Un film de zombies envoûtant, entre Carnival of Souls (Herk Harvey, 1962) et Dawn of the dead (1978).

PAR PAIMON FOX

Réalisé par Gloria Katz et Willard Hyuck, un couple capable du meilleur (les scénarios de American Graffiti et de Indiana Jones et le temple maudit) comme du pire (l’adaptation cinématographique de Howard the Duck), Dead People (Messiah of Evil) est une bizarrerie des années 70 au lyrisme mortifère. Inédit en France, aussi bien dans les salles qu’en DVD, ce vrai film de rêve a pourtant marqué le cinéma de genre comme Carnival of Souls (Herk Harvey, 1962) et The savage eye (B.Maddow, S.Meyers, J.Strick – 1960).

Quelque part en Californie. Dune, une ville fantôme d’où on reçoit des lettres et des missives désespérées sans savoir qui les a réellement écrites. Une jeune femme (Mariana Hill, vue dans L’Homme des hautes plaines) s’y perd à la recherche de son père, un artiste peintre. Sur place, elle se rend compte que le lieu est désormais hanté par une population victime d’une malédiction. Parmi les badauds étranges qu’elle croise, il y a un aristocrate texan, héritier d’une fortune considérable, qui lui propose son aide et révèle à son contact sa passion pour la ville, son aura maléfique ainsi qu’une prédilection pour le satanisme.

On se souvient que Carnival of Souls est longtemps resté inédit jusqu’à ce que des cinéphiles le déterrent. Avec beaucoup de retard, on s’est rendu compte qu’il s’agissait d’un des modèles avoués de George A. Romero, David Lynch, Tim Burton et surtout M. Night Shyamalan qui lui a emprunté le coup de théâtre final pour Sixième sens. Espérons que Dead People, encore moins connu et pourtant non moins puissant, connaisse le même sort. Gary Sherman s’en est beaucoup inspiré pour Réincarnations (1980) qui racontait une histoire identique sur un mode moins expérimental et plus accessible.

Dans Dead people, les images ne se contentent pas de fasciner comme dans la première et la dernière séquence, murmurées, où résonnent les paroles d’une poupée brisée, seule dans un flou de souvenirs et de tristesse. Elles se multiplient, s’étendent, selon un principe à la fois esthétique et narratif. La plus belle illustration de ce principe se trouve dans une scène – inoubliable et Hitchcockienne – où l’attaque de zombies n’a pas lieu sur un écran mais dans une salle de cinéma. Dead people est aussi et surtout un film de vampires anxiogène comme pouvait l’être Arrebato (Ivan Zulueta, 1980) dans le rapport morbide que l’on entretient à la cinéphilie et plus généralement à l’image. Grâce à des visions incroyablement poétiques (les habitants qui regardent la lune, les meurtres, le final baroque) et des effets bizarres (le décalage provoqué par la musique, dès la première scène), le résultat reste dérangeant, utilisant une série de techniques cinématographiques aliénantes pour provoquer une sourde angoisse de mort.

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