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🌺PAR🌸THOMAS BAUREZ🌸🌺QUENTIN GROSSET🌺🌼JEREMIE MARCHETTI🌼🌺ROMAIN COLE🌺

🌸T🌸H🌸O🌸M🌸A🌸S🌸 🌸B🌸A🌸U🌸R🌸E🌸Z🌸: «Midsommar est un film mental avec des signes partout. Un de plus? Non. Ici le mental est total. C’est fou, délirant, vertigineux…»
«Le cinéma, qui plus est celui que l’on nomme «de genre», n’est qu’une affaire de territoire. Chez Ari Aster, ce territoire est avant tout domestique, fracassé par une infernale mise en abîme. Dans Hérédité, des cabanes et des maisons miniatures en guise de poupées russes, devenaient ainsi des sanctuaires pour une famille brisée de l’intérieur. Des rites païens venaient in fine sceller le sort d’une humanité fragile parce que blessée. Midsommar commence par un voyage où d’étape en étape, les héros – jeunes américains en goguette en Suède – vont se retrouver au centre d’une étendue de verts pâturages, un Eden à souiller (promesse du film d’horreur qui vient!). D’un territoire, l’autre. Sombre et nocturne jadis (Hérédité), diurne et d’une blancheur laiteuse aujourd’hui. Des habitations à géométrie variable disposées ici et là – temples construits par les adeptes d’une secte séculaire – suggèrent d’emblée une inévitable claustration. La caméra d’Aster se promène, appréhende ce territoire inconnu, laisse deviner peu à peu le champ des possibles à la façon d’un jeu vidéo où le héros sait qu’il devra éprouver tous les recoins d’un seul et même espace, fouiner un peu partout, avant de pouvoir aller ailleurs. Dans Midsommar, cet ailleurs n’existe pourtant déjà plus. Toutes les frontières ont été franchies et le voyage s’arrêtera forcément là (promesse du chaos qui vient!). L’enfer a ici le visage souriant d’une jeune rousse en toge avec une couronne de fleurs sur la tête, les traits écolos du Festival We Love Green juste avant que la foule boboïde n’investisse les lieux et les couleurs merveilleuses d’une pub Milka. Il n’y a que le spectateur pour trouver ce trop joli tableau inquiétant. Les jeunes américains veulent bien croire les promesses d’une flopée de druides vantant un séjour dépaysant où l’amour, la communion et la paix rafraîchiront les âmes. Les premiers sacrifices inquiéteront peut-être, mais nos touristes dans un élan aussi affectif que scientifique resteront sur place. Où va Ari Aster? Que nous raconte-t-il? Après le drame familial de Hérédité, voici le récit d’une lente séparation amoureuse entre Dani, tout juste ébranlée par une tragédie familiale, et le benêt Christian, incapable de la larguer proprement. La haine qu’engendre les petites bassesses, est prête à s’exacerber (promesse du drame bergmanien qui vient!). Tout ce qui entoure les héros n’est plus qu’un vaste décorum effrayant censé abriter une folie intérieure. Midsommar est un film mental avec des signes partout. Un de plus? Non. Ici le mental est total. C’est fou, délirant, vertigineux…» T.B.

🌺Q🌺U🌺E🌺N🌺T🌺I🌺N🌺 🌺G🌺R🌺O🌺S🌺S🌺E🌺T🌺: «Au-delà de sa beauté psyché, Midsommar évoque ces films qui s’avancent comme des incantations». Dans sa manière de filmer les danses collectives des Harga par exemple: il y a quelque chose d’un peu magique et halluciné dans cette perte de repères, dans cette extase autant que dans cet épuisement. Par rapport à cette mise en scène très chorégraphiée qui nous amène vers un ailleurs sombre, Ari Aster a cité quelques références: Les Chaussons rouges de Michael Powell et Emeric Pressburger ou plus récemment Climax de Gaspar Noé. Mais on pense pas mal aussi aux Maîtres fous de Jean Rouch, documentaire de 1955 qui filmait une tribu nigérienne s’adonnant à un rituel de transe impressionnant, dont on ne savait jamais si c’était de la vraie sorcellerie ou bien une performance en forme de miroir parodique tendu aux colonisateurs britanniques. De la même manière, dans Midsommar, la violence ne vient pas que des Harga: les universitaires américains qui prétendent venir étudier leur culture en pissant sur les troncs d’arbres sacrés paraissent aussi féroces.» Q.G.

