Le dernier polar du maître de l’action hongkongais John Woo est bien la catastrophe annoncée.

PAR ALEXIS ROUX

Mais qu’est-il donc arrivé à John Woo? Lui qui croulait sous les éloges dans les années 80 pour avoir révolutionné le polar d’action (The Killer et Hard Boiled formant à eux deux la catharsis du genre) avait réussi en 2008, après une longue parenthèse hollywoodienne inégale et critiquée, à retrouver un certain succès d’estime avec Les Trois Royaumes, une fresque médiévale démesurée de presque cinq heures. Alors qu’on le pensait sur la voie du renouveau, le voilà qui signe avec Manhunt, thriller à course-poursuite tourné au Japon, un retour assumé vers ses premières amours… et l’un de ses plus mauvais films.

S’amorçant sur un postulat des plus simples, tiré du film japonais homonyme de Jun’ya Satô en 1976 (un avocat est accusé de meurtre à tort et se retrouve traqué par un flic zélé), Manhunt avait pourtant tout pour séduire, son scénario-prétexte offrant le terreau parfait pour un actioner tendu, brutal, toujours dans l’urgence. Mais la surabondance de sous-intrigues dans lequel se complaît le film force le cinéaste à interrompre régulièrement la course effrénée qui l’intéresse vraiment pour dérouler de l’exposition en masse, sans jamais chercher à créer une cohérence digne de ce nom. Le film ressemble alors très vite à un vulgaire patchwork d’archétypes – dont certains directement issus d’un imaginaire bis, ici complètement hors-sujet – qui jamais ne coexistent vraiment.

Si encore la mise en scène se montrait à la hauteur du John Woo d’autrefois, la pilule passerait plus facilement. Las, le pauvre John se dépêtre comme il peut avec une image numérique qu’il ne maîtrise pas (cf. un étalonnage criard et baveux, digne d’une mauvaise pub de parfum) et peine à donner à ses affrontements, par ailleurs bien chorégraphiés, le souffle épique qu’ils méritent. Pire encore, le voilà qui recycle sans aucune saveur tous les lieux communs de son style, accumulant les ralentis, les images figées et autres mouvements inutilement complexes. Tout cela confine souvent à l’auto-parodie, comme dans cette scène de combat à mains nues au milieu d’une nuée de colombes (vraiment?).

Inutile de tirer plus longtemps sur l’ambulance, Manhunt se révèle un plantage spectaculaire, une grosse tache indélébile sur l’œuvre d’un cinéaste émérite. C’est d’ailleurs cela qui fait le plus mal au cœur dans tout ce bazar: celui qui fut longtemps considéré comme un des héritiers les plus dignes du cinéma de Jean-Pierre Melville, celui qui fut un formaliste de génie (on n’est pas près d’oublier le plan-séquence virtuose de l’hôpital dans Hard Boiled) semble aujourd’hui complètement rincé, remplissant son office sans flamme ni passion. En attendant qu’il rebondisse et reparte sur de meilleures bases, on pourra toujours se consoler devant nombre de ses anciens films, nettement plus impressionnants.

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