Baumbach/Netflix, Episode 2. Après l’oubliable The Meyerowitz Stories, présenté presque dans l’anonymat à Cannes en 2017, Noah Baumbach signe une autre «story» produite par le géant du streaming. Un film d’un tout autre calibre, qui rompt avec le ronronnement qui menaçait son cinéma depuis les éclats de Frances Ha et le spleen de Greenberg. Nous avions peur de perdre un des cinéastes les plus importants de la vague indépendante new-yorkaise, mais Baumbach revient en cette fin de décennie avec ce qui est certainement son plus beau film.

Pour Marriage Story, qui porte ironiquement mal son nom, Baumbach s’est inspiré de son douloureux divorce avec Jennifer Jason Leigh, pour signer, 13 ans après Les Berkman se séparent, une nouvelle histoire de séparation, cette fois spécifiquement du point de vue du couple. Ce dernier est joué à l’écran par Scarlett Johansson et Adam Driver (déjà dans While We’re Young) qui livrent tous les deux une prestation au sommet. Le regard porté par le cinéaste sur ces deux personnages y est d’ailleurs pour beaucoup. Baumbach a, dans Marriage Story, une approche très empathique de chacun d’entre eux. Il filme chaque moment et chaque affect de cette séparation du point de vue de l’un, puis de l’autre.

Le film s’ouvre d’ailleurs sur une belle introduction, où, chacun, à son tour, livre ses sentiments les plus positifs sur l’autre. Malheureusement, la beauté de ce moment est brisée par un retour glacial à la réalité. Il s’agissait en fait d’une demande de la part du médiateur du couple, afin de les aider dans leur séparation. Nous nous retrouvons alors dans l’atmosphère aseptisée de son cabinet; Charlie (Adam Driver) et Nicole (Scarlett Johansson) ne se regardent plus. Le film plonge alors dans l’intimité de plus en plus brisée des protagonistes, dans les difficultés qu’ils ont à dialoguer, et dans leur combat pour obtenir la garde principale de l’enfant sachant que Charlie, metteur en scène à succès, désire rester à New-York, et Nicole souhaite donner un nouveau tournant à sa carrière d’actrice à Hollywood.

Marriage Story est donc un Kramer contre Kramer contemporain, revendiquant toutefois davantage son appartenance à un cinéma d’inspiration européenne. Baumbach citait ostensiblement Carax dans Frances Ha. Cette fois, nous pensons plus subtilement à Scènes de la vie conjugale de Bergman et aux films de séparation de Rohmer. Avec ses cheveux coupés très courts, Johansson nous rappelle néanmoins davantage Bibi Andersson que Liv Ullmann. Elle livre en tout cas certainement la meilleure prestation de sa carrière avec celle d’Under The Skin, et confirme qu’elle vaut bien plus que ce à quoi Marvel tente de la réduire. Un rôle qui fait d’elle la favorite à l’oscar de la meilleure actrice. Quant au film, nous ne sommes pas sûrs qu’ils touchent autant l’académie que nous, mais Baumbach vient de signer le plus beau mélodrame de l’année et nous nous étonnons qu’il soit reparti bredouille de la dernière Mostra.

 

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