Disponible depuis le 16 août sur Netflix, la saison 2 de Mindhunter, la série produite par David Fincher, co-réalisée avec Andrew Dominik et Carl Franklin, continue son autopsie des pires meurtriers des années 1970. Tout ce que vous lirez de laudatif à son sujet est vrai. Voyez-la. Absolument.

PAR MORGAN BIZET

L’annonce récente de l’annulation de l’extraordinaire The OA a été comme un coup de massue pour les abonnés Netflix adorateurs de séries ambitieuses, à l’empreinte artistique singulière. Quelles séries porteraient le flambeau abandonné par feu l’œuvre de Brit Marling et Zal Batmanglij? Certainement pas Stranger Things, dont la décevante saison 3 a évincé tout le charme originel, et encore moins La Casa Del Papel et son écriture sérielle pachydermique rappelant les mauvaises heures de Prison Break.

Timidement intercalée entre les sorties des nouvelles saisons de ces blockbusters made in Netflix – en attendant la saison 3 de 13 Reasons Why Mindhunter, série de Joe Penhall, produite et réalisée en partie par David Fincher, a enfin daigné montrer sa deuxième saison, près de deux ans après la première. Voir le réalisateur de Se7en et Zodiac attaché à un tel projet n’a rien de surprenant. Rappelons que la série s’inspire des écrits de John Douglas, qui a théorisé et popularisé au sein du FBI les techniques des profilers à partir de la fin des années 1970. Ses techniques, controversées et révolutionnaires se sont installées progressivement et dans la douleur au sein de l’entité grâce aux actions de la BSU, l’unité des sciences du comportement dont Douglas faisait partie.

La première saison décrivait justement les premières heures de la BSU, par l’intermédiaire d’un trio de personnages fascinants: le jeune et effronté Holden Ford, inspiré directement par John Douglas, le sage et pragmatique Bill Tench, et l’universitaire et méthodologiste Wendy Carr. Le concept de la série se déployait alors devant nos yeux. Pour parvenir à théoriser et peaufiner une méthode d’action, les protagonistes devaient procéder à des entretiens enregistrés en prison de meurtriers à la psychologie complexe. La série se découpait dès lors en de nombreuses scènes d’entretiens parfaitement construites. En parallèle, les membres de la BSU assistaient souterrainement les polices locales sur des affaires similaires.

La deuxième saison ne change pas, dans un premier temps, de procédé. Elle l’affine et offre quelques moments d’anthologie, notamment les rencontres avec Charles Manson et David «Son of Sam» Berkowitz, particulièrement attendues. On retrouve également, un court instant, Ed Kemper, avec qui la correspondance s’étalait sur toute la première saison et tissait une intimité morbide entre Holden Ford et «l’Ogre de Santa Cruz» au phrasé calme et distingué.

Toutefois, la structure de la deuxième saison se fragmente peu à peu, s’obscurcit, isole et sépare les personnages entre eux. Le tueur «BTK», pour «Bind, Torture and Kill» («Ligoter, Torturer et Tuer»), continue à apparaître en filigrane, comme une quatrième voie narrative, et on suppose qu’il sera au cœur d’une hypothétique saison 3. Holden Ford, victime de crises de panique, se montre moins sûr de lui, en proie aux doutes, comme ridiculisé. Bill Tench tire son épingle de jeu (impressionnant Holt McCallany) et apparaît davantage que ses collègues. Le focus sur son personnage est l’occasion d’une plongée dans la noirceur. En effet, sa parfaite famille se retrouve égratignée puis dévastée par un évènement tragique et sordide. Brian, le fils adoptif, participe au meurtre involontaire d’un bébé, et montre des signes psychologiques alarmants. On regrettera davantage le traitement de Wendy Carr, seul point perfectible de cette deuxième saison, réduite à une amourette sans lendemain.

Au fur et à mesure des épisodes, les entretiens avec les meurtriers s’évanouissent pour laisser place à l’affaire des infanticides d’Atlanta. La grisaille glaciale des premiers épisodes se mue alors en une sorte de sépia poisseuse. Ford et Tench sont envoyés officiellement par leur nouveau supérieur, Ted Gunn, particulièrement intéressé par leurs méthodes avant-gardistes, assister la police locale afin de résoudre la disparition et le meurtre de près d’une trentaine d’enfants et adolescents afro-américains. La série explore alors une fascinante intrigue raciale et politique, venant s’imbriquer aisément à son exploration du mal.

Néanmoins, le moment le plus marquant de cette saison 2 intervient dès l’épisode 2, réalisé par David Fincher – qui sera ensuite remplacé par Andrew Dominik, puis Carl Franklin. Il s’agit d’une séquence d’entretien avec une victime de BTK, dans l’enceinte étriquée d’une voiture, elle-même étouffée dans l’espace bétonné et désolé d’un parking. Le découpage ne laisse jamais entrevoir le visage meurtri de la victime. Tout au long des 10 minutes de cette séquence, l’horreur restée hors champ monte, engloutit l’espace et asphyxie Bill et le spectateur.

Toute l’idée de la série est cristallisée dans cette scène magistrale. Effectivement, Mindhunter ne regarde jamais l’horreur dans les yeux, elle reste hors champ et se construit dans l’imaginaire du spectateur. En ce sens, elle est la suite logique de Zodiac, qui constituait déjà une sorte d’antithèse de Se7en. Fincher y perfectionne sa mise en scène minimaliste et vénéneuse. On a peut-être trouvé – tardivement – le meilleur thriller de la décennie.

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