Coucou! Il est minuit, et à minuit, à l’heure où le chaos règne, en attendant l’heure où blanchit la campagne, nous recevons une invitée : ÉMILIE BRISAVOINE!

QUOI DE PLUS CHAOS QUE ÉMILIE BRISAVOINE? Parce qu’elle est la réalisatrice de l’un des films les plus chaos de 2015, largement plébiscité dans nos tops de l’année: Pauline s’arrache, en salles ce mercredi 23 décembre, un film que l’on adore d’amour fou. Parce que son film, c’est la version 2.0 du A Nos Amours de Maurice Pialat. Parce qu’au départ, on a l’impression de regarder la vidéo hilarante d’une adolescente postée sur Internet. Parce qu’une heure trente plus tard, on est très touchés par ce film minuscule qui recèle plus de cinéma que 90% de la production annuelle française. Parce que l’avenir lui appartient!

Quel est votre rapport au cinéma ?
Émilie Brisavoine: Organique, intuitif, thérapeutique. Je n’ai pas fait d’études de cinéma, je ne suis pas spécialement cinéphile. J’ai fait un film par hasard parce que c’était le moyen que j’ai trouvé à ce moment là de rendre la vie meilleure, plus intense, plus significative. Mais c’est en le faisant que j’ai découvert le cinéma. Ça a été une expérience dense, fascinante, jouissive, douloureuse aussi.

Vous souvenez-vous du premier film que vous avez vu ? Si oui, lequel ?
Émilie Brisavoine: Probablement Angélique, marquise des anges ou un film avec Louis de Funès qui devait passer à la télé à 20H50 après la météo.

Quels sont les films qui ont marqué votre parcours de cinéphile par leur intensité, par des séquences précises ou par la simple force des images ?
Émilie Brisavoine: L’intensité silencieuse de la Callas, des paysages de Cappadocce, les scènes de sacrifice, le sacré païen qui irrigue tout le Médée de Pasolini. La truculence tendre, la vulgarité libératrice, la violence hilarante de Female Trouble de John Waters. L’humanisme lucide de De l’influence des rayons gamma sur le comportement des marguerites de Paul Newman. La radicalité et le magnétisme d’Under the Skin de Jonathan Glazer. L’explosion finale de Zabriskie Point de Michelangelo Antonioni. Le réalisme, la multiplicité des points de vue, des trajectoires, la profondeur de la série The Wire de David Simon. Les visions, les bugs inconscients qui s’immiscent dans les scènes de la vie quotidienne du personnage principal de L’Adversaire de Satiya Jitray.

Un film qui a failli vous faire quitter une salle ou la fait pour de bon ?
Émilie Brisavoine: Dancer in the Dark de Lars Von Trier. J’avais 16 ans et je me suis sentie prise en otage.

Un film que vous n’aviez pas envie de voir et qui a été une révélation ?
Émilie Brisavoine: Mad Max : Fury Road de George Miller. Je ne vais jamais voir de blockbusters, mais un ami m’a convaincu de l’accompagner. J’ai été scotchée par chaque seconde du film, une pure expérience sensorielle. Le scenario est concis et impactant, il y a tout et ça tient sur deux pages !

Est-ce que, dans votre parcours de cinéphile, il y a eu un «avant» et un «après» un film ?
Émilie Brisavoine: Quand j’ai regardé Walden de Jonas Mekas, ça m’a coincé le dos. Je crois que c’est l’effet stroboscopique, ça m’a stressée, j’aurais pas du regarder les six bobines d’affilée. Hormis cela, j’ai trouvé ces journaux filmés magnifiques de liberté et de poésie.

Le film que vous emmenez sur une île déserte ?
Émilie Brisavoine: Dumb & Dumber des frères Farelly. Je l’ai déjà vu 100 fois, je peux encore le voir 100 fois.

En 2050, pensez-vous que l’on fera encore du cinéma ?
Émilie Brisavoine: J’imagine qu’on aura toujours besoin de représenter nos histoires. Certainement que les technologies intensifieront l’expérience. Maintenant qu’on a le son et la couleur, il nous faudrait l’odeur, non ? Ou alors se glisser dans le corps des héros.

Le dernier film vu et aimé?
Émilie Brisavoine: Mia Madre, de Nanni Moretti.

QUIZ CHAOS DU CINÉPHILE
Un film : Demi-tarif d’Isild Le Besco
Une histoire d’amour : Harold et Maud de Hal Ashby
Un sourire : Catherine Demongeot dans Zazie dans le métro de Louis Malle
Un regard : Oedipe-Roi, de Pier Paolo Pasolini
Un acteur : Jim Carrey
Une actrice : Tura Satana
Un début : Fous d’Irène des frères Farelly
Une fin : Zabriskie Point, de Michelangelo Antonioni
Un générique : Twin Peaks, et la démo interminable des machines de l’usine sur la musique d’Angelo Badalamenti.
Une scène clé : Carrie au bal du diable de Brian de Palma, la vengeance après une douche au sang de porc. Sissy Spacek, géniale, extra-terrestre.
Un plaisir coupable : regarder les clips de Mylène Farmer que lui faisait Laurent Boutonnat dans les années 80. Toutes ces scènes érotiques qui passaient en boucle quand j’avais 5 ans sur M6 me fascinaient
Une révélation : Under the Skin de Jonathan Glazer
Un gag : Ministry of Silly Walks, le sketch des Monty Python
Un fou rire : Dumb & Dumber «You sold my dead bird to a blind kid?»
Un rêve : les réminiscences obsessionnelles de Munch dans Edvard Munch, la danse de la vie de Peter Watkins.
Une mort : La décapitation visuelle du major Celliers dans Furyo d’Oshima
Une rencontre d’acteurs: Gérard Depardieu et Michel Blanc dans Tenue de Soirée de Bertrand Blier.
Une scène de cul : Zabriskie Point, d’Antonioni
Une réplique: «E.T téléphone maison»
Un plan séquence : La scène du tricycle dans Shining de Stanley Kubrick
Un choc : La scène finale où Anwar Congo «vomit» dans The Act of Killing, Joshua Oppenheimer.
Un artiste sous-estimé : Fred, mon beau-père.
Un traumatisme : Eraserhead de David Lynch
Un souvenir de cinéma qui hante : La danse de Maria dans Metropolis, de Fritz Lang.
Un film français : L’enfance Nue de Maurice Pialat
Un réalisateur : Alain Cavalier
Allez, un second : Chris Marker
Un fantasme : Ado, je fantasmais comme une malade sur Keanu Reeves.
Un baiser : Connie and Raymond Marble, dans Pink Flamingos de John Waters
Une bande son : celle de Ryuichi Sakamoto pour‬ Furyo.
Une chanson de cinéma (et qui n’a jamais été mieux qu’au cinéma) : Faster PussyCat Kill Kill, par les bostweeds dans le film de Russ Meyer.
Un somnifère : regarder la télé.
Un frisson : Mange tes morts : Tu ne diras point, de Jean-Charles Hue.
Un monstre : La «chose» dans Notre dame des hormones de Bertrand Mandico.
Un torrent de larmes : La scène finale où Mathilda fait sa démonstration scientifique, dans De l’influence des rayons gamma sur le comportement des marguerites, Paul Newman.

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