ROBIN BOUGIE: “J’aime retrouver les gens ayant œuvré dans le porno, et d’autres genres inclassables”

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QUOI DE PLUS CHAOS QUE ROBIN BOUGIE? Cinéphile boulimique et crayonneur de génie lorsqu’il s’agit de dessiner des femmes nues, le canadien déjanté Robin Bougie a créé en 1997 une revue dédiée au cinéma trash et insolite: Cinema Sewer. Il est également l’auteur d’ouvrages consacrés aux plus belles affiches de films pornographiques (Graphic Thrills) et d’une série de comics pour adultes au doux nom de Sleazy Slice. Le mieux est encore d’aller faire un tour sur son site http://cinemasewer.storenvy.com/

Quelle est votre relation avec le cinéma?
Je suis avant tout un spectateur. Ce n’est qu’après un certain laps de temps que je m’implique de façon créative. Du coup cette passion pour le cinéma ne reste pas passive. Je revêts alors mon chapeau de journaliste et d’historien. J’aime retrouver les gens qui ont œuvré dans le cinéma d’exploitation, le porno, et d’autres genres inclassables, pour les interviewer afin de retracer leur histoire et d’en apprendre plus sur les tournages de leurs films.

Quel est le premier film que vous avez vu?
Je me souviens du premier film que j’ai vu au cinéma, c’était un Disney: Le livre de la jungle (Wolfgang Reitherman, 1967). C’était en 1977, j’avais 5 ans. Le premier film que j’ai vu dans un drive-in était Le toboggan de la mort (James Goldstone, 1977). Et le premier film, qui n’était pas un film d’animation, que j’ai vu en salle était encore un Disney: Le chat qui vient de l’espace (Norman Tokar, 1978).

Un film qui a failli vous faire quitter la salle ou l’a fait pour de bon?
Il n’y a que deux films qui m’ont presque fait quitter le salle tellement ils étaient pénibles, aussi bien à cause de leur écriture que de leurs personnages agaçants. Ce sont: S.F.W. (Jefery Levy, 1994) et Méprise multiple (Kevin Smith, 1997).

Un film que vous n’aviez pas envie de voir et qui a été une révélation?
Oui, il y a eu des films qui ne m’attiraient pas du tout, mais que j’ai fini par voir pour diverses raisons, et que j’ai apprécié au final. Des films comme Master And Commander (Peter Weir, 2003), Que le spectacle commence (Bob Fosse, 1979), Les désaxés (John Huston, 1961), et Gypsy, Venus de Broadway (Mervyn LeRoy, 1962).

Les mots engendrent-ils toujours une image, ou est-ce l’inverse?
Je pense que ça marche dans les deux sens. Je suis un artiste graphique qui dessine des comics, un médium qui marrie les mots et les images comme peu d’autres le font. Autant dire que je suis très conscient de la façon dont les mots et les images opèrent en tandem. C’est en me servant de cette complémentarité entre les deux que j’aborde mon travail pour la revue Cinema Sewer. J’utilise l’esthétique des comics pour parler des films. Le cinéma est un médium visuel, et si vous le coupler à un autre médium visuel pour aider à faire passer vos idées à propos des films, vous doublez vos chances de capter l’attention du lecteur, et ainsi de l’amener à vraiment s’intéresser à ce que vous voulez lui dire.

Les images sont-elles un virus?
Cela dépend de ce que vous entendez par virus, mais oui. Les images ont cette merveilleuse façon de s’ancrer en vous et de vous accompagner longtemps, comme la musique d’ailleurs.

Quel réalisateur “mainstream” aurait pu réaliser de superbes films pornographiques?
La grosse majorité des films pornos souffrent depuis toujours d’un vide artistique. Les principales raisons en sont le temps (les durées de tournages sont très courtes) et l’argent. De plus, depuis les années 80, le genre ne possède plus vraiment de réalisateurs ayant le désir de réaliser des films, et non pas des gonzos. Je pense que n’importe quel réalisateur un tant soit peu compétent, s’il disposait de temps, d’argent et de l’envie de raconter une histoire, pourrait aisément faire un film qui se classerait dans les 100 meilleurs films pour adultes. C’est un genre très ouvert pour lequel il reste encore beaucoup à faire. Il y a de nombreuses pistes à explorer et de nombreux territoires à couvrir, parce que quasiment personne ne s’est aventuré dans le genre depuis des décennies. Pour en revenir à la question de façon plus précise, j’aurai adoré voir un film porno réalisé par le Brian De Palma des années 70-80. De même pour Michael Mann dans les années 80, alors qu’il était au sommet de son art.

