Ce film perdu, exhumé par son auteur en 2000, a tout du must-see chaos.

PAR JEREMIE MARCHETTI

Avec des pionniers comme Andy Milligan ou Herschell Gordon Lewis, le cinĂ©ma d’exploitation d’horreur amĂ©ricain du dĂ©but des 70’s touille bien sa recette magique: boobs and blood. Enfin, en gĂ©nĂ©ral bien sĂ»r. Les vampires aux dents molles croisent les animaux mutants, le rape and vengeance prend ses marques, les psychopathes font bonne recette. Et au milieu des tendances tendancieuses, une poignĂ©e de films volontiers plus atmosphĂ©riques, quelque part entre un american gothic Ă  trois francs six sous et un esprit un poil plus europĂ©en, se faufilent dans les salles de cinĂ©mas de quartiers. Ce sont, volontairement ou pas, les progĂ©nitures flagrantes de Carnival of Souls, lui aussi un film de drive-in spectral qui rĂ©volutionna le cinĂ©ma fantastique sans faire exprĂšs. Cet hĂ©ritage voit dĂ©filer des titres comme Silent Night Bloody Night (Ă  ne pas confondre avec le slasher Silent Night Deadly Night), Messiah of Evil ou Let’s Scare Jessica to Death, tous ayant comme point commun de miser autant sur leur ambiance dĂ©lĂ©tĂšre que leurs scĂšnes chocs. Onirisme et effroi sont les maĂźtres mots de ces trips filmant plĂ©thore d’hĂ©roĂŻnes perdues dans un monde devenu subitement hostile et malĂ©fique… Ă  moins qu’il ne s’agisse de leur psychĂ© malade. À cette liste, on peut Ă©galement ajouter Malatesta’s Carnival of Blood, titre tapageur plein de promesses pour ce qui pourrait ĂȘtre le film le plus fragile et le plus dĂ©glinguĂ© du lot.

Perdu durant des annĂ©es, c’est son rĂ©alisateur Christopher Speeth qui l’a sorti lui-mĂȘme de l’ombre dans les annĂ©es 2000: pour un one-shot pareil, on lui donnera bien sĂ»r raison de son geste. Moins posĂ© contrairement Ă  ses camarades de pelloches, Malatesta n’est pas du genre Ă  perdre son temps et installe l’action de son rĂ©cit aussi sec: la famille Morris accepte de rejoindre l’équipe d’un parc d’attractions, faisant alors la rencontre de leur patron Mr Blood, trop courtois et trop bizarre pour ĂȘtre honnĂȘte (et il ressemble Ă  Jean Rollin: autant dire que c’est mal barrĂ©). En effet, des goules sommeillent dans les profondeurs de ce Luna Park fauchĂ©, et la jeune Vena, la fille du couple de forains, s’en rendra compte le temps d’une nuit insomniaque, trimballĂ©e en chemise de nuit dans le plus absurde des songes.

Pas franchement rĂ©alisĂ© dans le but d’engranger un max de blĂ© mais plutĂŽt dans l’optique d’un film entre amis, Malatesta’s Carnival of Blood est un film aux tournures certes bĂąclĂ©es, mais juste assez pour donner plus d’étrangetĂ© au projet que de le ridiculiser, comme si la couleur brique de la photo, les dĂ©cors mi-rĂ©el mi-carton pĂąte, le gore façon boucherie de quartier ou les visages inquiets donnaient subitement plus de puissance Ă  la chose. Les scĂšnes de nuit sont par exemple Ă©clairĂ©es par un pauvre projecteur, offrant des tableaux de clair-obscur aussi piteux qu’angoissants. MĂȘme les zombies Ă  la face saturĂ©e de crayons gras, roulant des yeux Ă  loisir, font curieusement frĂ©mir lorsqu’ils se lancent dans un chƓur caverneux aprĂšs avoir dĂ©vorĂ© les tripes de leur derniĂšre victime. Tout est bricolĂ©, approximatif, mais jamais totalement nanardeux: les entrailles du parc sont couvertes de babioles et de papiers bulles rouges, donnant l’impression d’assister Ă  un happening accidentel, avec des voitures retournĂ©es faisant office de chambre Ă  coucher et des Ă©crans de cinĂ©ma projetant des films de Lon Chaney en boucle. Si Malatesta Ă©tait une blague, elle ferait tout de mĂȘme bien frĂ©mir, Ă  l’image de ce concierge zombie au strabisme flippant, se promenant inlassablement dans les arriĂšres plans en quĂȘte de victimes. Tout Ă  la gueule d’un cauchemar enfoui, inavouable, du genre trop bizarre pour qu’on veuille bien s’en rappeler. On y croise mĂȘme HervĂ© «Tattoo» Villechaize, toujours parĂ© de son improbable accent français. Mais Ă  ce stade, il n’est qu’une cerise cheloue sur un gĂąteau dĂ©jĂ  fort biscornu.

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