You kaïdi aïdi äida: à la fin des années 70, Vendredi 13 et ses bourreaux de mères en fils ont gâché à tout jamais les jolies colonies de vacances. Et pourtant, il est bon de rappeler qu’il faudra attendre le sixième volet, Jason le mort-vivant, pour réellement voir un camp de vacances occupé autrement que par des moniteurs éclatés par là où ils ont péché. D’autres avatars du hit, très moyen accordons-le, de Sean S.Cunningham, n’attendront pas longtemps avant de corriger le tir en mettant en scène des camps de vacances bien plus vivants: en 1981, The Burning assume totalement le copié-collé jusqu’à repiquer les mains magiques de Tom Savini pour composer des tableaux gores inoubliables – l’ironie suprême étant que cet ersatz fera mieux que son modèle. En 1983, rebelote, avec Massacre au camp d’été, considéré pas franchement à tort comme un des slashers les plus malsains de sa génération. Son réalisateur Robert Hiltzik y signe un quasi one-shot tourné pour une bouchée de pains (encore moins que pour Vendredi 13!) et sortant, sans prétention aucune, des sentiers hélas déjà bien rebattus à l’époque.

Massacre au camp d’été colle ainsi aux basques de Paul et de sa cousine Angela, tous deux fraîchement débarqués au Camp Arawak. Témoin toute petite de la mort de son père et de son frère, la jeune fille s’est enfermée dans un mutisme quasi-total, ce qui lui cause les diverses railleries des pimbêches peuplant le dortoir des filles. Puis un jour après l’autre, les âmes les plus mal intentionnées du camp tombent comme des mouches, violemment assassinées à tour de rôle. Pour éviter la panique, on fait comme si rien n’était, fantaisie bien pratique pour faire grossir le bodycount du tueur. Pas besoin d’être Einstein pour comprendre ce qui s’y trame….

Alors que la majorité des slashers font incarner des adolescents par des acteurs bien souvent trop vieux, Massacre au camp d’été est l’un des rares spécimens à du genre à s’être dégoté de très jeunes acteurs, ajoutant dans le réalisme nauséeux des scènes chocs du film, dont un dépucelage au fer à friser certes hors-champs, mais qui dénote des traditionnels coups de haches dans la tête. Les corps sont cloqués, livides, gonflés par l’eau ou rongés par les insectes: Ed French, solide artisan fx auquel on devait quelques saillies de The Stuff ou de CHUD, semble s’être allégrement amusé à cet exercice macabre.

L’autre surprise qui a bâti la réputation de Massacre au camp d’été, c’est bien sûr son très connu twist final (spoilers donc), particulièrement graphique et malaisant, mais dissimulant aussi une morale rédhibitoire très répandue dans le genre de l’époque, où la transidentité et la folie ne semblaient manifestement faire qu’un. Là où l’on peut débattre bien sûr, c’est la nature «forcée» de la pauvre Angela, qui n’a jamais souhaitée une telle transition. Et si au fond, c’est l’idée que de vivre dans un mauvais corps qui rendrait fou? (fin du spoilers). Des questionnements également contrebalancés par un fait surprenant et peu souligné: Massacre au camp d’été est un des rares slashers à forte tendance gay des années 80, registre bien entendu tabou dans un genre où les hormones sont pourtant décidément en feu (mais bizarrement toujours hétérosexuelles). Coincé entre le trop méconnu Savage Weekend (où le gay de service tapait du bonhomme au bar et se voyait aussi développé que ses camarades – très rare) et La revanche de Freddy, métaphore cuculte de l’homo au placard, Massacre au camp d’été ou plutôt Sleepaway Camp se révèle assez logiquement comme…. camp!

Pas un nichon à l’air, mais un festival de short rétrécis au lavage, de culs nus plongeant en plein bain de minuit, de crop-top poilus (on exige un retour à la mode là, messieurs), de policier moustachu, de moniteur bodybuildé et de torses virils. Les plus attentifs adoreront bien sûr la méchante Judy, la petite garce en maillot qui pourrait concourir avec la Nancy Allen de Carrie au concours de la plus vilaine («T’as peur des lesbiennes? […] Faudrait qu’elle baise, ça lui apprendra à sourire!» vocifère t-elle), se prenant accessoirement la même baffe tremblante. Ou encore cette allumée de tante Martha, dont le peu de temps de présence à l’écran ne fait clairement pas oublier son look de fantôme échappé d’un vide grenier. Gay, sale et déviant? Peu de slashers peuvent affirmer avec autant d’aplomb accomplir cette prouesse bizarre et réjouissante. La formule magique se perdra dans des suites volontiers plus parodiques, où Pamela Springsteen (oui oui, la frangine du boss) dégomme des campeurs tout sourire, jusqu’au dernier volet tourné par Hiltzik et tentant, très maladroitement, de raccorder les wagons au premier volet.

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