Quelle est la meilleure période concernant les films pornos?
À mon avis, la meilleure période se situe entre 1974 et 1984. À partir de 1986 la plupart des salles pornos fermaient et les productions se faisaient de plus en plus en vidéo, pour arriver à une domination totale du support en 1990. À ce moment là, il ne restait presque plus de salles. Les films pornographiques tournés sur pellicule seront toujours les meilleurs du genre. Ils ont bien plus de profondeur de champ, de précision et tout ce que la pellicule pouvait apporter.

Un film à emporter sur une île déserte? Juste un!
Je ne sais pas si je suis capable de n’en choisir qu’un, c’est trop difficile. Peut être que je peux en prendre un par genre? Allez, mon film de blaxploitation serait Truck Turner (Jonathan Kaplan, 1974). Et mon film d’horreur The Thing (John Carpenter, 1982). Turkey Shoot (Brian Trenchard-Smith, 1982) pour représenter l’Ozploitation! Il y a tant de films que je voudrais prendre avec moi! Haha! désolé, j’ai triché.

Dernier film vu et adoré?
Conan le destructeur (Richard Fleischer, 1984). J’ai vu le premier, que j’adore, des dizaines de fois, mais je n’avais jamais vu celui-ci parce que j’avais entendu qu’il n’était pas très bon. Ce ne sont que des conneries, le film est génial. Je n’arrive pas à croire que j’ai attendu jusqu’en 2015 pour enfin le voir! Tout ça pour dire qu’il ne faut pas se fier à l’avis des autres en matière d’art, faites-vous votre propre opinion.

QUIZ DU CINEPHILE
Un film: Les Muppets, le film (James Frawley, 1979)
Une histoire d’amour: Isabel Sarli et Armando Bo
Un sourire: Le Joker
Un look: Celui de Gloria Swanson dans son rôle de Norma Desmond pour Boulevard du Crépuscule (Billy Wilder, 1950)
Un acteur: John C Reilly
Une actrice: Persis Khambatta
Un clown triste: Jerry Lewis
Un début: Le petit piano tombant d’un camion dans Punch Drunk Love (Paul Thomas Anderson, 2002)
Une fin: Celle de Runaway Train (Andrei Konchalovsky, 1985)
Une scène clé: L’éjaculation multicolore au ralenti de Derrière la porte verte (Jim & Artie Mitchell, 1972)
Un plaisir coupable: King Kong (Peter Jackson, 2005)
Une révélation: Le château dans le ciel (Hayao Miyazaki, 1986)
Un gag: Buster Keaton fuyant les rochers qui dévalent vers lui dans Fiancées en folie (Buster Keaton, 1925)
Un fou rire: les serpents dans la salle de bain dans Terreur à Hong Kong (Wong Jing, 1995)
Un film malade: Martyrs (Pascal Laugier, 2008)
Un rêve: Ça, ça reste privé.
Une mort: Jamie Gillis
Une rencontre avec un acteur: Celle avec Jamie Gillis à New York en 2006.
Une scène de sexe: Jamie Gillis plongeant la tête de Ginger Lynn dans les toilettes dans Ginger & Spice (Henri Pachard, 1987)
Une réplique: Celle de mon chat Herbie, lorsque je lui parle ou quand je chante.
Un silence: Lorsque j’attendais vainement une réponse de Leonard Schrader, sans savoir qu’il était décédé.
Une séquence folle: La fille se faisant dévorer par un piano dans Hausu (Nobuhiko Obayashi, 1977)
Un choc: Le viol de l’héroïne de Tanya’s Island (Alfred Sole, 1980) par un gorille.
Un gâchis: La mort de Dorothy Stratten
Un acteur sous-estimé: William Smith
Un traumatisme: Avoir vu Les Griffes de la nuit (Wes Craven, 1984) à l’âge de 11 ans.
Un souvenir qui hante: Avoir presque eu un accident de voiture sous une pluie battante en rentrant de la projection d’Aliens (James Cameron, 1986)
Un film français: La Traque (Serge Leroy, 1975)
Un réalisateur: Stephen Chow
Allez, un autre: Zebedy Colt
Un fantasme: Deux femmes qui me sucent simultanément la bite et les couilles.
Un baiser: Tous ceux que donne Rene Bond dans ses films.
Un corps: Avez-vous vu le cul d’Alexis Texas?
Une nudité: Isabella Rosellini sur la pelouse dans Blue Velvet (David Lynch, 1987)
Une bande originale: Tron: L’héritage (Joseph Kosinski, 2010).
Une chanson parfaite pour le cinéma (mais jamais utilisée dans un film): Feeling Called Love de Pulp.
Une chanson qui n’a jamais été aussi bonne que dans un film: Across 110th Street, la version qui est sur le générique de début de Jackie Brown (Quentin Tarantino, 1998).
Un monstre: Godmonster of Indian Flats (Fredric Hobbs, 1973)
Un torrent de larmes: J’ai pleuré en voyant Le tombeau des lucioles (Isao Takahata, 1988)

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