Après Fair Game et Next of Kin, Le chat qui fume continue son exploration du cinéma australien corrosif avec ce chef-d’œuvre chaos qui mérite plus d’un spotlight.

Au coeur de l’Ozploitation, la nature australienne semble avoir toujours été une actrice à part entière. Le bush maudit, ancestrale, chargé, déserté. Quelque chose qui vous dépasse. Diamant brut de cette époque faste, où cinéma bis pouvait encore rimer avec style, Long Weekend n’a été qu’un simple feu de paille dans l’encyclopédie du cinéma fantastique, bien que grassement récompensé en son temps au festival du Rex et d’Avoriaz. Dans le parcours du faiseur Colin Eggleston, le film est un coup de tonnerre. Faut dire qu’il partait plutôt gagnant avec un script d’Everett de Roche, scénariste à qui l’on devra les histoires zinzins de Razorback, Harlequin, Déviation Mortelle, Link, Snapshot… Premier de la liste, Long Weekend en est certainement le spécimen le plus brillant.

Un week-end ça peut-être long. Très long. Surtout quand on ne s’aime plus. C’est l’expérience que feront Peter et Marcia, qui vivront alors les pires vacances de leur vie. Les dernières aussi. Un simple panoramique sur un rocher et une baie se dévoile, grandissante. La très belle musique de Michael Carlos nous susurre quelque chose de terrible, d’inéluctable. On ne voit rien mais on perçoit déjà tout. Dans un geste désespéré, monsieur emmène madame au bord de la mer, pour prendre le large et faire un break. Personne n’y croit, la tension est à son comble, et rien ne semble racheter ces deux là.

On pourrait être chez Sautet, Chabrol ou Bergman. Mais un truc cloche. Ce qui frappait dans le cinéma australien de ces années-là, c’était le goût pour les angoisses sourdes, les atmosphères qui en disent beaucoup avec pas grand-chose. Une cigarette qui commence à s’embraser, le regard d’un homme à travers une vitre, une route sans logique, un orage soudain, tout ce qui précède le fameux «long weekend» suggère déjà l’impensable. Face à leur désarroi conjugal, traité avec une modernité d’ailleurs toujours effective, les deux chamailleurs vont vite voir leurs disputes se doubler d’événements parasites. Des animaux volontiers agressifs, des cris dans le lointain, une ombre tapie dans la mer… Oubliez fantômes, aliens et serial-killer: ce que le spectateur devra craindre le plus, c’est le décor même, une mère nature vengeresse et spectrale ayant décidé de rendre la monnaie de sa pièce.

Ce qui coule dans Long Weekend, c’est la sève d’un fantastique d’une grande pureté: on ne rationalise pas, mais tout est clair. Ce qui fait aussi la force inépuisable du film de Eggleston tient aussi bien dans sa maîtrise quasi-hitchcockienne de l’horreur (l’incroyable course dans la forêt qui semble alors se décharner à vue d’oeil sans aucun effet spécial) que dans son esprit écolo. Pas écolo façon fable greengreen un peu piquante qui agite le doigt en fronçant les sourcils, mais plutôt quelque chose d’une noirceur vertigineuse. C’est tellement fort qu’on se demande quelle mouche a piqué le sympathique Jamie Blanks pour en faire un remake appliqué (et inutile) en 2008. Une redite qui, paradoxalement, donna envie à certains de se tourner vers ce grand film méprisé… Encore fallait-il le revoir dans notre pays pour mettre en branle une réhabilitation complète.

Jamais édité en dvd en France, Long Weekend a cependant connu une carrière en hd assez faramineuse ces derniers années: Australie, Allemagne, Angleterre, États-Unis. Des éditions zonées (comme l’américaine) ou non-sous titrées à n’en que faire. La réponse française se faisait donc attendre: l’écho est arrivé bien sûr aux oreilles pointues du Chat qui fume, qui sort le film dans l’édition la plus complète du lot! Mais ce dernier a eu aussi la bonne idée de retrouver la copie intégrale (une exclu de l’édition allemande): quelques secondes, pourtant à priori-anecdotiques, manquaient étrangement à la dernière partie du film! La copie HD, la même que toutes les éditions citées, est diablement solide à défaut d’être totalement nettoyée. Rayon bonus, c’est la foire: des interviews en version longue de l’actrice Briony Behets, de Everett de Roche et du chef op’ Vincent Monton tournées à l’occasion du mythique documentaire Not Quite Hollywood, un module très sympathique réalisé en famille par les proches de feu Colin Eggleston (ses deux fils et Briony Behets, avec qui il fut marié), une archive audio de l’acteur John Hargreaves et une conversion critique – a priori rasoir – autour du film mais révélant de nombreuses pistes de réflexions passionnantes. Trois ajouts du matou et pas des moindres: une fin très légèrement alternative, un entretien avec Eric Peretti revenant sur le parcours du film et une interview du producteur Richard Brennan, tournée alors pour l’occasion. Si vous voulez vivre le meilleur des pire weekends, vous savez où aller.

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