Y a pas à dire, «L’ozploitation», c’est chaos. Quentin Tarantino adore ce film, nous aussi.

PAR JEREMIE MARCHETTI

Devenu à l’époque synonyme de sensations fortes et d’efficacité, ce qu’on appelait alors la oizploitation avait aussi une qualité primordiale vite éclipsée par le rouleau compresseur Mad Max, figure de proue du mouvement aux yeux du reste du monde. À la façon d’un John Carpenter n’ayant pourtant aucune accointance avec tout ce barda, ces petits films raides comme un coup de trique avaient un sens de l’atmosphère particulièrement aiguisé, loin du «tout dans la gueule» du cinéma d’exploitation américain ou de la moiteur de cloaque de celui du cinéma italien.

Des films comme Snapshot, Harlequin, Patrick, Long week-end ou La dernière vague savaient faire mariner leur spectateur avec un soin tout particulier, soignaient leur cadre, exploitaient au maximum l’espace et disséminaient l’inquiétude comme des graines de chaos. En plein milieu de la vague, et pour ainsi dire au début la fin de l’ozploitation, débarquait un Next of Kin très généreusement accueilli au festival du film fantastique de Paris en 1982 avant de connaître une sortie tardive dans les salles. Ses multiples diffusions sur le câble auront alors ravivé l’existence de ce petit classique, aujourd’hui d’ailleurs visible en HD, et dont la redécouverte ne dément en rien le souvenir qu’il avait laissé : celui d’une dynamite qui vous explosait au ralenti dans les doigts.

Toute la saveur de ce one-shot (son mystérieux réalisateur parti se réfugier dans le documentaire) réside déjà dans sa proposition initiale: transposer le thriller gothique dans le bush australien, idée déjà effleurée dans l’étonnant Soif de Sang qui replaçait le folklore vampirique dans une bulle un poil plus moderne. Dans un petit coin de la campagne australienne où l’orage semble gronder en permanence, une jeune femme y reçoit en héritage de sa défunte mère une pension de personnages âgées, une bicoque aux papiers peints foncés totalement paumée dans l’arrière pays. Tout irait bien si la bâtisse, relativement inquiétante malgré la bonhomie de ses habitants, ne semblait pas hantée. Notre chère héroïne semble constamment observée, aperçoit des ombres aux fenêtres, entend des bruits de pas la nuit, chope des regards en coins. La mort d’un pensionnaire fait surgir d’étranges souvenirs. Ou peut-être est-ce juste un simple cauchemar… Des gens disparaissent, un cadavre, sans doute l’effet de la rigidité cadavérique, ouvre les yeux en plein milieu de la nuit. Jusqu’où cela ira t-il? Quelque chose nous dit bien évidemment que la jeune femme n’a pas hérité que de quelques murs et d’une poignée de vieillards. Mais ça, le spectateur ne le saura qu’à la toute fin, dans une révélation brutale qui filera une belle gifle aux plus patients.

Tout comme chez Pupi Avati, Next of Kin joue la carte de l’horreur à diffusion lente, avec la même parano galopante et les mêmes signes avant-coureur qui font craindre le pire avec trois fois rien. En l’état, Next of Kin fait partie de ces œuvres où moins on en sait, mieux on se porte; ce qui nous oblige à la mettre un peu en veilleuse. Entre oxyde de carbone et chape de plomb, les plages musicales pêchées dans divers album de Klaus Schulze font autant planer qu’elles étouffent, quitte à devenir un personnage à part entière. Mais ce qu’on admire par dessus tout, c’est la maestria de ce «petit» grand film, dopé par une steadicam très intelligemment utilisée dans des morceaux de bravoure qui auraient scié Tarantino himself. On ne dit plus rien: regardez, et tremblez.

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