Coucou! Il est minuit, et à minuit, à l’heure où le chaos règne, en attendant l’heure où blanchit la campagne, nous recevons un invité: JOANN SFAR!

QUOI DE PLUS CHAOS QUE JOANN SFAR? On résume trop souvent Joann Sfar à son fameux Chat du Rabbin et au biopic Gainsbourg, vie héroïque. Ce dessinateur très prolifique passé depuis par la case “cinéaste” est aussi un grand amoureux de pop, beaucoup moins mainstream que certains ne l’imaginent. Il faudrait d’ailleurs donner une seconde chance à sa Dame dans l’auto avec des lunettes et un fusil (en DVD chez Wild Side), adaptation foutraque et formellement audacieuse d’un roman de Sébatsien Japrisot – avec l’admirable Freya Mavor (dont l’animal refuse de donner le numéro de portable, mais passons…). Avant de faire paraître un nouveau roman en août prochain, ce joueur de ukulélé méridional revient aujourd’hui en librairies avec un roman pulp, assumant complètement sa filiation avec San Antonio : Le Niçois (Michel Lafon). Ou l’improbable come-back d’un ancient maire de la ville de l’Hôtel Negresco, désormais tenue par un certain Christian Estrival. La potacherie a parfois du bon, même sans 06 (comme le département des Alpes Maritimes…).

Quel est votre rapport au cinéma?
Joann Sfar: Obsessionnel. Je hais le silence et le calme. Je dessine face à trois écrans qui diffusent en permanence du cinéma. Parfois – puisque je dessine -, j’ai tendance à écouter les films plutôt que les regarder. Je suis un cinéphile qui a résolu sa passion pour le cinéma par l’intermédiaire des livres. Je n’avais pas besoin de devenir réalisateur – je n’y avais même jamais pensé. Mais toutes mes bandes dessinées, toutes, proviennent de souvenirs de cinéma. Ce n’est pas un hasard si septième art et bandes dessinées sont nés au même moment. Ce sont des arts du mouvement et de la séquence, leurs écritures peuvent non pas se confondre mais se croiser.

Vous souvenez-vous du premier film que vous avez vu? Si oui, lequel?
Joann Sfar: La danse des Indiens dans le Peter Pan de Walt Disney. Traumatisme fondateur, très très peur. Jamais eu autant peur. Si. Peut être pendant le rêve alcoolique de Dumbo, du à Dali.

Quels sont les films qui ont marqué votre parcours de cinéphile par leur intensité, par des séquences précises ou par la simple force des images?
Joann Sfar: Comment puis-je répondre à ça? Je bouffe du cinéma sans discontinuer depuis 44 ans. Je crois que mon premier immense éclat de rire, c’est Frankenstein Junior de Mel Brooks. Il a été fondateur puisqu’il marque à la fois ma passion pour le fantastique et mon goût pour le jeu. J’ai vu ce film avant de voir le Frankenstein de James Whale.

Un film qui a failli vous faire quitter une salle ou la fait pour de bon?
Joann Sfar: Ça m’arrive très rarement. J’adore me faire chier. Quand un film m’emmerde, je m’en délecte. Si. A l’age de 17 ans, je suis sorti au milieu de la projection de Crocodile Dundee 2. Je crois que le niveau de connerie avait été dépassé. C’était une erreur. Aujourd’hui je le regarderais jusqu’au bout!

Un film que vous n’aviez pas envie de voir et qui a été une révélation?
Joann Sfar: J’ai détesté David Lynch jusqu’à il y a trois ans. Depuis c’est un de mes réalisateurs favoris. Je n’ai aucune explication rationnelle à ce revirement.

Est-ce que, dans votre parcours de cinéphile, il y a eu un «avant» et un «après» un film?
Joann Sfar: Oui! J’ai eu ma première relation sexuelle pendant une projection de Rambo 3. Donc ce fut un film important pour moi.

Le film que vous emmenez sur une île déserte?
Joann Sfar: Forcément un film sexuel car il faut de la compagnie. Peut être Sweet Movie pour Carole Laure dans du chocolat. Miam.

En 2050, pensez-vous que l’on fera encore du cinéma?
Joann Sfar: J’aimerais bien qu’en 2050 il n’y ait plus de cinéma mais qu’il y ait encore un festival de Cannes avec des vieux à prothèses qui boivent du champagne en costume en commentant un écran noir. Ça serait vraiment du désespoir. Ou, pire, il pourrait y avoir encore en 2050 une Palme d or à Ken Loach.

Votre dernier coup de cœur?
Joann Sfar: Ip Man 3. les deux premiers étaient discutables mais celui-là est merveilleux. Un vrai mélo avec kung fu.

QUIZ CHAOS DU CINÉPHILE
Un film: Toxic Avenger (Michael Herz et Lloyd Kaufman, 1984)
Une histoire d’amour: True Romance (Tony Scott, 1993)
Un sourire: London After Midnight (Tod Browning, 1927)
Un regard : Les yeux sans visage (Georges Franju, 1960)
Un acteur : R2D2
Une actrice : Mothra la mite géante
Un clown triste : Ken Loach
Un début : Les studios Fleisher
Une fin : Les studios Disney
Un coup de théâtre : Un film d’action primé à Cannes.
Un générique : L’Armée Brancaleone (Marion Monicelli, 1966). Je crois que c’est Emmanuele Luzzati qui l’a dessiné!
Une scène clé : Pale Man dans Le Labyrinthe de Pan (Guillermo Del Toro, 2006)
Un plaisir coupable : les quatre saisons de la série Banshee.
Une révélation : Nephael
Un gag : Sim chantant La Jolie Petite Libellule.
Un fou rire : Ken Loach
Un film malade : le coffret des César.
Un rêve : Ran (Akira Kurosawa, 1985)
Une rencontre d’acteur : Sergio Castellito
Une scène de cul : Les Galettes de Pont-Aven (Joël Séria, 1975)
Un artiste sous-estimé : Philippe De Broca
Un traumatisme : La scène avec le caillou de Cannibal Holocaust (Ruggero Deodato, 1980)
Un gâchis : Dune (David Lynch, 1984)
Un souvenir qui hante : Les glaces fraise citron quand j’étais enfant
Un film français : Tout Lautner
Un réalisateur : Michel Audiard – oui j’ai bien dit réalisateur !
Allez, un second : Sylvester Stallone.
Un fantasme : Carole Laure. Zut !, je l’ai déjà dit. Alors Deborah Ann Wohl.
Un baiser : Depardieu/ Detmers dans Deux (Claude Zidi, 1988)
Une bande son : la BO de Creed (Ryan Coogler, 2015) est magistrale
Une chanson pour le cinéma (et qui n’apparait dans aucun film) : La Grosse bite à Dudule – peut-être dans un Ken Loach, tiens…
Une chanson de cinéma (et qui n’a jamais été mieux qu’au cinéma) : Alors pourquoi?, mais pourquoi dans TROIS films depuis un an ils ont placé If You like Pina Coladas?
Un somnifère : Si je dis Claude Sautet je vais me faire des ennemis? Sinon Rivette? Je peux pas redire « le coffret des César »?
Un frisson : Évidemment, la culotte rose de Patricia Arquette dans la cabine téléphonique de True Romance
Un torrent de larmes: Promis, juré, on arrive en fin d’entretien, je ne redis pas “le coffret des César”. J’ai pleuré quand j’ai compris ce que voulait dire Hodor.
Un monstre : Vincent Maraval. Oooh, ça va, si on peut plus rigoler…

LAISSER UN COMMENTAIRE

S'il vous plaît entrez votre commentaire!
S'il vous plaît entrez votre nom ici