🌼J🌼E🌼R🌼E🌼M🌼I🌼E🌼 🌼M🌼A🌼R🌼C🌼H🌼E🌼T🌼T🌼I🌼: «Hérédité nous étouffait et se dirigeait vers une terreur abyssale dont on ne revenait pas; Midsommar, à l’inverse, marche vers une lumière aveuglante, une forme d’apaisement par l’apocalypse, qui cherche à tout dévaster par le sublime. On en sort brisé, les yeux en flammes.»
«En un film, un seul, Ari Aster renvoyait l’école Blumhouse retourner jouer à ses bacs à sables: comme si d’un seul coup, quelqu’un avait enfin compris que la peur la vraie, n’était plus un jumpscare Otron, mais découlait méticuleusement du choix pointilleux des décors et des visages, de l’emprise insidieuse du son, de la science de la montage…en bref, l’horreur enfin érigée en objet de cinéma absolu. Malgré la promo tout de même envahissante, malgré le spectre wickermanesque, malgré la peur de la suite spirituelle ou du remake fantôme, et surtout l’angoisse du deuxième film, du try again fatal, symbolique, qui confirme et déjoue les attentes, Midsommar comble toutes les promesses. Sur le papier, on pense à cette tendance du cinéma d’horreur de la fin des 2000’s où l’horreur touristique invitait toujours à voir le mal ailleurs dans un geste bel et bien xenophobe : dans la campagne profonde, dans les pays de l’est, sur les îles…. Ici, les rites suédois, bien que détournés, sont filmés avec une force d’évocation et un respect troublant, et les silhouettes les plus néfastes ne sont pas celles que l’on croit. Plus que le classique de Robin Hardy, finalement bien loin, ce sont les névroses et les étrangetés Bergmaniennes qui s’accouplent avec l’esthétique flamboyante d’un Serguei Paradjanov. Sur ses bases, Aster fignole une horreur merveilleuse, guère avare en atrocité, où tout vit et palpite. Du long de ses 2h20, opaques et impitoyables comme celles de Heredité, on a autant l’impression d’entamer un formidable voyage que d’assister à une gigantesque hallucination collective. Et il est très beau de voir à quel point Midsommar fonctionne en miroir de son prédécesseur : alors que le deuil déclencheur était éludé dans Hérédité, il est ici l’objet d’une mise en place écrasante, qui semble ralentir l’ouverture des hostilités alors qu’elle nous prépare au pire. Hérédité nous étouffait et se dirigeait vers une terreur abyssale dont on ne revenait pas; Midsommar, à l’inverse, marche vers une lumière aveuglante, une forme d’apaisement par l’apocalypse, qui cherche à tout dévaster par le sublime. On en sort brisé, les yeux en flammes.» J.M.

🌸R🌸O🌸M🌸A🌸I🌸N🌸 🌸C🌸O🌸L🌸E🌸: «Vous croyez avoir vu un film, en fait vous avez revécu la fin de votre grand amour.»
«Arriver à saisir le délitement inexorable d’un couple qui ne s’entend plus, c’était l’apanage du cinéma de Bergman, où des bourgeois installés se laminaient la gueule en huis-clos à coups de grandes accusations tonitruantes. Depuis, l’exercice est resté un peu en friche, la plupart des tentatives ultérieures au maître du genre tombant lourdement dans les écueils de la performance d’acteur excessive et du dialogue psychologisant. Et soudain, un jour de canicule, Midsommar. Un «break-up movie» qui s’habille de soleil, se pare de fleurs, et s’entoure de suédois affables et blonds pour mieux vous raconter l’insondable douleur de la solitude à l’intérieur du couple. Le film se vit comme un feel-good en putréfaction. A l’inverse du cinéma de Bergman, ici tout est non-dit, métaphorique, insaisissable. On ne comprend pas très bien ce qu’on est en train de vivre, les repères sont fuyants, les arbres ondulent. Midsommar devient une sensation, un climat qui vous habite plusieurs jours après l’avoir vu. Vous croyez avoir vu un film, en fait vous avez revécu la fin de votre grand amour.» R.C.

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