Personne sur cette planète n’aurait un jour fantasmé un polar avec Jean Reno, Gerard Lanvin, un acteur passé chez Chantal Akerman et Philippe Garrel, un autre chez Toledano et Nakache, un rappeur de Sevran, une ex-candidate de Secret Story et la légendaire Claudia Cardinale. Et pourtant, Olivier Marchal, Gaumont et Netflix l’ont fait! Il était évidemment impossible de passer à côté de ce Bronx qui renardait bon le Ricard éventé un après-midi au soleil par temps de canicule: un sommet de mauvais goût.

Dans les quartiers Nord de Marseille, une tuerie orchestrée par le clan Bastiani a lieu. Deux rivaux sont en charge de l’enquête, Vronski (Lannick Gautry), un flic de la brigade antigang et Costa (Moussa Maaskri), un chef de groupe de la BRB aux pratiques douteuses. La situation dégénère lorsqu’un témoin-clé est assassiné durant sa garde à vue. En pleine guerre des gangs, Vronski et ses hommes, pour sauver leur peau, seront obligés de faire des choix lourds de conséquences…

Au crépuscule de cette saleté d’an 2020, on peut dire que cette année aura également été celle d’Olivier Marchal. Alors que se joue l’élection la plus folle de l’histoire des Etats-Unis, le Michael Mann de Gironde sort son sixième long-métrage sur Netflix. Son œuvre la plus sombre, violente, et ambitieuse, condensant son travail d’écriture sur ses séries Flics, Braquo et Section Zero en seulement deux heures de film. Plus tôt dans l’année, l’ex-flic avait également fait parler de lui à travers une tribune prenant la défense des forces de l’ordre en pleine affaire Adama Traoré, et via ses prises de position contre ces «espèces d’acteurs de deuxième zone qui vivent dans des quartiers privilégiés» et qui véhiculent selon lui «un discours de haine», en visant plus particulièrement Camélia Jordana. Olivier Marchal s’est peu à peu installé comme l’un des chefs de file du «on ne peut plus rien dire» et du populisme qui s’oppose aux «petits marquis qui hurlent à la mort du fond de leurs appartements bourgeois». Lui, le réalisateur aux 2 millions d’entrées de 36 quai des Orfèvres, qui a passé son premier confinement confortablement installé dans une belle demeure en bois dans les Landes, louée pour l’occasion, afin d’achever l’écriture du scénario de Bronx.

Bronx, c’est le stade terminal du polar burné et mal rasé d’Olivier Marchal. On connaissait déjà toutes les facettes de son cinéma centré sur des hommes de loi torturés, constamment sur la brèche, où les limites entre le bien et le mal, le légal et l’illégal, paraissent de plus en plus floutées. Ici, il n’y a plus aucune lumière. Le soleil étouffant de Marseille a d’ailleurs été remplacé par une immonde couleur numérique verdâtre, comme si le monde baignait à jamais dans un état de cuite éternelle. Tous les personnages sont pourris, flics ou gangsters. On a tellement de mal à différencier les uns des autres, d’ailleurs tous habillés du même cuir de motard, symbole ultime de virilité pour le réalisateur, qu’on se désintéresse très vite du récit de Bronx. Olivier Marchal nous vomit à la gueule une galerie de personnages dont on abandonne très vite l’envie de déterminer qui d’entre eux sont les Bastiani, les Maranzano, les Nadal, les types de la BRI et de la BRB, les taupes ou les poucaves.

Multipliant les sous-intrigues centrées autour du cul et de la picole – on n’a jamais vu à l’écran autant de gardiens de la paix employer le mot «baise» et parler de leur puissance sexuelle – Bronx est horriblement verbeux. Horrible, car les dialogues sont d’une nullité et d’une vulgarité crasses. Et le film attaque son spectateur d’entrée en associant, dès sa première réplique, «Tolstoï» et «enculé». Pire, Bronx n’offre aucun instant de répit à son spectateur. Les quelques gunfights qui parsèment le récit sont, au choix, soit trop nerveux, soit mal découpés, soit illisibles (cf. l’atroce fusillade en bord de mer tournée en nuit américaine). La palme du mauvais goût allant à l’utilisation outrancière et déplacée d’effets gores, propulsant Bronx dans le territoire nauséeux du film d’action de série Z. Olivier Marchal rêvait de réaliser son Heat, Bronx flirte finalement davantage avec les nanars policiers avec Alain Delon, dans lesquels le réalisateur avait d’ailleurs commencé sa carrière au cinéma, en tant qu’acteur, dans Ne réveillez pas un flic qui dort de José Pinheiro. La boucle est bouclée.

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