A force d’en entendre parler sur les chaines d’infos et les réseaux sociaux, notre courageux Morgan a eu envie de regarder (en intégralité) le «documentaire» Hold Up, d’une durée exorbitante de 2h40, surliké par Sophie Marceau. Voici son verdict.

Malheureusement propulsé évènement audiovisuel (à défaut de cinéma) de la fin de cette drôle d’année 2020, Hold Up n’en finit plus de faire parler de lui depuis sa diffusion sur internet le 11 novembre dernier. Le «documentaire» de Pierre Barnérias, financé grâce à une campagne Ulule qui a atteint 914% de ses objectifs (soit plus de 182 970 euros récoltés, auxquels il faut ajouter 100 000 euros obtenu sur Tipee début novembre), porte sur la crise qui a frappé le monde en 2020 causée par l’épidémie de la COVID-19, et entend apporter un éclairage sur la vérité que les élites tentent de cacher aux braves gens.

Il faut comprendre que Hold Up joue à fond la carte du complotisme, dont il cristallise les différentes théories qui auront émergé pendant toute la période de la crise – aujourd’hui hélas toujours en cours. Sans être aussi fou que son plus illustre prédécesseur, Zeitgeist, sur les attentats du 11 Septembre, Hold Up pourrait toutefois connaître le même funeste destin: l’adhésion d’une partie de son audience. Malgré les différentes démolitions en règle du documentaire perpétuée par les médias (Libération en tête) et les réseaux sociaux, le film a, le 16 novembre, 5 jours à peine après sa diffusion, déjà été vu officiellement par plus de 2,5 millions de personnes. Ceci, alors que Hold Up a été supprimé de Vimeo le 13 novembre, et mis en ligne par le réalisateur et ses producteurs sur l’ambigüe plateforme Odyssée. Sachant que le film est facilement trouvable sur les sites de téléchargement illégal, son nombre total de «spectateurs» est certainement plus élevé.

Hold Up profite du soutien indéfectible des réseaux complotistes et rassuristes, ainsi que de la plupart de ses intervenants, dont Christian Perronne, chef du service des maladies infectieuses de l’Hôpital de Garches. Son best-seller Y a-t-il une erreur qu’ils n’ont pas commise? sorti en juin dernier, est d’ailleurs la principale source d’inspiration du documentaire. Plus surprenant, la publicité en faveur du film opérée sur CNEWS – et qui a vu son logo supprimé de l’affiche du film – ainsi que l’appui de quelques personnalités avec, en tête de file, l’actrice Sophie Marceau.

Hold Up n’a de «documentaire» que la prétention. Bénéficiant d’un budget et d’une longueur – 2h40, bordel! – astronomique, le film ne diffère pourtant pas des habituelles œuvres du genre qui pullulent sur le web, ou rappelle, dans sa forme (multiplication des intervenants, absence de points de vue divergents, sources douteuses, violons sentimentalistes et musique épique), les reportages complotistes sur les extraterrestres ou les francs-maçons que l’on peut trouver en replay sur RMC Découverte. Son réalisateur, Pierre Barnérias, aurait pu très bien être l’auteur d’un de ces reportages. Il s’est en effet illustré ces dernières années comme l’auteur de plusieurs films sur la foi: Thanatos, l’ultime passage, qui recueille des témoignages de «mort imminente», ou encore M et le 3e secret, qui s’intéresse aux prodiges de la Vierge Marie à travers le monde, à notre époque.

Hold Up cache son jeu pendant au moins deux heures, avant de dévoiler enfin sa thèse principale. Le Forum économique mondial Davos, se servirait de la COVID-19, virus manufacturé par l’homme et échappé d’un laboratoire situé à Wuhan, dans le cadre d’un plan global afin de soumettre l’humanité, appelé le «Great Reset». Aux auteurs et intervenants de citer des exemples pourtant largement contredits ces derniers mois (notamment le fait que le virus aurait été breveté en 2003 par l’Institut Pasteur), et de citer et accuser les habituelles têtes de turc: la 5G, la crypto-monnaie, Bill Gates, Rockefeller, l’OMS, etc. Avant ça, il aura fallu survivre à un amoncellement de discours pro-Raoult, anti-masques et anti-confinement, qui, soit se basaient sur des sources discutables, soit en instrumentalisaient d’autres. Hold Up passe pourtant rapidement sur l’un des scandales véridiques de cette crise: le discours du gouvernement qui décrédibilisait l’intérêt des masques en février et mars dernier, pour justifier l’absence dramatique de stocks.

On gardera trois moments complètement fous de cette atroce expérience. En premier lieu, les larmes et les complaintes de Nathalie Deriveaux, sage femme, filmées pendant plusieurs minutes, quasiment en plan séquence, hurlant au génocide devant les propos du polémiste Laurent Alexandre sur les élites datant de 2019, en citant notamment Adolf Hitler. Ensuite, les délires de la sociologue Monique Pinçon-Charlot, qui elle aussi cède au point Godwin, en assimilant la crise de la COVID-19 à la Troisième Guerre mondiale et à l’Holocauste. Enfin, cerise sur le gâteau, on assiste médusé, en parallèle du générique, à une séance de «profilage» de Nadine Touzeau, profileuse condamnée pour escroquerie en 2014. A l’aide de simples photos de Laurent Alexandre et Anthony Fauci – célèbre immunologue qui serait au cœur du «Great Reset» –, elle déclare, sur la base de leurs seuls traits, que le premier est une personne «fausse» et «mesquine», et le second, un «suiveur». Tout le geste monstrueux et douteux de Hold Up est résumé par cette séquence ahurissante.

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