L’INVITE DE MINUIT : HUBERT VIEL

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Coucou! Il est minuit, et à minuit, à l’heure où le chaos règne, en attendant l’heure où blanchit la campagne, nous recevons un invité : HUBERT VIEL!

QUOI DE PLUS CHAOS QUE HUBERT VIEL? Parce qu’il faisait se croiser Eric Rohmer et les poètes de Grèce Antique dans son premier long métrage en super 8, Artémis, coeur d’artichaut (2013). Parce que son second long, Les filles du Moyen Âge, en salles le 27 janvier prochain, film-trip pour enfants, ludique et érudit, où, bercés par le récit d’un vieil homme érudit (Michael Lonsdale), des enfants d’aujourd’hui se retrouvent transportés au Moyen Âge (les garçons sont des rois, des moines et des chevaliers et les filles, des conquérantes, des savantes, des héroïnes qui leur tiennent tête).

Quel est votre rapport au cinéma?
Hubert Viel: Question très vague. Je dirais qu’il m’accompagne tout le temps, le cinéma produit des images qui ressemble aux images mentales, aux souvenirs, aux rêves et aux désirs. Les moments où je travaille le plus mes scénarios sont les moments de rêverie quand par exemple je prends la ligne 2 du métro, la ligne aérienne. Le paysage parisien défile et par dessus des images me viennent.

Vous souvenez-vous du premier film que vous avez vu?
Hubert Viel: C’est drôle car je ne m’étais jamais posé la question. Et en réfléchissant quelques instants je me souviens très bien, le moment où l’on veut faire comme les adultes et regarder un «vrai film», pas un dessin animé. Je devais avoir 4 ou 5 ans. C’est une série qui passait l’après midi à la TV et qui m’a bouleversé autant qu’effrayé. Pinocchio de Luigi Comencini. Je me souviens très bien de l’intérieur du ventre de la baleine. C’était un film très mélancolique, très sombre, et pourtant j’étais captivé. Mais la mélancolie déteignait pas mal sur moi après le film.

Quels sont les films qui ont marqué votre parcours de cinéphile par leur intensité, par des séquences précises ou par la simple force des images?
Hubert Viel: Difficile de faire court… Je dirais d’abord Jacques Tati, le jour où mon père a ramené toutes les VHS Les films de ma vie. J’ai compris ce que c’était de faire un film, d’être réalisateur, de mettre en scène. D’une certaine manière de composer un cadre, une durée, une bande son. Mais j’avais 10 ans. Ensuite je me souviens très bien d’un des premiers jours où j’ai aménagé dans mon studio parisien à 20 ans au moment où je commençais mon école de ciné. Je déballe à peine les cartons (à l’époque j’avais encore une télé) et je tombe sur un film diffusé par Arté qui me stupéfait, j’avais l’impression qu’il avait été fait pour moi: Un homme qui dort de Perec. Il y avait un effet miroir entre ce jeune étudiant des années 70 qui végète dans son studio, et moi qui faisait la même chose. Et cette voix off, sorte de fée clochette impartiale qui vient nous rappeler un certain vide de nos existences et toujours et encore la mélancolie.

Un film qui a failli vous faire quitter une salle ou la fait pour de bon?
Hubert Viel: L’écume des jours de Michel Gondry constitue pour moi une expérience de spectateur très douloureuse. L’impression qu’on me forçait comme une oie à manger des kebabs très gras, avec supplément chantilly et fraises tagada. Mais tout ça avec la voix du réalisateur qui me chuchote qu’il est un génie. Insoutenable !

Un film que vous n’aviez pas envie de voir et qui a été une révélation?
Hubert Viel: Le Voyage de Chihiro. Je m’en foutais pas mal des mangas, d’ailleurs toujours un peu. Mais Miyazaki est au dessus, c’est une vraie révélation, il fait partie de mon panthéon, quand je fais un film je pense plus à lui qu’aux gars de la nouvelle vague.

