Coucou! Il est minuit, et à minuit, à l’heure où le chaos règne, en attendant l’heure où blanchit la campagne, nous recevons un invité: FELIX VAN GROENINGEN!

QUOI DE PLUS CHAOS QUE FELIX VAN GROENINGEN? Parce qu’après La Merditude des choses(que nous trouvions pas mal) et Alabama Monroe (que nous trouvions impossible), Felix Van Groeningen signe avec Belgica (en salles ce mercredi) son meilleur film à ce jour. Un drame musical dans lequel deux frères constatent, un poil désabusés, ce que leur idéalisme foufou est devenu avec le temps et dans lequel, aussi et surtout, un café-concert se métamorphose en night-club monstrueux. Du « bon mauvais goût » et de l’énergie house-rock à revendre. Du cinéma où ça danse, ça parle, ça hurle, ça s’engueule, ça vomit, ça s’aime avec un peu de folklore mais aussi une énergie communicative et irrésistible. Bref, du cinéma où tout se vit à deux cents à l’heure, transcendé par une BOF à tomber signée Soulwax. Parce qu’il faut lire ici pour savoir tout le bien que l’on en pense.

Félix, quel est votre rapport au cinéma?
Félix Van Groeningen: Instinctivement, je dirai… La magie. La magie que le cinéma représente. Quand j’étais très jeune, j’étais bluffé par la magie que le cinéma pouvait représenter et procurer au spectateur. Au début, je ne voulais pas être réalisateur mais acteur. J’ai toujours aimé les acteurs… J’adore le fait de jouer la comédie ou de voir les gens la jouer. Par la suite, j’ai découvert les autres aspects du cinéma comme l’utilisation de la musique ou l’art du montage. Et ainsi de suite. C’est mon goût pour la découverte et l’expérimentation qui m’a amené à devenir cinéaste…

Vous souvenez-vous du premier film que vous avez vu?
Félix Van Groeningen: Si ma mémoire est bonne, il s’agit de Hector (Stijn Coninx, 1987). Je suis de 77, donc j’avais 10 ans au moment de le découvrir et c’est un film que j’ai vu et revu des tonnes de fois. A l’étranger, personne ne le connaît. Mais en Belgique, c’est un vrai film culte dans lequel joue un comique belge flamand, Urbanus. Petit, j’étais fan d’Urbanus, j’avais même ses disques. Hector n’est pas son seul film, il a fait plein de films un peu cons. Moi, j’adorais ça. Son humour était très flamand. Bref, un mec vraiment spécial. J’ai une amie de mon âge qui a un enfant de 3 ans, elle lui passe ses disques et ça marche encore. Qui aurait prédit que Urbanus serait encore célèbre en 2016?

Est-ce qu’il y a déjà eu un « avant » et un « après » avec un film?
Félix Van Groeningen: Oui, avec Delicatessen (Marc Caro et Jean-Pierre Jeunet, 1991). Du jamais vu. Tout d’un coup, un cinéma de l’étrange, que je ne connaissais pas du tout, s’ouvrait à moi. C’était la découverte d’un univers étrange, très inquiétant et en même temps très fascinant. Delicatessen m’a ouvert les portes du cinéma d’auteur. Cela peut paraître étrange mais Delicatessen m’a permis de découvrir un film comme Kids de Larry Clark. Coup de poing dans la gueule. J’ai découvert ça vers 17-18 ans, je suivais une formation audiovisuelle au lycée et je commençais un peu à faire de la vidéo. Je faisais des pièces de théâtre et je tournais des petits films le week-end, ça m’a obligé à me confronter à la réalité. En voyant Kids, je me suis senti minable. C’était tellement vrai, tellement cru, tellement juste. Je découvrais comment il était possible de filmer la jeunesse. D’autant que cette jeunesse-là, je ne la connaissais pas. Je pense notamment à la manière dont le sexe y est montré, voire envisagé. Le rapport que les mecs entretiennent avec les filles… J’étais beaucoup plus sage, je trouvais ça hyper choquant. Et en même temps ça m’a incité à regarder l’autre, à comprendre les gens. Les films extrêmes ont cette capacité à nous ouvrir l’œil, à nous faire comprendre que d’autres préoccupations que les siennes existent.

