Sorti le 10 février sur Netflix, le passage au cinéma de la web-série En Passant Pécho rencontre déjà un vif succès sur la plateforme de streaming. Notre journaliste Morgan Bizet se devait bien entendu de regarder cette stoner connerie made in France.

Hedi et Cokeman sont les deux pires dealers de Paris. Arnaqueurs à la petite semaine, ils survivent en faisant passer des carambars pour des barrettes de shit. Fatigués de ce train de vie, leur quotidien va considérablement s’éclaircir lors du mariage de Zlatana, la petite sœur d’Hedi, avec un grand baron de la drogue: Arsène Van Gluten. Ce dernier, sous la pression de sa nouvelle femme, leur fournira plusieurs kilos de Mojo Mango, du cannabis de toute première main. Hedi et Cokeman ont enfin l’opportunité d’ouvrir leur propre réseau. Persuadés que cela signifie pour eux la fin de la galère, ils ignorent encore que ce n’est que le début des problèmes…

La stoner comedy n’est pas un genre dans laquelle le cinéma français excelle. On se souvient douloureusement de La Beuze, sorti il y a plus de 20 ans, ou plus récemment du ratage de Xavier Gens, Budapest. Pas de quoi rivaliser avec Hollywood, maître incontesté du genre depuis des décennies: The Big Lebowski, Las Vegas Parano, How High, Eh mec! Elle est où ma caisse?, Délire Express, This Is The End et plus récemment Inherent Vice et The Beach Bum. La sortie sur Netflix de En passant pécho de Julien Royal, adapté de la mini web-série phare des années 2010, ne viendra pas bouleverser l’ordre établi.

Si la web-série avait su cerner les forces du format Youtube, en dynamitant les codes imposés par les Youtubers de l’époque (Norman, Cyprien et consorts), le passage au long-métrage ne se fait pas sans encombre. En effet, En passant pécho restait avant tout une succession de sketches de longue durée (entre 5 et 15 min). Dans le film, l’écriture demeure sensiblement la même, et le résultat final ressemble à une succession interminable de sketches inégaux. D’autant plus qu’avec un budget nettement renfloué, la tentation de produite un film «ambitieux» se traduit à l’écran par un grand n’importe quoi, de rares fois joyeusement chaotique, le plus souvent indigeste et épuisant.

L’ajout de guest stars «prestigieuses», notamment Fred Testot (insupportable en bourgeois hystérique), Julie Ferrier ou Vincent Desagnat (réminiscence peu heureuse de La Beuze), n’apporte aucune plus-value, voire alourdi un menu déjà bien gavant. Le charme artisanal de la web-série est totalement effacé par l’hystérie et le surjeu ambiant. Malgré le recours d’acteur du projet original (dont Hedi Bouchenafa en Hedi et Nassim Lyes en Cokeman), En passant pécho devient très vite une galerie de saynètes monstrueusement gênantes. Le délire ne prend pas, ou trop rarement si on excepte quelques sursauts emmenés par le personnage de Cokeman, aux mimiques et à la bizarrerie détonantes.

En passant pécho est donc, comme on s’y attendait, un film bien débile qui hélas ne fait que très rarement sourire. Les gags tombent trop souvent à côté de la plaque, et la réalisation et le montage, peu inspirés, n’arrangent rien. Difficile de déterminer si c’est la soudaine liberté offerte par Netflix qui a fait tourner la tête à Julien Royal – fils de l’ex-candidate à la présidence, Ségolène, et de l’ex-président de la République, François Hollande – qui signe ici son premier long-métrage. Ou bien au contraire, si le désir de toucher un public plus large et rodé aux comédies françaises a formaté le film et appauvri son écriture comique. On est loin du potentiel film culte ou générationnel… M.B.

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