Une rareté SM disparue de la circulation et un sacré film d’aventure parodique tout en cuir. Double-séance jouissive.

Bien que sortie en vidéo (et plutôt deux fois qu’une), l’adaptation totalement méconnue du Jardin des Supplices de Mirbeau ressemblait presque à une légende urbaine: il faut dire que le livre d’origine, roman décadent et hautement corrosif, y décrivait un catalogue de sévices hallucinants, percutant les ravages de la colonisation tout en caressant la beauté dans l’horreur. Trublion du cinéma français (on lui doit quelques AldoMaccioneries, Le pion ou l’improbable J’ai rencontré le père Noël), Christian Gion s’était attelé à la tâche en 1976 sans trop se gratter la tête, puisque le bidule fut produit dans l’idée de capitaliser sur le succès des galipettes exotiques d’Emmanuelle.

Loin de se vautrer dans la carte postale naïve, le film surprend par sa cruauté bien dosée (on est clairement pas chez Ilsa, mais on est pas non plus chez Jacques Doillon!), son romantisme noir et son casting impeccable, d’un Roger Van Hool moustachu dépassé par les événements à un impeccable Tony Taffin. Jacqueline Kerry, en bourgeoise nécrophile s’imaginant les pires horreurs pour grimper au rideau, et Ysabelle Lacamp, écrivaine touche à tout à la beauté troublante, s’improvisent reines noires d’un étrange palais où les corps suppliciés poussent comme des fleurs. Si visuellement, la rétine est assez peu titillée (ah ses images vaselinées so 70’s), le film restitue tout de même avec succés le velours scabreux du roman. Du haut de son unique Blu-Ray, Le jardin des supplices permet d’être découvert comme jamais auparavant, même si l’éditeur n’est pas allé jusqu’à un nouveau master 4k: en guise de bonus, Christian Gion revient sur le film et sa carrière le temps d’une demi-heure bien fournie. Petite édition, mais belle découverte chaos.

On ne vous étalera pas de nouveau tout notre amour déglingo pour Gwendoline, un Indiana Jones gaulois qui aurait fumé la même substance ayant servi à fignoler Barbarella et Flash Gordon. Même démesure, même confusion entre second degré et bêtise générale, même plastique ambitieuse, même approche olé-olé: de la bd pour adultes au serial bon enfant, Just Jaeckin y signe son meilleur film après plusieurs hits qui ont laissé autant d’argent que de regrets sur son sillage. Sorti en dvd il y a une quinzaine d’années en coffret avec Tendres Cousines (tu parles d’un cadeau!), Gwendoline avait eu l’année dernière les honneurs d’une sortie HD aux States chez Severin, grillant sans complexe la priorité au félin. Différence de taille: l’éditeur français a traité avec Gaumont (qui devait sans doute rechigner à sortir le film eux-mêmes vu leur catalogue «respectable»), en tirant une copie 4K certes aussi belle que celle de son prédécesseur, mais surtout nettoyée (ce qui n’était pas le cas de l’autre côté de l’atlantique). Un disque Blu-Ray et un UHD (une exclu là aussi) à la fête donc, avec une partie des bonus de l’édition Severin repris pour l’occasion: une interview avec Just Jaeckin, un entretien croisé avec François Schuiten et Claude Renard (qui ont su amener la touche très Métal Hurlant dans le design du film), une rencontre avec la chef décoratrice François Deleu puis avec le producteur Jean-Claude Fleury. Nouvel ajout exclusif: une interview plus longue et plus posée de Jaeckin, qui revient sans langue de bois sur sa filmographie. Of course, on regrette un peu l’absence de Zabou, mais qui aurait pu croire un jour qu’une production aussi improbable et jouissive soit si bien servie dans notre pays?

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