[MELANCHOLIA] “This is how the world ends”

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La sidération provoquée par Melancholia de Lars Von Trier laisse une empreinte tenace.

PAR GAUTIER ROOS

Toujours se mĂ©fier des films encensĂ©s quand ils sont rĂ©alisĂ©s par des cinĂ©astes peu habituĂ©s Ă  l’unanimitĂ© : succĂ©dant au maudit Antichrist (2009), ce Melancholia (2011), louĂ© sur toute la planète cinĂ©phile, inspirait lĂ©gitimement la crainte du grand film rĂ©conciliateur (“Lars est un nazi, ok, mais le film est incontestablement sublime“). Je me souviens l’avoir dĂ©couvert en salle, sans accrocher plus que ça Ă  ce wedding plan en bâtisse princière, teintĂ© d’eschatologie dans l’air du temps (c’Ă©tait l’Ă©poque oĂą la fin du monde Ă©tait partout annoncĂ©e pour le 21 dĂ©cembre 2012, et oĂą les survivalistes avaient quasi-droit Ă  leur pastille quotidienne sur BFM).
Jusqu’à… Jusqu’Ă  ces cinq minutes finales, ce testament somptuaire, oĂą, blotti dans un tipi en branches bien fragiles, le trio familial espère vainement se protĂ©ger face Ă  l’arrivĂ©e de la planète Melancholia (et du Wagner fort dans nos oreilles). La scène Ă©tait Ă©videmment annoncĂ©e dès les premières minutes du film, mais je ne me rappelle pas avoir expĂ©rimentĂ© un tel sentiment de vertige au cinĂ©ma, le sentiment d’ĂŞtre dĂ©vastĂ© par un truc Ă  la fois splendide et morbide, un syndrome de Stendhal prĂŞt Ă  tout engloutir sur son passage, y compris le cĹ“ur d’un mortel pas vraiment prĂ©parĂ© Ă  ça.
Le film dĂ©joue complètement les codes du survival, avec des personnages qui, plutĂ´t que de courir dans tous les sens, naviguent entre une mĂ©taphysique de l’angoisse et une certaine sĂ©rĂ©nitĂ©. C’est peut-ĂŞtre ça la mĂ©lancolie, le fait d’accepter d’ĂŞtre dĂ©jĂ  un peu mort Ă  l’intĂ©rieur. Les quelques scènes du film oĂą les yeux de Kirsten Dunst rencontrent ce ciel inquiĂ©tant sont pour moi une prouesse, la transmission d’une sensation terrassante qu’aucun cinĂ©aste n’a mieux rĂ©ussi Ă  faire passer depuis le dĂ©but du siècle.
En tous les cas, c’est la seule fois de ma vie qu’en allant voir un film Ă  150 mètres de chez moi, je me retrouve Ă  la sortie, comme un benĂŞt, incapable de savoir quel chemin prendre pour rentrer Ă  la maison.
Pas sĂ»r de revivre encore une fois ça dans une salle ou ailleurs…

1 COMMENT

  1. Très juste, point de vue partagé,

    La scène dans laquelle son mari lui demande de garder une photo de leur futur domaine, promesse d’un accomplissement de leur vie amoureuse, en lui soufflant l’idĂ©e d’une balançoire sous un pommier, et avant d’ĂŞtre arrĂŞtĂ© dans son discours par un baiser qu’il perçoit passionnĂ© quand elle le provoque comme un ultime geste bienveillant et dĂ©sespĂ©rĂ©, face Ă  sa trop grande naĂŻvetĂ© (avant de se sauver abandonnant sur le canapĂ© par la mĂŞme cette fameuse photo que l’homme contemple Ă©bahi comme un rĂŞve abandonnĂ© sur l’oreiller) contient Ă  elle seule ce splendide – morbide ou l’ultime audace de l’humour et du ressenti dĂ©robĂ© aux oeillères de la raison en de telles circonstances.

    Plus tard elle reviendra dĂ©classer les livres de la bibliothèque (familiale?), les ouvriras en deux en choisissant les images les plus morbides, puis les rĂ©ajusteras dans un ultime geste de folie avant de s’enfuir Ă  nouveau, pour de bon, prĂ©cipitant la fin des noces et renversant la situation pour aboutir au second chapitre (ou le premier ?), le retour de la raison.

    Le splendide est en ce sens dans l’amour dĂ©sespĂ©rĂ©, ultime choix de la femme pour sauver l’homme qui doute, s’enfuit et se faisant condamne la femme abandonnĂ©e face Ă  sa volontĂ© d’engendrer qui ne se rĂ©alise jamais chez ce bon vieux Lars.

    Keep the road Jack.

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