Durant l’effervescence du cinéma polonais des années 60, Jerzy Kawalerowicz s’était octroyé une confortable place, tantôt célébré à Venise avec Train de nuit, puis à Cannes avec Mère Jeanne des Anges. Mais après l’expérience douloureuse et folle de Pharaon, son Cléopâtre à lui, ses quelques signes de vie n’intéressèrent plus grand-monde. Comment alors expliquer la quasi-disparition de Maddalena, son unique escapade italienne? Un film dont la cinéphilie mondiale ne se souvient que de la BO (rééditée récemment alors que le film n’a jamais existé sur aucun support vidéo!), laissant fantasmer quant à son contenu, que l’on supposait fiévreux et mystique. Bonne nouvelle après l’avoir enfin vu: il l’est.

Sortie du sulfureux Merci ma tante, où Salvatore Sampieri tricotait déjà ses lubies d’adolescent pervers, Lisa Gastoni, une des grandes milf du cinéma italien, enfile cheveux blonds et bruns, miroir miroir d’une femme dont on saura jamais le nom. Par un soir de réveillon alcoolisé, elle croise les lèvres d’un jeune prêtre renfrogné (Eric Woofe, qui, sans surprises, donne terriblement envie de confessions), auquel elle s’intéresse très vite. Désirée et désirante, la belle brune perd tous ses moyens à la vue de ce beau garçon aux yeux humides: il perd sa foi, alors qu’elle voit sa température monter. Rêvant de fuir ex-mari et vie de débauche, elle se projette sans parachute sur cette âme en perdition. Elle se voit Marie Madeleine, la putain trouvant son Jésus. Lui la voit sans doute comme l’ultime tentation, le dernier mur à abattre avant de quitter la soutane…

À l’inverse de ce que sous entend l’absurde titre US (The Devil in Maddalena), l’héroïne n’est pas tant possédée ou maléfique dans ses intentions. Quant à savoir si c’est un ange ou un démon, Kawalerowicz se garde bien de la cataloguer. Grande croqueuse d’hommes, voit-elle dans cette séduction impossible le plus grand défi de sa vie? Ou tombe t-elle amoureuse d’un modèle de quiétude? L’homme neuf, immaculé, loin des abandonnés, des peaux tannés, des margoulins, des séducteurs. Au rythme des ellipses, l’indomptée revient sans cesse à la charge. Boucle infernale. Poursuite sensuelle qui, on devine, terminera très mal. Le désir déplace des montagnes, mais tue aussi. La charge érotique, au taquet dès les premières images où la Mado entre en transe, se distille au compte goutte, sans vulgarité, effeuillant précieusement son personnage féminin point par point. On imagine une fantaisie à la Buñuel, un peu méchante et blasphématoire, mais Kawalerowicz semble bien trop aimer ses personnages pour ça; il préfère saisir leur tristesse et leur impasse existentielle, plutôt que de jouer la carte de la farce cruelle. Morricone, puisqu’il fallait bien y revenir, prépare minutieusement son célèbre Chi Mai qui deviendra le main theme du Professionnel avant de se transformer aux yeux d’un gigantesque accord collectif, en symbole pour de la pâtée pour toutou. Un thème parmi d’autres, dont une longue errance d’orgue et de chœurs qu’on peut voir comme une extension de son Adonai pour le tout aussi agité Le jardin des délices: une musique venue du trouble, et un enfer au paradis pour ces Adam & Eve d’un nouveau genre, qui trouveront dans l’océan la réponse à leur joute sentimental.

Réalisateur : Jerzy Kawalerowicz
Acteurs : Paolo Bonacelli, Paolo Gozlino, Ezio Marano, Lisa Gastoni, Eric Woofe, Ivo Garrani
Date de sortie: 01 Fév 1973
Nationalité : Italien, Yougoslave
Titre original : Maddalena
Titres alternatifs : Madalena a Pecadora (Portugal)
Année de production : 1971
Scénariste(s) : Jerzy Kawalerowicz
Directeur de la photographie : Gábor Pogány
Compositeur : Ennio Morricone
Société(s) de production : Unitas Film, Bosna Film

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