[MONDO CANDIDO] Gualtiero Jacopetti & Franco Prosperi, 1975

Papes du Mondo, ces documentaires sensationnalistes d’un goût évidemment douteux, Gualtiero Jacopetti et Franco Prosperi ont souvent été copiés, égalés, voire même dépassés dans l’ignominie durant trois bonnes décennies. Dès les premiers signes d’essoufflement (les très moyens Mondo Cane 2 et La femme à travers le monde), ils sont pourtant montés au créneau de la manière la plus brutale possible: en réalisant d’abord Africa Addio (1966), soit le mondo le plus radical, le plus tristement cinématographique (tout est shooté comme un film mais pas grand-chose n’est faux) et le plus accablant du genre, puis en tournant Les négriers (1971), faux mondo et brûlot anti-racisme aussi hallucinant que complaisant (hey, what did you expect?). Emmerdeurs publics dont le ton prêchi-prêcha énerve autant qu’il amuse, les deux cinéastes en viennent enfin à un long-métrage sans rapport direct avec l’actualité de l’époque. Tant qu’à être détaché du réel, autant y aller à fond: Mondo Candido, qui n’a de mondo que le titre, absorbe comme une éponge toute la folie de son époque, fait le ménage avec et en fout partout. Mais alors vraiment partout.

On savait les deux compères peu copainscopains avec la finesse, on ose s’étonner quand même face au résultat: leur adaptation de Candide ressemble à une version raturée au feutre du classique de Voltaire, pourtant déjà bien gratiné. Dans une marmite sortie pour l’occasion, on fait bouillir Fellini, Jodorowsky et la comédie grasse à l’italienne, avec un zeste de Monty Python. Même le plus dodu des fast-food ne peut rien face à ce résultat huileux et décadent, qu’on essaye tout de même de grignoter tant bien que mal du bout des doigts. Une sorte de Macron bouclé (notre fameux Candide), passant son temps à sautiller dans le jardin royal, est foutu à la porte du château comme le veut l’histoire originelle: en place du baiser interdit à demoiselle Cunégonde (alors filmée inlassablement sur sa balançoire), le cuni interdit (histoire de vous situer l’esprit général). Pangloss, trop occupé à trousser les servantes, le rejoint bientôt, à moitié décomposé par la vérole. La torture, la guerre, les viols, l’esclavagisme… Candide verra tout, et nous avec, convié dans une fête impossible où il n’est pas conseillé de cligner de l’oeil tant le film abonde en détails farfelus et trashouilles.

Le passé de globe-trotter à sensation des deux marlous leur est bénéfique, tant la direction artistique et le choix de certains décors, de la France à la Turquie, impressionnent par leur démesure totale (merci le Scope aussi). Sans frein à main, Mondo Candido dévale la pente de l’excès et parsème sa farce gourmande d’anachronismes éléphantesques, en particulier dans une seconde partie où Candide, de passage à New-York avec Christophe Colomb, part dans une Irlande sous le feu terroriste avant de voir une armée de donzelles dégommées au ralenti dans un champ de coquelicots. Évidemment que c’est n’importe quoi, évidemment qu’on en rit, qu’on en redemande, et puis qu’on en a marre. Tout est surchargé, surligné, déglingué. Une anomalie filmique comme on en voit plus.

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