QUOI DE PLUS CHAOS QUE MAGNUS VON HORN? Parce que ce jeune réalisateur et scénariste suédois de 32 ans a signé un premier long métrage, Le lendemain, qui sort en salles ce mercredi, dans lequel un jeune criminel ayant purgé sa peine est rejeté par son village, son école et même sa famille. Un drame super maîtrisé et super mal aimable donnant envie de soumettre son auteur à nos questions chaos. Parce qu’il le vaut bien.

Quels films vous ont donné envie d’être cinéaste?
Magnus von Horn: Orange Mécanique (Stanley Kubrick, 1971) et Les Chiens de paille (Sam Peckinpah, 1971). Je les ai vus jeune et ces deux films m’ont fait une très forte impression. Plus tard, j’ai ressenti le même impact pour Salo ou les 120 journées de Sodome (Pier Paolo Pasolini, 1975). Je pense l’avoir découvert trop jeune, je devais avoir 15 ans. Fatalement, j’étais dans un état de choc lors de la première vision ; puis, j’ai éprouvé le besoin de revenir dessus pour comprendre ce que cela avait provoqué. Je me souviens que la seule raison qui m’avait donné envie de le découvrir, c’était à cause du «attention» écrit en gros sur la jaquette de la VHS que je lorgnais avec insistance au vidéoclub. Par la suite, je l’ai revu et j’ai lu beaucoup d’articles à son sujet. C’est un cas absolument unique dans l’histoire du cinéma. Que ce soit dans Orange Mécanique, Les chiens de paille et Salo, il n’y a pas de violence gratuite mais une violence qui provoque une réaction puis une réflexion. Ce sont des films qui nécessitent plusieurs visionnages et qui nécessitent aussi que l’on revienne à eux. Si on les rejette, on passe totalement à côté.

Vous vous souvenez du premier film que vous avez vu?
Magnus von Horn: Absolument pas. En revanche, du plus loin que je me souvienne, j’ai des restes d’un documentaire du National Geographic avec les requins blancs. Le documentaire contenait des images fortes. J’avais six ans. Mes parents ne m’avaient pas laissé regarder Les Dents de la mer. Mais bien après, je me suis rendu compte que j’étais moins fasciné par les requins que par la caméra.

En 2050, on fera encore du cinéma?
Magnus von Horn: Oui, même si je ne sais pas du tout à quoi le cinéma ressemblera en 2050. En revanche, il y aura la nécessité de raconter une histoire. A la base, il y aura toujours une narration, une construction dramaturgique. Et si un jour des robots réalisent des films, ils ne pourront pas faire abstraction de l’histoire. Le cinéma ne peut être fait que par des êtres humains. Je ne suis pas passionné par les nouvelles techniques de filmage. Je suis très heureux de filmer en 35mm avec une lentille anamorphique.

Est-ce qu’il y a déjà eu un avant et un après avec un film?
Magnus von Horn: Oui, avec La vie de Jésus (Bruno Dumont, 1997). Non seulement ce film m’a profondément marqué mais, surtout, il m’inspire en tant que cinéaste. Encore maintenant. Même si vous n’adhérez pas au cinéma de Bruno Dumont, vous ne pouvez pas dire qu’il ne possède pas de vision. C’est personnellement ce que je recherche en tant que spectateur. Vous savez ce qu’il veut vous montrer et vous savez aussi ce qu’il ne veut pas vous montrer.

Le dernier film que vous avez vu et adoré?
Magnus von Horn: Lumière Silencieuse (Carlos Reygadas, 2007). Somptueux. Et j’ajoute Kinatay(Brillante Mendoza, 2007), une pure expérience organique. De la même façon, je redécouvre Bergman. J’ai attendu des années pour accéder, comprendre et apprécier les films de Bergman. Les films de Bergman ne changent pas mais ceux qui les regardent changent.

QUIZ CHAOS DU CINÉPHILE
Un film : Orange MĂ©canique de Stanley Kubrick
Un acteur : Jean-Pierre Léaud. Je suis instantanément tombé amoureux de son jeu, de sa manière de parler, de se déplacer.
Une actrice : Julia Louis-Dreyfus & Giulietta Masina
Un clown triste : Buster Keaton
Une fin : La fin devrait être plus heureuse que le début
Un début : Le début devrait être triste que la fin.
Une scène clé : Beaucoup de scènes de Elephant Man de David Lynch m’émeuvent aux larmes
Un rire : The Big Lebowski des frères Coen. Meilleure comédie du monde. Sinon, vous connaissez la série Veep avec Julia Louis-Dreyfus? Les dialogues sont à hurler.
Une histoire d’amour : Une histoire d’amour suédoise de Roy Andersson. Son meilleur film. Et peut-être même l’un des plus beaux films du monde…
Un plaisir coupable : Euh… la viande saignante
Une mort : Lost Highway de David Lynch. Mais aussi Irréversible, de Gaspar Noé. Je ne me suis jamais remis du défonçage de tronche à l’extincteur.
Un rêve : Les rêves sont aussi des cauchemars. Alors je dirai un pur cauchemar: Irréversible de Gaspar Noé.

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