Est-ce que, dans votre parcours de cinéphile, il y a eu un «avant» et un «après» un film?
Hubert Viel: Les idiots de Lars Von Trier.

Le film que vous emmenez sur une île déserte?
Hubert Viel: Je veux pas faire le rabat joie mais un DVD est peut-être la dernière chose que j’emmènerais sur une île déserte.

En 2050, pensez-vous que l’on fera encore du cinéma?
Hubert Viel: Sans doute oui, mais filmera t-on aussi bien les décombres de la troisième guerre mondiale aussi bien que Rossellini ceux de la seconde?

Dernier film vu et aimé?
Hubert Viel: Les mille et une nuits de Miguel Gomes.

QUIZ CHAOS DU CINEPHILE
Un film: Seuls les anges ont des ailes de Howard Hawks
Une histoire d’amour : Sosuké et Ponyo (Ponyo sur la falaise)
Un sourire : Tom Hulce dans Amadeus
Un regard : Ana Torrent dans Cria Cuervos.
Un acteur : Michel Crémadès? Jacques François?
Une actrice : Noémie Rosset (si vous permettez)
Un clown triste : Manuel Valls
Un début : Tout va Bien de Godard et Gorin (la signature effrénée des chèques)
Une fin : L’évadé d’Alcatraz de Don Siegel, je crois que ça se termine sur la tête de mannequin que Clint Eastwood s’est fabriquée dans sa cellule. Un cadeau effrayant pour dire Bye-bye à ses geôliers.
Un coup de théâtre : Pialat dans A nos amours
Un générique : Téléchat
Une scène clé : Celle de la lévitation dans Le Miroir de Tarkovski

Un plaisir coupable : Bapt & Gaël
Une révélation : Sayat Nova de Paradjanov

Un film malade : T’aime de Patrick Sébastien
Un rêve : 8 ½ de Fellini.
Une mort : Celle de l’âne dans Au hasard balthazar
Une rencontre d’acteur : Anne Wiasemsky et Balthasar
Une scène de cul : Le jeune homme coincé entre les énormes seins de Maria Beluzzi dans Amarcord.
Une réplique: « Je suis pas mauvaise. Je suis juste dessinée comme ça. » Jessica Rabbit, la meuf de Roger Rabbit.
Un silence : L’Ordre de Jean-Daniel Pollet
Un plan séquence : C’était un rendez vous de Claude Lelouch
Un choc : Le sang des bêtes de George Franju.
Un artiste sous-estimé : Pierre Richard en tant que réalisateur de films politiques.

Un traumatisme : Artax sombrant dans les marécages dans L’Histoire sans fin.
Un gâchis : les happy end ridicules des derniers films de Jacques Audiard .
Un souvenir de cinéma qui hante : Minos dans Peur sur la Ville de Henri Verneuil avec la musique d’Ennio Morricone.
Un film français : Génial mes parents divorcent de Patrick Braoudé
Un réalisateur : Peter Watkins (J’aimerais bien avoir de ses nouvelles)
Allez, un second : Francesco Rosi
Un fantasme : Sigourney Weaver dans Alien

Un baiser : La planète des singes

Une bande son : La Scoumoune de François de Roubaix
Une chanson pour le cinéma (et qui n’apparait dans aucun film) : la bande-son époustouflante et visionnaire que François de Roubaix a composée pour Antarctique du Commandant Cousteau et que ce dernier a refusé.
Une chanson de cinéma (et qui n’a jamais été mieux qu’au cinéma) : Ricky Nelson – Fools Rush in dans Scorpio Rising de Kenneth Anger
Un somnifère : Le troisième volet des Mille et une Nuits de Miguel Gomes. Un sommeil très réparateur, probablement le chant des pinsons.
Un frisson : L’émission Mystères qui passait sur TF1 vers 1992
Un monstre : Marion Cotillard dans La Môme
Un torrent de larmes : Benji la malice

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