“Métamorphoses” de Christophe Honoré, confirme la singularité de sa vision de cinéaste avec cette fable inspirée de l’oeuvre du poète romain Ovide et distribue les cartes du vice et de la vertu avec un élan où passe le souffle du sacré. Tentez l’expérience, à vos risques et périls.

Devant son lycée, une fille se fait aborder par un garçon très beau mais étrange. Elle se laisse séduire par ses histoires, sensuelles et merveilleuses, où les dieux tombent amoureux de jeunes mortelles. Le garçon propose à la fille de le suivre. Il s’appelle Jupiter, elle s’appelle Europe…

Métamorphoses augure d’une proposition très excitante avec, dans les séquences liminaires, le surgissement extraordinaire de ce poids-lourd façon Duel de Spielberg et A ma soeur ! de Breillat dans un écrin ordinaire de banlieue, faisant naître une menace sourde et au fond indicible. La menace, c’est un jeune homme qui, le temps d’une rêverie, raconte aux belles endormies des contes immoraux.

Christophe Honoré est un cinéaste inégal mais attachant dans le contexte franco-français. Il a au moins le mérite de se mettre en danger. Parfois, certes, il vaut mieux ne pas mais dans son cas, c’est souvent payant d’alterner des films “ouverts”, plus “mainstream” (Non, ma fille, tu n’iras pas danser) et des expérimentations aventureuses (Ma mère).

Métamorphoses appartient à la seconde catégorie, plus sale, plus théorique, plus mal aimable. Mû par l’énergie, le cinéaste avait manifestement envie de parler de jeunesse en France, d’un décor sans ligne de fuite, de spleen, de miracles et de mirages qui sauvent. Il a transposé les récits mythologiques d’Ovide à notre époque, un peu à la manière uchronique de Luis Buñuel avec La Voie Lactée (1969), odyssée picaresque et cosmique où six dogmes du catholicisme étaient illustrés à travers deux vagabonds qui pour se faire un peu d’argent se rendaient à Saint-Jacques-de-Compostelle.

Créatures célestes

Ici, Jupiter, Bacchus, Orphée, Narcisse sont tous des jeunes gens d’aujourd’hui, qui hantent les banlieues, apportent de la magie au décor gris et urbain et possèdent les pouvoirs de métamorphose des dieux de l’antiquité: ils se changent en cerf, en lion ou en arbre.

“Mon pari consistait à dire, et à montrer, que ces mythes sont des soubassements, même parfois inconscients, de la société actuelle, une sorte de palimpseste, de sous-texte d’aujourd’hui, que les gens, s’ils grattent un peu, peuvent retrouver facilement“, explique Honoré qui a “métamorphosé” l’immense poème d’Ovide (près de 12.000 vers) en un seul récit de moins de deux heures.

Son adaptation du texte d’Ovide ressemble à une variation quasi-Pasolinienne des Mille et Une Nuits jouant sur l’imagination, la mythologie, le pouvoir des images et des mots, les mondes parallèles où le narrateur démiurge, opaque, est une sorte de double masculin de Shéhérazade ayant le pouvoir d’envoûtement par la parole.

Programme charmant

On aime plutôt l’idée que le réalisateur des Bien-aimés ait fait quelque chose d’ado et de romantique consistant à remettre en cause son statut de cinéaste et à adapter quelque chose de grand et de monstrueux.

Ça passe ou ça casse, et ce dès les premières images. Tout dépend de votre inclination, de votre humeur, de votre temps. Mais sachez quand même que le film, dans ses meilleurs moments, génère une vraie poésie accidentelle, un réalisme magique, un humour bizarre avec des effets très simples.

Ainsi, pendant près de deux heures, on y découvre, voit, entend des histoires à dormir debout, des créatures transgenres, des métamorphoses au premier degré. Avec l’impression parfois de dormir les yeux ouverts.

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