[LISTEN TO KO] «FADDED NOW» DE CHROMATICS

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Si comme nous, vous vous êtes également pris cette déflagration qu’est Twin Peaks: The Return, nul doute que vous avez d’ores et déjà croisé le chemin du groupe Chromatics, invités musicaux des parties 2 et 12, et accompagnants de Julee Cruise à la fin de la partie 17. Mené de main de maître par le producteur ultra-prolifique Johnny Jewel, à qui l’on doit aussi le tout aussi planant groupe Desire ou encore la bande-originale de Lost River, Chromatics aura énormément trusté les playlists de musique électro à la fois planante et délicieusement érotique, toujours à la frontière de l’italo disco, que l’on apprécie plus que de raison en ces lieux.

Et d’Italie, il en est plus que question pour Chromatics depuis leur précédent album, Closer To Grey, sorti sans annonce préalable en octobre dernier, dont l’esthétique visuelle et l’atmosphère s’inspiraient directement de l’univers des giallos des années 80. Mais plutôt que de capitaliser sur une espèce de nostalgie fantasmée comme bien des groupes de synthwave depuis les années 2010, Chromatics parvient à s’en écarter en explorant toute la facette romantique et poétique de ce sous-genre cinématographique. En découle ainsi un album rempli de hits à la douceur toujours dangereuse, comme «Touch Red» et son charme rappelant fortement Portishead, la plaintive «Move A Mountain», la mélancolico-funky «Twist The Knife» ou encore une fabuleuse reprise de «The Sound of Silence» de Simon & Garfunkel, qui gagne ici une noirceur inattendue.

Mais voilà que 6 mois après la sortie de cet opus que nous avons à peine eu le temps de digérer, Johnny Jewel et sa bande sortent par surprise un étrange objet sur les plateformes de streaming, intitulé Faded Now. Un nouvel album? Pas vraiment. Disons plutôt qu’avant la sortie de plus en plus imminente de leur arlésienne Dear Tommy, en production depuis 2012 (un futur concurrent à Chinese Democracy des Guns N’ Roses), le groupe aura décidé de faire patienter son public avec une sorte de une version «augmentée» de Closer To Grey. Au programme donc ici, un retour à la même esthétique giallesque et une exploration de la face B de l’album d’origine, contenant nombre de nouvelles versions de morceaux précédemment sortis, mais également des pistes inédites, comme une sorte de parcours alternatif à celui qui nous était présenté à l’origine.

On retrouve donc avec plaisir les temps forts de l’opus précédent mais de manière bien souvent détournée et plus planante, comme «You’re No Good» qui prend ici la forme d’un remix «clubbesque» de près de 8 minutes (façon Chromatics cependant, n’allez pas imaginer des trompettes et des basses partout non plus). D’autres, quant à elles, voient leur section instrumentale plus ou moins changée, à l’instar de «Faded Now», qui n’est en fait que le morceau «Closer To Grey» mais dont on n’aurait gardé que la partie vocale (et qui, il faut bien le reconnaître, est peut-être même encore meilleure dans cette version). À ce jeu, le morceau qui s’en sort le mieux est définitivement la réorchestration de «Move A Mountain», qui clôt l’album de manière merveilleuse et qui met encore plus en valeur le talent de Ruth Radelet, véritable partner-in-crime de notre cher Johnny Jewel au sein du groupe, dont la voix hypnotique contribue immensément au charme tout particulier de la musique de Chromatics.

Quid des nouvelles compositions présentes sur le disque? Et bien, c’est une légère déception qui s’affiche ici, tant les morceaux véritablement inédits ne prennent pas une place suffisamment importante dans l’album. L’un des exemples les plus symptomatiques est sûrement «Burning Bridges», qui dispose d’une atmosphère hispanique très prometteuse mais trop courte pour nous hanter autant qu’on l’aurait espéré. D’autres morceaux, néanmoins, sont de vraies réussites, comme la très sobre instrumentale «Nocturne» à l’alliance piano/synthés redoutable, ou encore «I Want To Be Alone», reprise de Jackson Carey Franck, qui rappelle énormément les compositions de Bruno Nicolai (Toutes les couleurs du vice, La dame rouge tua sept fois…), auxquelles ont aurait ajouté une voix d’ange. Comme quoi, on en revient toujours au giallo.

A l’arrivée, ces maigres ajouts font-ils de Faded Now un indispensable de la discographie de Chromatics? Il est évident que non, mais en tant que complément à Closer To Grey, il s’avère être un très bon moyen pour replonger dans celui-ci de manière détournée, et de profiter des talents de compositions toujours aussi imprévisibles du groupe, comme ce «The Runner» presque hors-sujet dans le contexte de l’album mais dont la force nous happe en plein milieu d’album. En tout état de cause, Johnny Jewel et sa bande ont plus voulu faire là un cadeau à leurs fans, «A Film For Your Ears» comme le dit explicitement la pochette, pour prolonger davantage leur esprit cinéphile et Lynchien qui semble de plus en plus leur coller à la peau (et c’est tant mieux). Car après de longues heures d’écoute, à rêvasser d’une réouverture prochaine mais toujours incertaine de nos salles préférées, on s’aperçoit qu’en fin de compte, les fauteuils rouge sang, les vingt-quatre images par secondes qui défilent sous nos yeux et le frisson de la découverte, c’est aussi un peu ça Chromatics.

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