboter plus de 2h de film, qui se révèlera un échec cuisant.

Amputé des intrigues autour de Flash, Steppenwolf et surtout Cyborg, Justice League perdait une bonne partie des éléments faisant le lien entre la plupart de ses scènes, ainsi que toute valeur émotionnelle. Justice League n’était qu’une vaste kitscherie, sans queue ni tête, dans un style criard encore plus laid que la picturalité dégoulinante et tout en fonds verts de Snyder. L’histoire de Cyborg, personnage orphelin qui fait deux fois face au deuil dans le film, fait d’ailleurs office de ciment. C’est la seule balise émotionnelle et concrète à laquelle on peut s’accrocher pendant ces 4 heures d’images numériques – quand la relation entre Lois et Clark est étonnamment superficielle malgré les reshoots. Elle prend également un sens plus profond et touchant à l’aune du drame vécu par le réalisateur (on rappelle que le «Snyder Cut» est dédié à Autumn Snyder).

Alors, il est bien ce Zack Snyder’s Justice League? Pas vraiment, à moins que vous ne soyez un fan hardcore de Zack Snyder. Le «Snyder Cut» souffre des mêmes maux que Man Of Steel et BvS. S’ils dénotent par rapport aux films du MCU par leur ampleur et par l’attention apportée à la mise en place de leurs enjeux, ils ennuient au bout de la première heure, le cinéaste peinant à raconter une véritable histoire, et accouchent tous à chaque fois d’un final en forme de bouillie visuelle. Ce magnum opus de 4h maximalise ces effets et la fameuse «générosité» de Snyder a plutôt des airs de gavage. Il bourre son spectateur de sous-intrigues inutiles, de «money shot» sur-ralentis, de symbolisme et d’indices à décoder. C’est le film de geek ultime, qui récompense in fine ses fans par une bataille «épique» de près d’une heure dans un décor de ville fantôme.

Des dieux qui s’affrontent loin de toute vie humaine, le réalisateur se renie un peu, là où il avait eu la bonne idée d’inscrire ses deux précédents récits dans le réel. Un changement de paradigme néanmoins logique qui achève la métamorphose du cinéma de Zack Snyder: des corps mythologiques et numériques qui s’affrontent dans des tableaux sur-stylisés, sur-contrastés, sur-picturaux. Les Dieux du Stade 2.0, le cinéma de Zack Snyder toujours plus proche de celui de Leni Riefenstahl. De là à rouvrir le sempiternel débat sur le caractère fasciste des récits de super-héros? Le sujet a déjà été maintes fois abordé et on vous laisse le loisir de vous cultiver à ce propos. De notre côté, on se contentera de dire que le Zack Snyder’s Justice League est à l’image de son auteur: ce n’est certainement pas anodin ni raté, mais c’est aberrant et épuisant.

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