“Madame Claude” sur Netflix: pas question de faire perdurer le mythe

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Rangez tous vos fantasmes de carré rose: le biopic Madame Claude, de Sylvie Verheyde, qui sort directement le 2 avril sur Netflix, ne cherche pas à raviver le souvenir du film érotique de Just Jaeckin avec Françoise Fabian dans le rôle éponyme. Aux antipodes du glamour façon maquerelle de la République, cette version-là préfère faire le portrait façon film de gangster de la plus célèbre proxénète de France. Explications.

Longtemps, la vie de Fernande Grudet, alias Madame Claude, tenancière d’un réseau de prostitution de luxe dans le Paris des années 1960-1970, a fait figure de mythe. Elle a régné sur un réseau de 500 call-girls et une poignée de garçons, officiant dans les plus hautes sphères – hommes politiques et chefs d’État français et étrangers, comme le Shah d’Iran ou John F. Kennedy, célébrités, hommes d’affaires… En échange des confidences recueillies sur l’oreiller par ses filles, Madame Claude s’assure les meilleures protections, de la Brigade mondaine au contre-espionnage. “Il y a l’image de Mme Claude, Paris, les belles robes et les grands hôtels, le pouvoir… Ce qui m’intéressait, c’était l’envers du décor“, explique la réalisatrice Sylvie Verheyde dans un entretien à l’Agence France Presse. Madame Claude jette donc ses jeunes et jolies recrues en pâture à ses clients, et n’oublie jamais de prendre ses 30%, même lorsqu’elles reviennent en sang d’un rendez-vous qui tourne mal. C’est Karole Rocher qui interprète la proxénète décédée en 2015 après avoir été deux fois condamnée, restituant sa puissance et ses failles: misère affective, connivence avec le crime organisé, absence de scrupules. Le film illustre le fonctionnement de ce réseau, l’un des premiers à comprendre la puissance du téléphone ou l’emprise de Madame Claude sur ses “filles” (jouées notamment par Hafsia Herzi et Annabelle Belmondo, la petite-fille de la star). “Madame Claude a construit sa mythologie. C’était une grande menteuse, un escroc qui disait vouloir rendre le vice joli: c’est-à-dire mettre tout ce qui est moche sous le tapis“, relève Sylvie Verheyde.

S’inspirant librement des affaires qui ont secoué la Ve République de Pompidou et Giscard, le film la met en scène naviguant entre le pouvoir et le crime jusqu’à s’y brûler les ailes. Une jeune recrue, Sidonie (Garance Marillier, la révélation de Grave), précipitera sa chute. Flics, clients, voyous, les hommes sont cantonnés à des rôles secondaires, confiés à Benjamin Biolay, Roschdy Zem ou Pierre Deladonchamps. “Pour ma mère, issue d’un milieu populaire et montée à Paris, Madame Claude était un modèle, ce qui me semblait délirant. Mais en fait, pour une femme de sa génération, de son milieu, il y avait peu de modèles de réussite féminins auxquels s’identifier”, relève Sylvie Verheyde. La réalisatrice de 54 ans, dont une grand-mère et une cousine se sont prostituées, s’est aussi inspirée de ce qu’elle pouvait entendre, petite, dans le café parisien que tenaient ses parents. “En même temps qu’un bandit qui se sert des femmes, Madame Claude est une sorte de figure d’émancipation féminine“, note-t-elle. Le film reflète cette ascension sociale par le crime, à la Scarface: “Comme dans tous les films noirs, les marginaux et les hors-la-loi nous parlent de la société dans laquelle on vit”. La légende de Fernande Grudet a inspiré de nombreux artistes, et Madame Claude, privé de salle en raison de la pandémie, se présente ainsi comme une réponse, près de 45 ans après, au film érotique éponyme de Just Jaeckin, l’auteur d’Emmanuelle. Une œuvre “de communication” à la gloire de la proxénète, raille Sylvie Verheyde. “L’époque est beaucoup plus prête pour la coulisse et en finir avec l’image d’Epinal de ces années-là”. Reste à savoir si le résultat est à la hauteur de cette ambition. Réponse le 2 avril.

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