Monamour confirme ce que l’on sait depuis très longtemps. A savoir que Tinto Brass a toujours filmé le sexe de manière ébahie et drôle, comme un puceau qui ignore encore tout de la chose. Du désir qui bouge de partout.

PAR PAIMON FOX

Chez Tinto Brass, toutes les héroïnes possèdent le corps de la volupté et le regard de la mélancolie. Monamour se révèle sur le papelard bien moins ambitieux que Salon Kitty ou La clef, ses deux chefs-d’œuvre, où usuellement une toile de fond rigide se cogne à une libération sexuelle secrète. Sur ce coup, l’indigence du scénario (prétexte totalement bidon pour filmer de jolies femmes faire de jolies choses) prête à sourire et n’agresse jamais, pourvu qu’on ait l’ivresse. Peu étonnant toutefois que l’on retrouve une nouvelle fois l’élément inhérent à ses fictions: l’utilisation du miroir comme stimulus charnel. C’est à travers ce miroir que la détestation de soi, l’auto-érotisme et la découverte de son corps peuvent s’exprimer chez Brass. Il permet aux personnages de décupler des émotions indicibles que ses héroïnes découvrent seules ou accompagnées. Bref, si Brass continue à faire du cinéma aujourd’hui (Monamour date de 2005), c’est juste pour rendre le monde meilleur, savourer un bon érotisme à l’ancienne et tordre le cou à l’absence d’amour qui engourdit le cœur. Morale: baiser fait du bien.

Pour rentrer dans les détails, Monamour propose un nouveau portrait de femme insatisfaite. Celui de Marta, mal mariée à un petit éditeur Milanais qui privilégie sa carrière au détriment de l’harmonie sexuelle de son couple. Un peu lassée (et ça peut se comprendre), elle va s’amuser avec un jeune photographe français qu’elle a rencontré sous la fresque de Giulio Romano (celui représentant le pénis de Jupiter en érection). A partir de là, plus rien ne sera pas comme avant: Marta va découvrir les joies du sexe comme elle ne les a jamais connues. De nouvelles positions, de nouveaux plaisirs, de nouveaux jeux érotiques. Énième remake de La clef, extrêmement classique dans son contenu mais jamais ennuyeux dans son déroulement, ce dernier long métrage n’atteint évidemment pas le niveau d’un Paprika mais se reluque sans déplaisir. Précisément parce qu’il contient tout ce que l’on est susceptible d’attendre de la part de Tim Brass, du triolisme détourné (revu dans Fallo!) à l’importance de la photographie comme symbole érotique (équivalent de la sex-tape).

Ce qui fait plaisir, c’est que le septuagénaire ne loupe pas une bonne occasion de magnifier le cul des femmes. En particulier, celui de Anna Jimskaya, seulement 26 ans et déjà beaucoup d’expérience. Cette blonde originaire d’Uzbekistan a commencé comme artiste gymnaste avant de se consacrer au cinéma de l’art et du cochon. Elle constitue l’attrait principal de cette nouvelle comédie polissonne où les dialogues atteignent parfois des sommets de mauvais goût («Encore aujourd’hui, je me souviens encore de l’effet que ce doigt maladroit m’avait fait »; «Dans les fesses, ça ne compte pas vraiment »; «Donne moi ta banane pour abreuver mon abricot »; «J’aime me sentir comme la pire des salopes»). Ce serait oublier que le bon goût est l’ennemi de la créativité. A une heure où la pornographie n’a plus aucune âme, l’érotisme décomplexé de tonton Tinto (importance de la montée du désir, exhibitionnisme/voyeurisme, mises en abyme et préliminaires) fait carrément du bien aux yeux.

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