Durant une promenade en forêt, un homme se fait mordre par une femme à l’article de la mort. Son corps et son esprit vont subir une lente décomposition détaillée dans un journal intime. Une merveille de film de zombie, à la fois dérangeante et élégiaque.

Moi, Zombie : chronique de la douleur, d’Andrew Parkinson, se présente partout comme tellement fauché qu’on serait au prime abord tenté de le réduire dès les premières images à de l’amateurisme. A une vidéo sortie de nulle part, d’une bande de fans goreux souhaitant filmer des zombies dans un forêt le week-end. Bref, un programme aussi excitant que de regarder des fans de David Lynch faire des trips Lynchiens dans la forêt à deux heures du matin. Or ici, bonne nouvelle, ce que l’on préférera qualifier d’économie de moyens recèle une infinie poésie et une incroyable proximité: il s’agit bel et bien de la plus déroutante, de la dérangeante, de la plus émouvante variation des films de zombie. Un film qui ne ressemble à aucun autre et qui, sous couvert d’effroi, préfère nous émouvoir, appliquant cette règle selon laquelle sous chaque grand film fantastique se cache un drame humain poignant.

C’est peu dire que l’on s’attache à cet étudiant en biologie a priori accordé avec l’existence, tout ce qu’il y a de plus normal, qui tombe un jour de malchance dans un squat où errent deux zombies en état de décomposition et se fait mordre. C’est la fin de son monde, le début de la fin: contaminé, il prend une piaule à l’autre bout de la ville, ne donne plus de nouvelles à sa copine et, au fil de sa zombification, enregistre ses métamorphoses sur un dictaphone. Histoire de laisser une trace pour les autres. Le film ne va raconter que ce lent délitement et c’est beau. Simplement beau. Par le simple regard de Andrew Parkinson qui regarde dans le blanc des yeux tristes son héros zombie, aussi banal que vous et moi, et laisse libre cours à tous les états d’âme.

Ne cherchez pas le spectaculaire, c’est pas l’objectif de la maison. Certes, il y a bien des scènes d’attaque zombiesque mais elles se comptent sur les doigts d’une main et, parce qu’elles sont rares justement, redoublent d’efficacité horrifique, à l’instar de cette séquence onirique où le héros, paumé dans les dédales d’un rêve glauque, se voit assailli par des morts-vivants aussi inquiétants que furibards. Le reste tient presque du documentaire avec même des questions existentielles du genre ça fait de voir son corps se métamorphoser? Et comptez bien sur Andrew Parkinson pour vous répondre. Autre qualité de taille: la mélancolie qui parcourt le récit, accentuée par la qualité du jeu des acteurs et surtout une musique d’une tristesse inconsolable. Au final, ce que l’on ressent ici, c’est comme dans les meilleurs films sur la monstruosité: de l’empathie! De la compassion! Et un vrai regard sur ceux qui vivent en marge comme cette scène aussi brève qu’intense où une prostituée donne un peu de réconfort au protagoniste en faisant fi de sa monstruosité naissante. Consciente des étranges marques sur les joues, elle répond au besoin le plus vital du jeune homme: le contact humain. Parallèlement à ce délabrement, Andrew Parkinson montre la détresse de la petite amie qui tente comme elle peut de combler une absence qui lui ronge l’âme. Inquiétée par la disparition de son mec, elle se noie dans un océan de culpabilité. Qu’a-t-elle donc fait? Rien, et il n’est rien de pire que de ne pas comprendre ce qui a pu se passer.

Moi, Zombie… est comme son (beau) titre l’indique la chronique d’une douleur. Douleur de perdre le goût à la vie (le protagoniste ne sort plus sauf pour se nourrir et tuer mais il est encore capable de parler avec les autres bien que la relation soit fatalement éphémère – cf. la scène avec l’autostoppeur, épurée, sans fioritures). Douleur de ne plus pouvoir être un homme (la perte de son sexe lors d’une ultime masturbation constitue l’une des scènes les plus pathétiques du film). Dans un entrelacs de flash-back (qui rêve quoi? qui est qui? où se situe le passé, le présent?), Parkinson joue sur les fluctuations permanentes entre un corps mort et un esprit vivant. Toute l’incarnation d’une douloureuse lutte entre le physique (le corps qui se délite) et la métaphysique (les souvenirs qui tentent de combler les manques d’un présent insoutenable). Bref, avec ses soliloques mornes, ses longues scènes de spasmes convulsifs et de transes de douleur atroce, le film peut légitimement déconcerter et il a bien sûr déconcerté ceux qui font rimer film de zombie avec action sanguinolente. Les autres en revanche, et nous en faisons partie, seront ultra-sensibles à la brutale et douce beauté de l’ensemble.

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