On n’a pas fini d’épuiser les beautés et les mystères de Midsommar de Ari Aster. La director’s cut plus longue d’une vingtaine de minutes sera visible dans le DVD/Blu-Ray disponible le 2 décembre prochain (soit le lendemain de notre annonce de la Palme du Chaos!)

Gavé jusqu’à l’os de visions miraculeuses et psyché, s’étirant parfois dans la plus diabolique des torpeurs, nous cuisant de bonheur sous un soleil de minuit, l’immense Midsommar de Ari Aster semblait nous avoir livré tous ses secrets du haut de ses 2h30. WRONG! Au fil des interviews, Ari Aster révèle vite avoir dû réduire son film et qu’une potentielle version plus longue était à l’oeuvre. Rappelons que pour Hérédité, le montage total faisait une heure de plus que les 2h10 de la version que l’on connaît, Aster n’ayant gardé que quelques scènes coupées – pas vraiment folles soyons francs – pour la sortie vidéo. Une chose est sûre, on ne verra manifestement pas ces quelques miettes perdues en route.

Pour Midsommar, l’annonce du director’s cut ne se fait pas attendre: ce montage est d’abord projeté aux États-Unis, puis annoncé sous réserve pour la sortie bluray, l’exclusivité Apple TV étant souvent évoquée. On susurre aussi que certaines coupes auraient permis au film de ne pas se manger l’impitoyable NC-17… alors que la version salles tient déjà son quota de gros plans gores et de nudité frontale. Bref, il fallait vérifier ça, et à n’importe quel prix. Résultat, Metropolitan déboule la marchandise pour le mois de décembre avec un disque où se tient la version salles et un autre la fameuse version director’s cut, plus longue d’une vingtaine de minutes (2H30 versus 2h50 en gros). Il va d’ores et déjà devoir calmer les plus grandes ardeurs: non, nous n’en saurons pas plus sur le sort de cet idiot de Mark, du couple Simon/Connie ou de l’énigmatique Ruben. Dans les grandes lignes, rien ne bouge, et du côté de la soi-disant censure, quelques plans du rite sexuel se sont bien perdus en cours de route mais à vrai dire on se demande pourquoi…

Outre un voyage en voiture rallongé et une scène de repas de bienvenue un poil plus conséquente, le gros bonus de ce director’s cut reste une longue scène nocturne (peut-être la seule d’ailleurs). Après l’épisode traumatisant de la falaise qui a mis les nerfs des touristes à rude épreuve, une autre cérémonie est organisée près d’un étang. Les villageois mettent en scène une sorte de pièce où un garçonnet, couvert de bibelots métalliques, se porte volontaire pour se sacrifier aux divinités en se noyant. Outre Dani, deux autres villageoises empêchent le drame de se dérouler. Mise en scène ou pas, le doute est permis: la scène permet alors de soulever le mystère autour de ce long plan (étonnement conservé dans la version salles) durant la préparation des corps dans le temple, où l’on voyait le cadavre humide d’un très jeune garçon poussé dans une brouette. Cet apport terrifiant suffit à rendre le fonctionnement interne de la communauté beaucoup plus ambigu qu’on ne l’imagine, renforçant l’idée d’une amabilité de façade et de sacrifices non désirés.

Peu après cette scène de rituel, une dispute entre Dani et Christian éclate: la scène pourra paraître anodine mais souligne bien le fait que la jeune femme n’est pas vraiment dupe du malaise ambiant ou de sa situation de couple. Quelques micro-scènes liées à cette dispute, ainsi que quelques lignes de dialogues entre Christian et d’autres personnages (Dani, Josh ou la prêtresse) appuient davantage la toxicité évidente du personnage, qui derrière ces airs de nounours (n’est ce pas?) lâche, n’hésite pas à faire preuve de sournoiserie pour faire culpabiliser aussi bien sa petite amie que son collègue. En somme, des confirmations plus que des révélations.

Cependant, sur les 20 minutes ajoutées, quid du reste? On ne saura probablement jamais, de même que ce plan de lévitation qu’on pouvait voir dans le premier trailer américain. Le bluray s’achève sur deux bonus très figuratifs: une featurette promo hélas bien générique (exit les concept arts ou les effets spéciaux, comme ceux de la falaise ou la végétation «vivante») et la construction en time-lapse du village. On peut se rassurer comme on peut: on a au moins le director’s cut du meilleur film de l’année entre les mains.

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