Dès la fin des années 50, le gros lézard radioactif de la Tohei s’impose comme le monstre emblématique du cinéma japonais, prêt à tout casser sur son passage, box-office inclus. Reprenant les mêmes recettes que son modèle, Gamera, la tortue mutante, se tape l’incruste en 1965 chez le studio voisin, la Dahei. L’année suivante, on se creuse la cervelle pour canoniser un concurrent sans doute moins voyant et plus original. C’est ainsi que naîtra la trilogie Daimajin, qui convoque l’esprit du Kaiju-Eiga (un monstre géant qui piétine tout ce qu’il peut) et le film historique japonais, le Jidai-Geki.

Trois films seront réalisés sur une seule et même année (!), n’ayant en commun que la divinité star, une statue de pierre dont le masque impassible laisse place à une face furibarde intervenant dans le dernier acte pour sévir et rétablir l’ordre. Le premier volet, sobrement intitulé Majin, inaugure la formule et se révèle sans doute le meilleur des trois, plongeant un récit de vengeance tragique dans une atmosphère fantastique du meilleur effet. La saga, pas vraiment du genre à transcender son concept initial, opte pour une structure simple: un seigneur sème les graines de la terreur sur de pauvres paysans et récoltera la colère du géant, dont l’ombre plane durant tout le film. Affilié aux mythiques saga Baby Cart et Zatoichi, Kenji Misumi signe le second volet, Le retour de Majin mais n’insiste curieusement pas tant que cela sur la dimension chambara du récit. Cette fois isolé sur une île séparant deux clans ennemis, Majin s’offrira sa plus belle sortie en séparant la mer tel un Moïse peu orthodoxe! Le combat final de Majin, quant à lui, est certainement le volet le plus dépaysant et le plus rafraîchissant, suivant l’itinéraire d’un groupe de gamins parti à la rencontre du géant. Les paysages montagneux, parfois sublimement enneigés, offrent un beau mélange d’extérieur et de scènes en studios. Plus petit que ses confrères à écailles, Majin s’offre des attaques spectaculaires avec un rapport d’échelle bien différent des Kaiju-Eiga classiques, forçant à élaborer des effets spéciaux étonnants et d’une grande poésie. Tout le charme d’un cinéma de quartier disparu.

Après la France, l’Australie, l’Italie et les États-Unis, Le chat qui fume plante cette fois ses griffes sur le Japon, bien qu’on se sache pas encore si ce premier contact avec le pays du soleil levant aura une suite. La trilogie Majin se retrouve emballée comme il se doit avec deux bluray et deux dvd, reprenant les copies du coffret japonais sorti en 2009, lui aussi dupliqué en 2012 aux États-Unis. Master propre et sage comme une image: on se doute même que le matou n’aura pas laissé passer des copies passables. Contrairement aux coffrets américains et japonais, des bonus exclusifs ont été débauchés: un entretien avec Fabien Mauro, spécialiste du Kaiju, revenant sur la genèse de la trilogie et les spécificités de chaque volet; et un autre avec Fathi Beddiar, qui explore la carrière de Chikara Hashimoto, l’homme derrière le costume de Daimajin, joueur de base-ball reconverti dans le cinéma. Deux petits plus appréciables pour profiter davantage de ce kaiju-eiga hybride et aussi solide que la carcasse de son monstre star.

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