QUOI DE PLUS CHAOS QUE NADAV LAPID? Né dans une famille d’artistes, Nadav Lapid a suivi des études d’histoire et de philosophie à l’université de Tel Aviv et à l’université Paris VIII. Il a travaillé comme journaliste sportif avant d’entreprendre sa carrière cinématographique. Après avoir tourné trois courts métrages au cours de ses études à l’École de cinéma et de télévision Sam-Spiegel, il est sélectionné en 2008 à la résidence de la Cinéfondation du Festival de Cannes: il écrit le scénario de son premier long métrage Le Policier, au cours de ce séjour. C’est son premier long métrage. Suivront une merveille de trouble et de sensualité (L’institutrice), un film abrasif et viscéral (Synonymes) et un brûlot présenté en compétition à Cannes (Le genou d’Ahed).

Quel est votre rapport au cinéma?
N.L.: Je perçois le cinéma comme un rituel culte que je prends plaisir à tordre, à fissurer, à briser.

Le premier film que vous avez vu?
West Side Story (Jerome Robbins et Robert Wise, 1961), qui m’a donné envie d’être un danseur.

Quels sont les films qui ont marqué votre parcours de cinéphile par leur intensité, par des séquences précises ou par la simple force des images?
Théorème de Pier Paolo Pasolini, Le Mépris de Jean-Luc Godard, La nuit de Michelangelo Antonioni, La balade sauvage de Terrence Malick, Au travers des oliviers de Abbas Kiarostami, avec cette séquence finale magique. Je suis pas très moderne dans mes goûts. Mais il m’arrive encore d’être bouleversé et marqué par des films actuels. Quand je vois un film, je n’ai pas du tout la distance professionnelle.

Un film que vous n’aviez pas envie de voir et qui a été une révélation?
Foxcatcher (Bennett Miller, 2014). Je n’étais pas très enthousiaste au début et je me suis complètement fait avoir. Quel film brillantissime.

Est-ce que, dans votre parcours de cinéphile, il y a eu un «avant» et un «après» un film?
Je suis très bon public, cette expérience m’arrive souvent, une à deux fois par an. Des films qui changent ma façon de voir le monde. Et ensuite je me rends compte que je suis, pour le mieux et pour le pire, resté moi-même tout en gardant le souvenir de cette expérience. Quand j’étais jeune, ce bouleversement m’arrivait encore plus souvent. C’est peut-être la preuve que je vieillis.

Le film que vous emmenez sur une île déserte?
Je vais encore citer La balade sauvage de Terrence Malick peut-être, a cause de cette scène de la danse nocturne romantique et désespérée.

En 2050, pensez-vous que l’on fera encore du cinéma?
Sincèrement, je ne me suis jamais posé la question, peut-être parce que je vis toujours dans l’instant présent et que je n’arrive jamais à croire que l’année suivante va arriver…

QUIZ DU CINEPHILE
Un film: Théorème (Pier Paolo Pasolini, 1968)
Une histoire d’amour: Lumière silencieuse (Carlos Reygadas, 2007)
Un sourire: A bout de souffle (Jean-Luc Godard, 1960)
Un regard: Uzak (Nuri Bilge Ceylan, 2002)
Un acteur: Buster Keaton
Une actrice: Grace Kelly
Un début: Le Mépris (Jean-Luc Godard, 1963)
Une fin: La nuit (Michelangelo Antonioni, 1968)
Un générique: Code inconnu: Récit incomplet de divers voyages (Michael Haneke, 2000)
Une scène clé: Policier, Adjectif (Corneliu Porumboiu, 2009)
Un plaisir coupable: West Side Story (Jerome Robbins et Robert Wise, 1961)
Un fou rire: Le Bouffon du roi (Melvin Frank et Norman Panama, 1955)
Une mort: Bonnie et Clyde (Arthur Penn, 1967)
Une scène de cul: Les Climats (Nuri Bilge Ceylan, 2006)
Un plan séquence: Bataille dans le ciel (Carlos Reygadas, 2005)
Un artiste sous-estimé: Marco Bellocchio
Un film français: De bruit et de fureur (Jean-Claude Brisseau, 1988)
Un réalisateur: Abbas Kiarostami
Une chanson pour le cinéma (et qui n’apparait dans aucun film): Time after time de Cyndi Lauper
Une chanson de cinéma (et qui n’a jamais été mieux qu’au cinéma): A blossom fell de Nat King Cole dans La balade sauvage

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