Pensez-vous que l’on fera encore du cinéma en 2050?
Félix Van Groeningen: J’en suis sûr. Peut-être que dans le futur, le cinéma sera comme la radio aujourd’hui. Un art plus complexe qui se situerait quelque part entre le film, la réalité virtuelle et le jeu vidéo. Quelque chose de totalement interactif, de sans doute plus court aussi… Je pense qu’à l’avenir, n’importe qui sera capable de faire son propre film et je trouve cette idée follement séduisante. Et puis il ne faut pas être pessimiste… Il y a 100 ans, je ne crois pas que les gens pensaient que l’on arriverait là où on en est aujourd’hui. Alors, tous les espoirs sont permis…

Le dernier film vu et adoré?
Félix Van Groeningen: Le fils de Saul (László Nemes, 2015). Adoré, je ne sais pas, mais le film est incroyable. En particulier, la première moitié qui m’a bouleversé. La suite est moins brillante, à mon goût. A dire vrai, je me suis senti un peu trahi par le metteur en scène que je soupçonne très intelligent, peut-être trop. Cela n’en reste pas moins une expérience incroyable qui demande à n’importe qui comment, dans une situation pareille, il est possible de trouver une alternative à sa propre mort? Puisque l’on sait que l’on va mourir… Avec votre question, je réalise que je regarde vraiment peu de films. Quand je réalise, je ne regarde pas d’autres films. Du coup, je ne subis aucune influence. Le cinéma que je fais me ressemble à 100%. Quand j’ai le temps, quand je suis en festival, je vois deux films par jour, mais basta. Mon rêve, ce serait de prendre une année entière pour ne regarder que des films. Comme vous, les journalistes… Voir tous ces films indépendants américains, c’est très important et puis j’aime l’idée que les européens inspirent les américains… C’est fou comment les auteurs de différents continents peuvent s’inspirer les uns les autres.

QUIZ CHAOS DU CINEPHILE
Un film : Y tu mama tambien (Alfonso Cuarón, 2001)
Une histoire d’amour : Eternal sunshine of the spotless mind (Michel Gondry, 2004)
Un sourire : celui de l’acteur Géza Röhrig, à la fin du Fils de Saul
Une actrice : Hélène De Vos. J’ai mis du temps avant de la trouver pour Belgica alors que j’avais déjà les deux comédiens en amont, Tom Vermeir et Stef Aerts. Lors du casting, j’ai eu un coup de foudre pour Hélène. Elle ira loin. Donc une actrice, oui, elle…
Un début : Elephant (Gus Van Sant, 2003)
Une fin : Je reviens sur Y tu mama tambien. Un film très important pour moi. J’adore son approche de l’adolescence. Il y a un flow incroyable dans ce film, tu ne sais pas où ça va et à la fin, c’est le morceau qui manquait au puzzle. La voix-off qui dit: « ils ne vont plus jamais se revoir. » C’est tellement injuste qu’une voix-off puisse dire ça sur une histoire et donc le destin, l’amitié de deux personnages que tu adores. Tu acceptes ce que dit cette voix-off comme dans Barry Lyndon (Stanley Kubrick, 1975).

Une bande-son: J’ai envie de parler de la bande-son de Belgica que Soulwax a intégralement composé. Il n’y a que deux morceaux en plus: J’aime regarder les filles et Plastic Dreams de Jaydee. Le reste, ils ont tout assuré. Je pensais qu’ils allaient prendre des morceaux existants comme ils font dans les 2ManyDJs. Faire des remix ou jouer eux-mêmes. Mais ils voulaient tout faire. Ils ont littéralement construit la musique. J’ai écrit très vite, j’ai parlé avec eux, de plus en plus ils voulaient tout faire. Ils me présentaient plusieurs morceaux en me demandant de choisir. Pour eux, ça donnait une direction. Ils proposaient de faire leur propre version de telle version. Ils voulaient connaître l’énergie de Belgica.

Il nous manque du temps, hélas, pour finir le quiz. Mais un petit mot sur Sundance où Belgica a été présenté en avant-première mondiale et primé, c’était comment?
Félix Van Groeningen: Sans mentir, c’était un peu bouleversant d’organiser la première mondiale de Belgica super loin de chez nous. Les acteurs étaient là. C’est festif si tu es en groupe, mais honnêtement, j’étais un peu perdu. Par chance, les réactions étaient globalement super. Le lendemain, j’étais grisé et les premiers spectateurs arrêtaient les acteurs dans la rue. Déjà, ils commençaient à parler de Netflix qui a finalement racheté Belgica pour le sortir en salles dans 15-20 territoires. Puis, le Prix de la meilleure réalisation dans la catégorie « World dramatic competition » a considérablement bouleversé la donne. Avec le recul, c’était génial. Mais j’étais quand même un peu flippé.

 

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